Chroniques sous Benoît XVI. Tome II, 2010-2013 Agrandir l'image

Chroniques sous Benoît XVI. Tome II, 2010-2013

979-10-90029-58-3

Jean Madiran

Nouveau

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34,00 €

Fiche technique

Pages398
Dimensions16 x 24 cm
Couverturesouple
Date de parution2015

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   Le premier tome de ces Chroniques s’étendait sur les cinq premières années du pontificat de Benoît XVI (avril 2005 - décembre 2009) . Les quatre dernières sont celles du présent volume : 2010-2013.
Une « chronique » est un article de journal qui réfléchit, ironise ou philosophe sur l’une ou l’autre des nouvelles du jour. Les rassembler n’en fait pas un livre d’histoire ni un traité de théologie, mais un recueil de réactions immédiatement contemporaines de l’événement : c’est un témoignage sur des faits dont la mémoire est en train de disparaître dans le tumulte ravageur de la surinformation quotidienne.
   Dans une France où l’édition et la culture ont tendance à subir la domination du nouveau totalitarisme de la pensée unique, le coup d’œil de Jean Madiran sur l’actualité politico-religieuse vient contribuer à la réflexion et à l’esprit de résistance. C’est tout l’héritage de la Révélation chrétienne, des enseignements de l’Église, de la philosophie thomiste et des grands politiques chrétiens qui transparaît à travers ces pages dont l’écriture étincelante se double d’une vive intelligence de notre temps.

   Depuis la fondation de la revue Itinéraires en 1956, Jean Madiran (1920-2013) s’attache à défendre le magistère romain le plus traditionnel. Ses ripostes aux dérives liturgiques exégétiques et catéchétiques de l’après-concile en ont fait l’un des témoins les plus éminents de la vie de l’Église au XXe siècle.

Du même auteur

L’accord de Metz ou pourquoi notre Mère fut muette  
Les vingt-cinq ans de "Présent"   
Histoire de la messe interdite - Fasc. 1   
Histoire de la messe interdite - Fasc. 2   
La trahison des commissaires   
Enquête sur la maladie de la presse écrite  
Dialogues du Pavillon Bleu  
Chroniques sous Benoît XVI. Tome I , 2005-2009  
L'hérésie du XXe siècle 

 

Dans la presse

Una voce, n°301, mars-avril 2015

   Comment ne pas ouvrir ce second volume des Chroniques de Jean Madiran sans ressentir l'émotion qui peut vous saisir à l'ouverture du testament d'un être cher, d'un maître révéré, d'un esprit supérieur qui vous a éclairé, prévenu, encouragé par ses écrits, témoignages d'amitié et de soutien.
   Il faut lire attentivement la très belle préface que Jeanne Smits a donnée à ce recueil d'articles où se manifestent une extraordinaire lucidité, un jugement impossible à prendre en défaut, un courage constant, un style clair, où tous les mots sont d'une rigoureuse justesse dans la lumière de la foi et l'amour de l'Église.
   Jeanne Smits cite les dernières lignes publiées dans Présent par Jean Madiran, le 14 mai 2013, qui revêtent vraiment « une valeur de testament ». Les voici : Les élites officielles du catholicisme sont aujourd'hui mal préparées à comprendre que la Révolution française, sa Déclaration des Droits et sa devise ne sont pas principalement une fondation politique mais une permanente agression religieuse. On pouvait pourtant le comprendre dès le début : avant même d'appliquer les Droits de l'Homme par une Constitution politique (ce ne fut qu'en 1791 et elle était encore royale), l'esprit des Lumières et sa Révolution commencèrent prioritairement par imposer dès 1790 une Constitution civile du clergé, qui soumettait à la loi politique l’Église de Jésus-Christ. C'est à quoi, aujourd'hui plus que jamais, nous avons à faire face.
   Elle souligne encore que le combat de Jean Madiran n'aura jamais été de se substituer à l'autorité. Mais de l'alerter, de l'éclairer, de la mettre en garde, de la supplier d'être elle-même. Il n'a cessé de réclamer au Saint-Père, à l'Église de nous rendre l’Écriture, le catéchisme et la messe. Plusieurs chroniques traitent naturellement de la liturgie.
   Le Motu proprio du 7 juillet 2007 par lequel Benoît XVI a rendu à la messe traditionnelle son droit de cité a dû le réjouir profondément. Il ne nous a pas quittés sans avoir perçu que l’Église, par la voix d'un pape, lui avait donné raison de s'être battu. Tout comme le Dr Éric de Saventhem, président de la Fédération internationale Una Voce. Pourtant, Jean Madiran a bien senti que le retour de la messe de saint Pie V ne s'effectuerait pas facilement. Il publie, en. effet, le 25 février 2011, une chronique intitulée « Risque d'aggravation… La messe interdite… au Pape ! » Le cardinal Ratzinger a plusieurs fois célébré publiquement la messe traditionnelle, le pape Benoît XVI jamais encore.
   Créateur d'Itinéraires, puis de Présent, un vrai journal pour le bien commun, Jean Madiran n'aura jamais cessé de mener le bon combat, et les articles ici rassemblés montrent bien que jamais sa lutte contre l'erreur, contre le laxisme, fût-il celui d'un évêque ou d'un archevêque, jusqu'au bout de ses forces, ne s'est jamais relâchée.
   Ce second recueil des chroniques qui couvrent les années 2010 à 2013 – les dernières ont été publiées sous le règne du pape François – est toujours passionnant et demeure un témoignage, presque comme un diaire, de la vie de l'Église, en France en particulier. Une contribution irremplaçable à l'histoire de la France bien malmenée au milieu des péripéties politiques, économiques et spirituelles, car on continue à vouloir que disparaisse de l'homme ce qui reste de l'image de Dieu.
Jacques Dhaussy

