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Ileana, l'archiduchesse voilée

978-2-916727-74-5

Jean-Paul Besse

Nouveau

La longue vie de la princesse Ileana (1909-1991) est indissociable de l’histoire et de l’indépendance roumaines.

Résumé

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29,50 €

Fiche technique

Pages190
Dimensions16 x 24 cm
Couverturesouple
Date de parutionjuin 2010

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Avec un cahier photos.  

   La longue vie de la princesse Ileana (1909-1991) est indissociable de l’histoire et de l’indépendance roumaines.
   Très populaire dans son pays qu’elle revit après un demi-siècle d’exil, très connue en Amérique où elle fut une figure de la Guerre Froide, elle restait ignorée jusqu’à ce jour du public français.
   Arrière-petite-fille de la reine Victoria, fille du seul Hohenzollern vainqueur en 1918, le second roi de Roumanie Ferdinand le Loyal, et de la célèbre reine Marie, elle fut aussi la sœur préférée de Carol II et la tante de l’actuel roi Michel.
   Belle et généreuse, guide des scoutes roumaines de l’YWCA, cette amie des moines, partagée entre la mer Noire et le château dit de Dracula dans les Carpates, se révéla une fondatrice d’hôpitaux, une bienfaitrice des affligés et une patriote indomptable. Épouse d’un archiduc de la Maison d’Autriche apparenté aux Bourbons, mère de six enfants, elle subit l’hitlérisme, la Garde de Fer puis l’Armée rouge et le communisme.
   Fière et ardente, fréquentant l’élite de chaque camp, du Conducator Antonesco au Staline roumain, Gheorghiu-Dej, quel rôle joua-t-elle ? Fut-elle vraiment « la tante rouge » du dernier roi, entre naïveté et duplicité ?
   Artiste, écrivain, éditorialiste et conférencière de talent dans son refuge de la Nouvelle Angleterre, cette orthodoxe fervente, protégée par le président Kennedy, voulut répondre aux aspirations spirituelles de ses nouveaux compatriotes américains.
   Devenue moniale en Bourgogne, au monastère russe de Bussy-en-Othe, elle fonda aux États-Unis le premier couvent orthodoxe anglophone. D’un grand rayonnement, elle y mourut abbesse il y a moins de vingt ans sous le nom de Mère Alexandra.
   Les lecteurs en quête de spiritualité ou nostalgiques de la Grande Roumanie, les historiens de l’Entre-deux-guerres et des démocraties populaires, les marins et les scouts trouveront en elle une figure féminine de référence.

   Auteur de la première biographie française de la grande-duchesse Elisabeth Feodorovna (2008), Jean-Paul Besse récidive avec cette enquête inédite et nuancée. Docteur en Histoire, spécialiste de la Réforme catholique et de l’Orient chrétien, connaisseur de la Roumanie déjà présente dans sa bibliographie,  il publie là son quatorzième ouvrage historique. Professeur agrégé, il est lauréat de l’Académie française et chevalier de la Légion d’honneur.

Du même auteur

Elisabeth Feodorovna
Des tsars à l’exil : Catherine de Lesna
Niégoch, un Dante slave 
Nicolas Horthy, le régent méconnu 
Le grand-duc Nicolas, tsar ou régent ? 

Dans la presse

La Nef, n° 219, octobre 2010

   Avant la Seconde Guerre mondiale et avant la longue nuit communiste qui allait la suivre, les Français, s’ils désiraient acquérir quelque lumière sur la Roumanie, ne disposaient que d’un assez petit nombre de livres, parmi lesquels on doit mentionner le Bucarest de Paul Morand (paru en 1935) et, consacré à Codreanu et à la Garde de Fer, L’envoyé de l’Archange de Jérôme et Jean Tharaud (paru en 1939). Depuis, d’autres ouvrages sont venus les compléter et les prolonger. L’un d’eux est cette étonnante biographie de la princesse Ileana (1909-1991), fille, sœur et tante des trois derniers rois de Roumanie, de la branche des Hohenzollern-Sigmaringen, et mariée, en 1931, à l’archiduc Antoine de Habsbourg-Toscane. Étrange destinée que celle-ci, aux couleurs contrastées, où les misères et les souffrances de l’exil succèdent à l’éclat des grandeurs, où, à la fin, seul reste Dieu, confessé et servi, pour la princesse devenue la Mère Alexandra, dans l’entier dépouillement de la règle monastique.
Michel Toda

