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Histoire du missel tridentin et de ses origines

978-2-37271-054-1

Abbé Claude Barthe

Nouveau

20,00 €

Fiche technique

Pages232
Dimensions13,5 x 20,5 cm
Couverturesouple
Date de parutionoctobre 2016

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   L’œuvre liturgique du concile de Trente et des papes qui l’ont suivi représente la canonisation du culte romain tel qu’il s’était définitivement stabilisé au Moyen Age. L’auteur a choisi de focaliser l’attention sur la période qui a suivi cette canonisation, en brossant un panorama historique sur le missel de Pie V à Jean XXIII. A propos des livres « néo-gallicans » des XVIIe et XVIIIe siècles, il estime qu’on peut paradoxalement parler, jusqu’à un certain point, de tridentinisation à la française, ou à la parisienne. La complète victoire ultramontaine en liturgie, au milieu du XIXe siècle, va permettre les réformes romaines considérables du XXe siècle, celles du bréviaire et de la Semaine Sainte, traditionnelles d’esprit, mais qui vont cependant préparer le terrain pour une réforme radicale, laquelle va évacuer la liturgie tridentine : la totale réussite de la centralisation tridentine a créé les moyens de son licenciement.
   Mais d’abord, le livre traite en amont de Trente, de l’histoire antérieure de la messe romaine. Il consacre une large place au fait que le culte de l’Eglise depuis l’origine, « faux jumeau » du culte de la synagogue, ensuite avec le déploiement de l’interprétation allégorique patristique et médiévale, parallèle à l’interprétation allégorique de l’Ecriture, se pense comme la réalisation du culte de l’Ancien Testament. Il traite aussi en aval, après Vatican II, de l’étonnante auto-survivance « sauvage » du missel tridentin, qui a fini par être consacrée par l’autorité romaine. Tout laisse penser que cette histoire du missel tridentin est loin d’être achevée.
   Ce livre constitue ainsi un précis aussi complet que possible à propos d’une histoire liturgique dont la linéarité générale se conjugue avec d’étonnants rebondissements.

   L’abbé Claude Barthe est l’auteur d’un bon nombre d’ouvrages de réflexion sur la crise actuelle et de chroniques religieuses très appréciés. Il s’est consacré à la défense et illustration de la liturgie romaine traditionnelle.

Du même auteur :

La messe, une forêt de symboles 
Penser l'oecuménisme autrement 
Le temps d'avant 
En collaboration : Bernanos, un sacerdoce de l'écriture

Dans la presse

Ceremoniere.net

   Fidèle à son titre, ce livre étudie son sujet en trois parties distinctes. Partant du développement parfois parallèle de la liturgie de l’église et de la synagogue, la première partie, d’une centaine de pages, examine l’origine tantôt du culte nouveau, réalisation de l’ancien, tantôt des sacramentaires, missels et ordo, tantôt du vénérable canon romain lui-même, sans oublier les abondants commentaires allégoriques tant aimés de l’auteur : Ce commentaire spirituel de la liturgie commence dans le Nouveau Testament lui-même. On l’a évoqué pour le livre de l’Apocalypse qui précise que les sept lampes sont les sept esprits de Dieu, que les coupes d’or, pleines de parfums représentent la prière des saints, que le lin fin, dont est revêtu l’Époux, signifie la pure vertu des saints (p. 99).

   De taille semblable, la seconde partie – débordant parfois le strict cadre du missel pour considérer les tendances musicales et architecturales, le jeûne eucharistique et la disparition des Vêpres dominicales – trace en détail l’histoire du missel depuis celui dont hérite la Curie au XIe siècle, jusqu’à l’édition typique publiée quelques mois avant l’ouverture du concile Vatican II. Concernant ces ultimes éditions : Il est étonnant que soient intervenues ces publications, et notamment celle du missel, dans la mesure où une commission préparait déjà activement le projet de texte conciliaire sur la liturgie annonçant une très profonde réforme. Peut-être que les deux préfets successifs de la Congrégation des Rites qui procédèrent à ces publications de 1960-1962 […] ont voulu ainsi dresser une borne témoin. Il était par ailleurs logique de recueillir tout le travail accompli par la Commission de Pie XII pour parvenir à une codification plus claire (p. 201).

   La dernière partie du livre, bien plus brève (et qui fournit peut-être une clé de lecture de l’illustration allégorique qui embellit la couverture), traite de Summorum Pontificum et de la très curieuse situation que nous vivons, où cette législation s’adapte bien plus à un état de fait, en le formalisant et en le rationalisant, qu’elle ne le régit. En effet, le missel tridentin tel qu’aujourd’hui restitué, parce qu’il l’a été malgré et même contre une réforme liturgique qui était destinée à le remplacer, se trouve par le fait même en une sorte d’état d’autogestion. […] Au bénéfice de la liturgie anté-conciliaire, se réaliserait ainsi, de manière assez piquante, la fameuse « inversion de la pyramide hiérarchique », chère notamment à Yves Congar (p. 220).