Action Familiale et Scolaire, n°239

Le tome II des Chroniques sous Benoît XVI de Jean Madiran porte sur les quatre dernières années de ce pontificat (jusqu'à 2013, année de l'élection du pape François et de la mort de Jean Madiran), tandis que le premier tome s'étendait sur les cinq premières années du pontificat.

Une chronique est un article de journal qui réfléchit, ironise ou philosophe sur l'actualité et le cours des mœurs. Rassembler celles d'un penseur comme Jean Madiran n'en fait pas forcément un livre d'histoire ni un traité doctrinal mais un précieux recueil dont on peut et doit se servir pour avoir l'intelligence de notre temps, comme des "travaux pratiques" venant étayer précisément les "cours magistraux" de ses essais plus didactiques. De ce trésor de pépites concrètes, multiples et variées, émanent comme une lumière globale, une méditation continue pour la compréhension de notre monde, le retour d'une préoccupation constante qui, au-delà de la réforme intellectuelle et morale, est celle, finalement, de la contrerévolution. Au travers des enthousiasmes et des indignations, des déceptions et des espérances, des débats et des disputes, c'est en définitive toujours et partout I'angor patriae qui émerge de ces pages avec le souci et l'amour d'une civilisation blessée au cœur que Madiran voulait, de tout son esprit, contribuer à ressusciter.

Essayons donc, à partir de quelques extraits, de résumer l'âme même de cette pensée, le fil directeur des ultimes réflexions d'un fameux laïc catholique engagé dans le combat temporel pour défendre les vérités de l'Eglise. Qu'entendre par pensée et action contre-révolutionnaires, selon Madiran ? Il s'agit essentiellement d'une légitime défense, intellectuelle et politique, inspirée plus ou moins par l'Eglise contre l'agression révolutionnaire. La contre-révolution n'est cependant pas, cela doit rester évident, l'essence ni la finalité de l'Eglise. Elle n'en est qu'une conséquence occasionnelle mais inévitable, dans le domaine du bien temporel des sociétés politiques, lequel n'est cependant pas séparé, mais seulement distinct du spirituel (p.275). En sens inverse la révolution et la modernité qui en est issue ne forment peut-être pas "un bloc", comme le répète Christophe Geffroy, mais la modernité a une essence : essentiellement, elle est le refus de toute loi supérieure à la conscience humaine prise individuellement, ou collectivement par le mythe de la "volonté générale". C'est pourquoi l'Eglise est (était) contre-révolutionnaire. Elle l'était à cause du "contexte historique"? Mais le contexte historique n'a pas changé, ou plutôt il n'a changé que pour s'aggraver dans le même refus de la loi naturelle et de la loi de Jésus (p. 258). Assurément on ne saurait identifier une praxis politique, forcément prudentielle et donc contingente, à l'enseignement propre de l'Eglise, en érigeant ses positions en enseignement irréformable et irréductible. La philosophie (politique) n'est pas nécessaire au salut. Sans doute. Mais il importe pour la foi de n'en point subir une qui soit fausse : cf. Fides et ratio. En ce sens il y a radicalement incompatibilité épistémologique ente l'Église et la modernité comme il y a homogénéité entre l'Eglise et la contre-révolution, en dépit des variations de surface.