Le Messager orthodoxe, n° 150, I-2010/2011

   Les éditions Via Romana viennent de publier la première biographie française d’Ileana de Roumanie (1909-1991). Née sous le règne de son oncle Carol Ier (Charles de Hohenzollern), maître d’œuvre de l’indépendance et premier roi des Roumains (1881), « elle partit en exil en 1948 quelques jours après le dernier souverain, son neveu Michel Ier. Fille de Ferdinand Ier et de l’inoubliable reine Marie, sœur de Charles [Carol] II, elle avait dans ses veines le sang des Hohenzollern, des Cobourg et des Romanov. Elle transmit celui des Habsbourg et des Bourbons ». Son premier époux, l’archiduc Antoine de Habsbourg, « prince impérial d’Autriche, prince royal de Hongrie et de Bohême, prince de Toscane », était en effet le fils aîné de Léopold-Salvator, grand-duc de jure de Toscane, et de l’infante Blanche de Bourbon, fille de Don Carlos, duc de Madrid, « septième du nom pour les carlistes, onzième pour les légitimistes français », au nombre desquels se compte l’auteur.
   Jean-Paul Besse, qui s’est spécialisé dans l’étude de figures remarquables de l’Orthodoxie,  nous livre une attachante biographie, qui est beaucoup plus qu’une biographie. Après une monographie consacrée à L’Eglise orthodoxe roumaine de Paris (1992), il a en effet publié un Wladimir Guettée (1816-1892), du Gallicanisme à l’Orthodoxie (ce qui est sans doute aussi l’itinéraire de l’auteur), puis une Elisabeth Féodorovna, princesse martyre, aux mêmes éditions Via Romana, en 2008. Il nous offre aujourd’hui un portrait, à défaut d’une icône, de la petite-nièce de cette dernière.
La Roumanie, une France du Grand Orient ?
   Jean-Paul Besse replace l’archiduchesse dans son contexte roumain et européen, ce qui nous vaut une vaste fresque historique, qui nous mène des Daces romanisés à la Grande Roumanie (1920-1940), de la Croisade antibolchévique à l’abdication du roi Michel, de l’exil américain d’Ileana à son retour en Roumanie en septembre 1990 sous le nom de Mère Alexandra, après avoir fondé en 1968 aux Etats-Unis, à Elwood City en Pennsylvanie, le premier monastère orthodoxe du Nouveau Monde, dédié à la Transfiguration du Sauveur. Quel roman que cette vie, et quelle passionnante et magistrale leçon d’histoire !
   L’auteur, par charité pour ses lecteurs peu familiarisés avec l’histoire de la Roumanie, commence par une mise au point sur les origines de ce pays auquel son héroïne s’est toujours identifiée, même si, du fait des vicissitudes de l’histoire, elle y vécut assez peu. [...] 
   Jean-Paul Besse nous mène « d’une éphémère colonisation romaine au sacre d’un souverain germanique catholique en terre typiquement byzantine », sans négliger le rôle de Napoléon III dans l’émergence des Principautés-Unies, cet État bicéphale vassal et tributaire de l’Empire ottoman, dirigé par Alexandre Jean Couza de 1859 à 1864. C’est pourtant avec l’avènement des Hohenzollern que, pour l’auteur, les Roumains « sortent de l’éphémère, du provisoire et de l’exclusion ». Ils quittent l’orbite française pour entrer dans la zone d’influence germanique, de l’adhésion à la Triplice en 1884 à la mort de Carol Ier en 1914.
   L’auteur conte avec aisance cette histoire complexe, versatile et brouillonne d’un petit état ballotté depuis toujours entre de puissants voisins, au point d’apparaître bien souvent traître à son Dieu et à son prochain. [...]
   « Qu’était-ce que cet étrange pays, mégalomane, agressif vis-à-vis de ses minorités, et dont la petite cour à la Gerolstein ressemblait à un vaudeville perpétuel ? » D’autant plus que Carol, après une régence de son frère le prince Nicolas à la mort de Ferdinand Ier, revient en 1930 en Roumanie, instaure en 1938 un régime autoritaire, supprime Corneliu Z. Codreanu, s’oppose à la Garde de Fer, puis l’utilise et doit enfin céder en septembre 1940 le pouvoir à son fils Michel, Grand Voïvode d’Alba-Julia, et au Maréchal Ion Antonescu, au moment où disparaissent la Grande Roumanie et la Petite Entente. Le Pacte germano-soviétique conduit en effet les Russes à envahir la Bessarabie et la Bucovine du Nord, alors même qu’Hitler rend des arbitrages défavorables à son nouveau vassal roumain (perte de la Transylvanie au profit de la Hongrie de l’amiral Horthy, et de la Dobroudja au profit de la Bulgarie du Tsar Boris III).