Ce qui nous intéresse dans la contre-révolution, ce ne sont pas ses positions contingentes et circonstanciées évidemment réformables ou périssables, c'est intrinsèquement sa philosophie réaliste qui s'oppose salutairement et en bloc à la philosophie idéaliste et individualiste de la Révolution. 1789 et sa déclaration des droits de l'homme tracent, qu'on le veuille ou non, une ligne de démarcation entre deux visions politiques incompatibles, résumées par Jean-Paul II lors de son discours au Parlement européen le 11 octobre 1988. L'école de pensée contre-révolutionnaire, école informelle, mais courant intellectuel et moral, a vocation à être catholique, puisque l'essence de la Révolution est d'être diaboliquement anticatholique. Toutefois, des penseurs incroyants lui apportent leur concours, en démontrant, soit par l'observation des faits sociaux, soit par le raisonnement philosophique, que la démocratie moderne est contraire à la nature de l'homme et destructrice de la vie sociale.

La contre-révolution est aujourd'hui à la doctrine sociale de l'Église ce que la philosophie réaliste est à sa théologie : une servante dont on aurait tort de trop négliger et mépriser le rôle relatif de subalteme aconfessionnelle : distinguer pour unir ! Assurément la contre-révolution pas plus que la philosophie n'est nécessaire au salut. Mais il convient à la grâce de s'épanouir sur l'humus de la loi naturelle. C'est la parabole de la semence et du terrain qu'a si bien commentée Péguy à sa manière pour notre monde moderne, rejoignant également Chesterton en sens inverse : ôtez le naturel, vous empêcherez le surnaturel de prendre et se répandre comme il doit. "De la forme donnée à la société dépend le bien ou le mal des âmes", disait autrement Pie XI. La contre-révolution c'est le retour au réel, à la loi naturelle, à la bonne terre ou à la bonne forme (au sens philosophique du terme) pour qu'il règne.

Mais la contre-révolution pour un catholique comme Jean Madiran, c'est le retour à la loi naturelle sans tomber dans le naturalisme, c'est à dire sans oublier l'apport de la Révélation et de sa loi d'Amour. Car c'est d'abord en étant "une permanente agression religieuse" que la Révolution est devenue consubstantiellement une permanente agression contre la loi naturelle. C'est à cette double agression que nous avons aujourd'hui à faire face, distinctement et ensemble. Autant les chrétiens peuvent et doivent s'unir et coopérer avec tous les hommes de bonne volonté dans la contre-révolution et le respect de la loi naturelle, autant ils ne peuvent agir avec eux comme si eux n'étaient pas chrétiens, s'en tenant à la seule loi naturelle, comme si la Révélation n'avait pas renouvelé le monde. Cette posture (néo moderniste) qu'on retrouve aujourd'hui chez certains évêques, Madiran la dénonce ainsi dans son Maurras (N.E.L.) : "On ne reproche pas à l'incroyant de faire comme s'il n'était pas chrétien (...). C'est le comme si du chrétien qui fausse tout. C'est le chrétien qui fausse tout en imaginant une zone de pensée et d'action où il serait possible de faire comme s'il n'était pas (encore) chrétien... L'ordre naturel n'est pas un compromis entre le chrétien et le croyant : (...) il est cette réalité que le chrétien aperçoit exactement s'il la considère dans une perspective surnaturelle, et que, simultanément, l'incroyant peut admettre dans une perspective naturelle". Si l'unité naturelle des croyants et des incroyants autour de la contre-révolution et de la loi naturelle est un bien commun politique évident, l'unité surnaturelle des catholiques entre eux n'en est pas moins un bien commun tout aussi nécessaire dans son ordre. De son point de vue plus large encore que l'unité politique précédente, elle ne lui est pas extérieure, et constitue comme une partie de son programme : "L'unité catholique intègre les incroyants au niveau du droit naturel, de la loi naturelle. de l'ordre naturel". On ne peut et ne doit donc pas séparer, sinon opposer les deux perspectives (naturelle et surnaturelle) car, depuis la Rédemption, nous sommes dans l'âge chrétien jusqu'à la fin du monde : la loi naturelle devient une "participation" à l'ordre surnaturel "dans lequel convergent nature et grâce" (Pie XII). Si, pour le bien commun temporel politique c'est-à-dire pour la concorde nationale, croyants et incroyants peuvent se retrouver et s'entendre aujourd'hui dans "le compromis nationaliste" de Maurras, conforme à la droite raison et à l'ordre naturel, à la contre-révolution, ce n'est donc pas au même niveau. Mais ce "compromis", acceptable à des niveaux différents pour les uns et pour les autres, ne pourra jamais signifier pour les catholiques français de devenir moins catholiques à la manière d'un pacte laïciste : "II est impossible d'être trop catholique en quoi que ce soit ... Être catholique en tout sauf en politique, c'est le début de l'apostasie". Loi naturelle et loi surnaturelle sont les deux noms de la double et unique loi du Créateur-Rédempteur. L'appel, au nom de la raison et de l'empirisme organisateur, à la loi naturelle (résumé par le Décalogue) ne doit pas exclure l'appel, au nom du Dieu d'Amour, à la loi surnaturelle (résumé par les Béatitudes). Il ne s'agit pas de défendre "un pré carré confessionnel" (Mgr Vingt-Trois) dans un rappel "étroitement confessionnel" (Mgr Ricard). Car la loi d'Amour n'est pas moins universelle que la loi naturelle: son rappel objectif vaut pour tous les hommes et la terre entière, tout aussi universellement que le rappel de la loi naturelle qu'il authentifie, éclaire et confirme de manière confessionnelle, surnaturelle, sous le mode de la foi, par la voie d'une Révélation historique qui a tout de même fait ses preuves apologétiques ! Autrement dit, si la Révélation chrétienne ne change pas, philosophiquement parlant, la politique naturelle et sa finalité (la concorde et le bien commun temporel définis par Aristote), elle apporte au monde et à la morale un nouveau principe extraordinaire (surnaturel) qui peut et doit transfigurer la politique sans changer sa nature. Si, dans cette société sécularisée et apostate, la politique n'a pas forcément besoin d'un mouvement confessionnel pour restaurer le bien commun temporel, elle a nécessairement besoin d'un mouvement et d'un ordre contre-révolutionnaires, et dans ce mouvement et cet ordre, elle a nécessairement besoin de catholiques qui agissent en tant que tels, personnellement et communautairement. Cela demeure essentiellement le message politique de Jean Madiran à notre monde et à nos évêques. Michel Busser