Ileana, des hommes à Dieu
   Que fait donc Ileana pendant cette valse hésitation de la politique roumaine de l’entre-deux-guerres ? Après des études à Ascot, un accident lui interdit de devenir le premier officier de la marine royale roumaine. Son mariage avec un Habsbourg l’éloigne ensuite de sa patrie, en raison du contentieux transylvain entre la Hongrie et la Roumanie, comme l’avait d’ailleurs planifié le Roi son frère désireux d’écarter tous les membres de sa famille susceptibles de lui faire de l’ombre par leur popularité.
Devenue Autrichienne, puis Allemande après l’Anschluss, elle demeure pourtant toujours roumaine de cœur et d’âme : « c’est à travers [l’Eglise orthodoxe] que j’ai toujours perçu l’esprit de la Roumanie ».
    Pendant la Deuxième Guerre mondiale et jusqu’en 1947, elle multiplie les actions charitables, dans le cadre de l’YWCA (Youth Women Christian Association), de la Croix-Rouge, ou de  l’hôpital du Cœur de la Reine (Marie) qu’elle a fondé à Bran. Mais à l’heure où le roi Michel se sépare du Conducator Antonescu et annonce la paix avec l’URSS le 23 août 1944 – l’ombre de Badoglio n’est pas loin –, Ileana va compromettre sa réputation, et gagner son surnom de « tante rouge » du Roi, en menant un jeu trouble avec Emil Bodnaras et Ana Pauker, membres éminents du Parti communiste, alors même que son pays est en train de devenir une démocratie populaire. Etait-ce pour conserver ses biens ? Pour éviter un mauvais sort à son époux ? Etait-ce pour les besoins de son action humanitaire, comme elle l’affirmera dans son autobiographie, I live again, parue en 1951 à New York, alors que, ruinée, elle vivait de conférences anticommunistes sous l’égide de la CIA, tout en multipliant les causeries sur Radio Free Europe et la Voix de l’Amérique ?
   De nouveau Jean-Paul Besse sait nous passionner en précisant une thèse soutenue par Ghislain de Diesbach dans sa biographie de la princesse Bibesco. Imitant les combinaisons tortueuses et déraisonnables de son frère Carol, Ileana aurait caressé la coquecigrue d’une substitution dynastique, secondée par le parti communiste, au profit de son fils aîné Stéphane. Une dynastie nationale – une rumeur, accréditée par son neveu Paul de Hohenzollern-Roumanie, faisait d’Ileana la fille du prince Barbu A. Stirbey, de vieille souche roumaine – se substituerait ainsi à une dynastie Hohenzollern venue d’Allemagne, tout ça par la grâce de Staline ! Ce reniement et cette compromission avec le Diable ne devaient pas lui porter chance. Certes, le soir de Noël 1947, Ileana en tenue de la Croix-Rouge, et Stéphane en uniforme – il était entré au Prytanée militaire à la demande de sa mère, et malgré que le roi en eût –, furent frénétiquement ovationnés à l’opéra de Bucarest, sans doute par une claque communiste ! Mais ce fut un triomphe sans lendemain. La Roche tarpéienne est près du Capitole.
   Dès janvier 1948, Ileana doit quitter sa patrie. S’ensuivent alors la ruine, l’exil comme son frère Carol, et toujours à l’imitation de ce dernier un divorce en mai 1954, suivi d’un remariage immédiat et raté. Les prières de Mère Alexandra étaient, on le voit, bien nécessaires au salut de cette humaine, trop humaine Ileana. Nihil sine Deo, affirme avec justesse la devise des Hohenzollern-Sigmaringen, que cite l’auteur à la fin de sa biographie, renonçant à porter un jugement définitif sur son héroïne dont il ne nous a celé ni les grandeurs ni les petitesses. Il sera pourtant beaucoup pardonné à celle qui a voulu reposer au pied d’une croix dédiée aux morts des camps de concentration communistes.
   Complexe à l’image de son pays, Ileana de Roumanie, l’archiduchesse voilée fut, comme le rappelle in fine Jean-Paul Besse, l’une des rares princesses moniales orthodoxes du XXe siècle, avec Elisabeth Féodorovna, la grande-duchesse martyre du bolchévisme, ainsi que la mère du prince Philippe d’Edimbourg. Pas plus que l’auteur nous ne porterons de jugement définitif sur cette étonnante et parfois décevante Ileana. Nihil sine Deo. Rien si ce n’est par Dieu.
Éric Georgin