Reconquête, n°320, aout - septembre 2015

   C'est une excellente idée qu'a eue l'éditeur Benoit Mancheron (Via Romana) de publier en deux volumes les chroniques de Jean Madiran axées sur la vie de l'Eglise Catholique sous le pontificat hélas écourté de Benoit XVI.
   Les ayant lues régulièrement au fil de ces années encore proches et pensant conserver un souvenir encore frais des thèmes traités, je n'avais pas jugé nécessaire de les reparcourir, omettant d'en demander une recension dans notre revue.
   Or, une recherche de précision sur une campagne de la fielleuse publication Golias-Hebdo en vue de la destitution de Benoit XVI m'a amené à relire nombre de ces textes. Ils présentent bien sûr, c'est la loi de l'écrit quotidien, un intérêt inégal, et c'est pourquoi je conseille d'ordinaire de découvrir d'abord un écrivain dans ses livres essentiels plutôt que dans les commentaires circonstanciels difficiles à saisir par de jeunes lecteurs peu au fait des contextes. Mais, je modifie ma position, tant on peut faire dans les textes au jour le jour de Madiran une ample moisson de pertinentes et mêmes superbes réflexions de portée plus générale.
   C'est ce que dans sa préface du Tome II Jeanne Smits qui, durant toutes les années Benoit XVI était la très avisée directrice de Présent, a su admirablement faire valoir. Elle n'a aucunement dévalué sa piété filiale et son admiration pour une inconditionnalité déformatrice de la réalité de Jean Madiran qui par-delà la profondeur de sa foi et de ses réflexions fut aussi un ardent polémiste dont inéluctablement quelques flèches pouvaient injustement être tirées.
C'est avec ces dernières lignes de son beau texte que je conclus cet appel à la lecture des chroniques de Madiran sous Benoit XVI:
   "Jean Madiran pensait, craignait, savait que la contestation de cette "culture de mort" mènerait - et mènera en effet - à une nouvelle persécution, "sans guillotine" peut-être, mais de plus en plus visible, de plus en plus implacable.
Et c'est aussi pour cela qu'il avait mal à l'Eglise, mal à la France, à cause de leurs défaillances.
   Il avait ces dernières années un peu moins mal à l'Eglise, relevant avec bonheur telle déclaration pontificale, telle encyclique, telle dénonciation de la laïcité antireligieuse montrant qu'elle sait encore, qu'elle sait toujours. Le Motu Proprio du 7 juillet 2007rétablissant l'entier droit de cité de la messe traditionnelle est venu à la fois comme une consolation et comme une justification: justification de quarante ans de combats - à Itinéraires, à Présent et dans une œuvre qui n'a pas fini de porter ses fruits - alors que ces combats avaient été et continuent souvent d'être injustement relégués au rang de l'"intégrisme". Le principe du droit de cité est acquis, mais non la chose - loin s'en faut. Mais Madiran ne nous a pas quittés sans avoir perçu que l'Eglise, par la voix d'un pape, lui avait donné raison de s'être battu.
   Jean Madiran n'est plus. L'absence - et aussi les heureuses retrouvailles que permet ce recueil, et la mémoire de tant d'écrits - font mesurer le privilège qui a été le nôtre , qui a été le mien, de le côtoyer, de l'entendre si souvent, de partager son aventure. Non que nous ayons été systématiquement d'accord: quelques-unes de ces chroniques évoquent même des différences et des différends; qui se sont résolus cependant dans l'amitié française et les convictions profondément partagées.
   Aujourd'hui prédomine, avec la gratitude filiale, l'admiration de cette immense intelligence, adoucie par l'espièglerie et l'amour de la vie. Jean Madiran savait comme nul autre débusquer les faiblesses et les incohérences de la pensée, jusqu'au bout il aura été l'homme du mot juste recherché avec une précision d'orfèvre, à telle enseigne que ses adversaires refusèrent tôt de mener avec lui tout "débat public". Mais l'intelligence, en lui, n'éclipsait pas le cœur, ni les chansons, ni les poésies, ni l'amour."
Bernard Antony

Lecture et Tradition, n°54, octobre 2015

   Jean Madiran reste, lui aussi, un exceptionnel chevalier qui a consacré la presque totalité de sa vie et surtout de ses talents au service de la défense de sa Sainte Mère l'Eglise. Lors de son décès (juillet 2013), nous lui avions rendu l'hommage qu'il méritait (et qu'il mérite toujours) en lui consacrant l'essentiel de notre numéro 29 (septembre 2013) contenant, en particulier, un passionnant entretien avec Danièle Masson, seule biographe de Jean Madiran. Dans notre n° suivant (n° 30), parut un article de Jean-Baptiste Geoffroy, "En relisant L'hérésie du XXè siècle", un des plus grands, sinon le plus grand livre qui ait été écrit sur la crise de l'Eglise. Il était suivi de la nomenclature presque exhaustive de l'œuvre écrite de Madiran, qui compte une centaine de titres (livres et brochures) publiés, sans compter, bien sûr, ses innombrables articles parus dans sa revue Itinéraires (de 1956 à 1996) et dans le quotidien Présent, dont il fut un des fondateurs (1982) et resta le directeur puis l'éditorialiste presque jusqu'à ses derniers moments. Nous vous invitons et vous incitons instamment à relire ou simplement prendre connaissance de ces deux numéros qui mettent à votre disposition le portrait de cet homme d'honneur et de conviction à qui nous sommes redevables autant d'avoir été un exemple que de nous avoir légué un héritage intellectuel qui nous a permis de maintenir le cap de nos engagements pris et de persévérer dans la ligne fixée pour la défense de l'Eglise et de la France.
   Lorsque Benoît XVI publia, en juillet 2007, son Motu proprio rétablissant le droit intégral de la célébration de la messe traditionnelle, Madiran l'accueillit avec pleine satisfaction, lui qui attendait cette décision avec impatience depuis sa fameuse supplique adressée à Paul VI, Rendez-nous l'Ecriture, le catéchisme et la messe, exprimée, en 1974, dans son fameux livre Réclamation au Saint Père (Nouvelles Editions Latines), soit 33 ans auparavant ! C'est cette occurrence qui a suscité à l'éditeur Via Romana l'idée de publier les textes et écrits de Madiran, sous le titre Chroniques sous Benoît XVI. Un premier tome est paru en 2010, couvrant les années 2005 à2009. Récemment la suite en a été donnée dans le second tome pour la période 2010 à 2013.
   Ce fort volume de près de 400 pages contient les éditoriaux et "billets d'humeur", initialement parus dans le journal Présent, le seul quotidien français qui a le courage de s'afficher ouvertement catholique. Ces chroniques sont courtes (un peu plus d'une page du livre pour chacune), percutantes et incisives ; elles sont au nombre de trois cents environ, allant à l'essentiel, commentant un événement de l'actualité religieuse ou politique, portant un jugement toujours mesuré mais sans concession quand il l'estimait nécessaire. L'ensemble fourmille de références, de rappels, de citations, voire d'anecdotes qui apportent une touche de détente à la lecture de sujets parfois peu réjouissants, mais qu'il est nécessaire de connaître afin de "toujours raison garder" dans la guerre de tranchées qui est sournoisement entretenue, quand elle n'est pas violemment menée par la coalition des ennemis de l'Eglise, virulents, agressifs, sans pitié à certains moments.
   Pendant de très longues années, Madiran est resté en première ligne de ce combat sans concession, brandissant l'étendard "de la délivrance" pour défendre l'honneur de Dieu, de son Fils, Notre Seigneur Jésus-Christ et de la Très Sainte Vierge Marie et, bien entendu, pour couronner l'ensemble, affirmer à haute et intelligible voix, sa fierté (à l'image de ce que proclamait Chesterton) d'appartenir à la Sainte Eglise catholique, apostolique et romaine.
   On pourrait très aisément remplir un livre entier de réflexions, d'apophtegmes, d'observations et de considérations extraits de ces pages qui méritent toutes d'être lues avec la plus grande attention. Afin de l'illustrer, nous jugeons très édifiant d'en mentionner quelques-uns, portant sur des sujets "sensibles". Il ne faut jamais oublier, en effet, que "l'autorisation" de la célébration de la messe traditionnelle, pour si importante qu'elle soit, pourrait sembler n'être que "l'arbre qui cache la forêt", tant il y a de "reprises en mains" à effectuer, dans les domaines essentiels que sont le dogme, la liturgie, l'Ecriture sainte, aujourd'hui la morale et tant d'autres sujets d'inquiétudes.
   La première des chroniques qui ouvre le livre est symptomatique de cet état de fait. Elle est datée du 8 janvier 2010 et commente une statistique publiée dans le journal La Croix qui indiquait que de 1965 à 2005, "le nombre en France de catholiques pratiquants est verticalement descendu de 27 % à 4,5" Et Madiran de commenter : "Mais 27% ce n'était pas la gloire. Pour la France, c'était déjà le chiffre lamentable d'un désastre largement accompli. Ce désastre, ce n'est pas le Concile qui l'a enfanté, c'est plutôt l'inverse : c'est le désastre déjà installé qui a enfanté le Concile. Le rôle de ce dernier a été d'officialiser en quelque sorte un courant désastreux, celui que Pie XII avait combattu en réprouvant les subversives invention doctrinales de Chenu, de Congar, de Lubac, de Teilhard de Chardin (...) Il faut néanmoins remonter beaucoup plus haut, à la Révolution française de 1789 qui avait porté à l'Eglise un coup dont elle ne s'est pas encore relevée (...) Et la messe en français n'arrange rien, surtout quand il ne s'agit plus pour le prêtre de célébrer le saint sacrifice de la messe, mais seulement de "présider une eucharistie".
   Venons maintenant à la question cruciale, pour un catholique, de l'avortement. Madiran signale (14 octobre 2011) que dans le catéchisme "officiel" destiné aux J.M.J. de Madrid, préfacé par Benoît XVI, il est mentionné que "l'Eglise préconise (en politique) le système démocratique". Puis il commente : "Parmi tous les systèmes politiques possibles, le système démocratique est celui, le seul, qui a inventé et imposé le génocide des avortements en masse (et remboursés par la Sécurité sociale), un génocide maintenant mondial, le plus grand de toute l'histoire de l'humanité, permanent et institutionnalisé sans troubler les consciences démocratiques, quelle réussite! Le " système démocratique " est aussi celui qui, pour la première fois, impose la promotion juridique, morale et médiatique de l'homosexualité. C'est peut-être là ce qui explique le doute, les hésitations, l'embarras, les tâtonnements avec lesquels l'Eglise, comme le dernier en date des catéchismes catholiques, "préconise"  un système démocratique sans l' "imposer" ". Retenons aussi les réflexions ayant trait à la Révolution de 1789 qui est "à l'origine de la démocratie occidentale moderne. Elle avait pour but principal de soumettre l'Eglise afin de l'instrumentaliser ou de la détruire". C'est bien ce qui se déroule et ce que nous constatons depuis plus de deux siècles, sans que les "hommes d'Eglise" ne s'en émeuvent outre mesure... Et enfin, il faut bien dire quelques mots de la "réunion d'Assise" du 27 octobre 1986, convoquée à l'instigation de Jean-Paul II, que Madiran résume en ces quelques mots : "En somme l' "esprit d'Assise" nous est présenté comme l'obligatoire croyance commune des hommes de bonne volonté, tandis que Jésus-Christ devient facultatif, uns croyance particulière parmi les autres". Et à aucun moment les faits et attitudes graves et blasphématoires qui s'y sont déroulées, n'ont jamais "à notre connaissance, été officiellement dénoncés, ni même regrettés". De plus, le 27 octobre 2011, s'est tenu, sous le pontificat de Benoît XVI, un "Assise III" pour commémorer "Assise I".

   La dernière de ces chroniques publiées dans le livre est celle datée du 14 mai 2013, intitulée Soumettre à l'Etat l'Eglise de Jésus, qui fait suite à un certains nombre de déclarations de quelques représentants de l'épiscopat français, au moment de l'ouverture de la Conférence des évêques de France, sous la présidence du cardinal Vingt-Trois qui y énonçait une "incroyable conception de la dignité humaine", provoquant l'immédiate réplique de Madiran : "Les élites officielles du catholicisme sont aujourd'hui intellectuellement mal préparées à comprendre que la Révolution française, sa Déclaration des Droits et sa devise ne sont pas principalement une fondation politique, mais une permanente agression religieuse (...) L'esprit des Lumières et sa Révolution commencèrent prioritairement par imposer dès 1790, une Constitution civile du clergé qui soumettait à la loi politique l'Eglise de Jésus-Christ. C'est à quoi, aujourd'hui plus que jamais, nous avons à faire-face". Dans la préface qu'elle a offerte pour ce beau et bon livre, Jeanne Smits a brossé le portrait suivant de Jean Madiran : "Aujourd'hui prédomine, avec la gratitude filiale, l'admiration de cette immense intelligence, adoucie par l'espièglerie et l'amour de la vie. Jean Madiran savait, comme nul autre, débusquer les faiblesses et les incohérences de la pensée, jusqu'au bout il aura été l'homme du mot juste recherché avec une précision d'orfèvre, à telle enseigne que ses adversaires refusèrent tôt de mener avec lui tout "débat public". Mais l'intelligence, en lui, n'éclipsait pas le cœur, ni les chansons, ni la poésie, ni l'amour". C'est bien grâce à ces facultés et ces qualités que nous apprécions la façon avec laquelle il n'a cessé de débusquer et de dénoncer les erreurs, les dérives et les atermoiements de ceux qui ont, hélas ! contribué (innocemment ou délibérément) à entretenir l'amoncellement des "fumées de Satan" (selon l'expression de Paul VI) qui étouffent l'Eglise et, peu à peu, la conduisent vers l'asphyxie, puis une agonie qui risque d'être fatale si nous n'y prenons garde. Jérôme SEGUIN