   Aujourd’hui une partie grandissante des catholiques reconnaît que la liturgie, tout comme la vie, est transmise et reçue, plutôt qu’inventée par chaque génération ex nihilo. Il s’ensuit que maintes questions liturgiques invitent non seulement des réponses littérales et des réponses allégoriques, mais aussi des réponses historiques, surtout lorsque cette réponse historique ne consiste pas seulement à indiquer la période ou l’auteur de quelque innovation (fût-elle retenue par la postérité ou non), mais aussi les circonstances qui ont présidé à son introduction. Ce précis historique, écrit dans un style lisible qui encourage une réflexion presque allégorique sur son sujet, se complète par d’amples références en bas de page permettant de poursuivre cette méditation, et témoigne non seulement de la maîtrise de l’auteur en ce domaine, mais de son évident amour pour la sainte Messe.

Una Voce, n°310, janvier - février 2017

    Au moment où l'on s'approche du dixième anniversaire de Summorum Pontificum, l'ouvrage de l'abbé Claude Barthe arrive à point nommé. Il est très précieux par sa documentation, par sa précision, par sa clarté et sa brièveté. Il reprend l'histoire de la messe, de sa formation, de ses réformes jusqu'à la dernière, après Vatican II, qui a suscité bien des commentaires et des divisions parmi les fidèles, au point que pour maintenir l'unité de l'Eglise Benoît XVI, en lui rendant sa noblesse, a baptisé la messe de toujours "rite extraordinaire", et la nouvelle, "rite ordinaire", invitant les clercs à faire en sorte que les deux rites s'enrichissent mutuellement.
   L'ouvrage s'ouvre sur la formation de la messe romaine, culte nouveau, réalisation de la liturgie du Temple et revendication de la royauté christique universelle, sur les origines du canon romain, canon unique et anonyme, credo de l'action eucharistique, sur l'appellation romaine de la messe. "Missa ", ce moment du sacrifice où les catéchumènes étaient invités à quitter l'office.
   L'auteur montre très bien que saint Pie V au moment du concile de Trente n'a rien changé à l'ordo missae en vigueur à l'époque, ou opéré de très minimes retouches; il s'est contenté de le codifier, de rendre obligatoire le missel dans toutes les églises qui ne pouvaient pas prouver une ancienneté de deux cents ans pour leurs usages propres (bulle Quo primun). Seul le rite ambrosien, bien que très proche du rite romain, avait des particularités suffisamment importantes pour être qualifié de rite spécifique. On trouve, page 119, le texte de la bulle Quo Primum de saint Pie V du 14 juillet 1570 où il déclare notamment : Nous avons décidé et déclarons que ce Missel a été publié pour que tous accueillent partout et observent ce qui leur a été transmis par l'Eglise romaine, Mère et Maîtresse de toutes les autres Églises, et pour que par la suite et dans les temps à venir dans toutes les églises patriarcales, cathédrales, collégiales et paroissiales de toutes les provinces de la Chrétienté, séculière et ou de n'importe quels ordres monastiques, tant d'bommes que de femmes même d'ordres militaires réguliers (...) on ne chante ou ne récite d'autres formules que celle conforme au Missel que nous avons publié... Pas d'exception et pour toujours. Le texte du Pontife romain précise bien que son texte a valeur d'éternité. La messe tridentine est la messe du pape.
   Rome était parvenue à un état du missel qui ne sera plus pratiquement modifié. Le terme de transsubstantiation était apparu en théologie en 1140 chez Roland Bandinelli, le futur Alexandre III. On assista à une croissance très remarquable de la piété et de la théologie eucharistiques. La méthode de saint Pie V, le pape dominicain avait pour visée de fonder le mieux possible l'usage en vigueur à Rome en faisant une comparaison critique des manuscrits dont on disposait. En outre, elle a tenu à préciser au maximum toutes les rubriques, clarification qui sera poursuivie pendant quatre siècles par les réponses de la Congrégation des rites et l'œuvre des papes du XXème siècle. (p.114-115)
   L'abbé Barthe qui ne laisse rien au hasard et fait scrupuleusement le tour de la question analyse différentes positions du clergé et des fidèles à l'égard de la liturgie et de l'environnement artistique offert par les lieux de culte. Il n'oublie pas non plus les liturgies françaises des XVIIe et XVIIIe siècles, la restauration du culte romain dans les différents diocèses après les années révolutionnaires, les retrouvailles avec le chant grégorien alors promu par l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes, elle-même restaurée par Dom Guéranger (1805-1875), le motu proprio Tra le sollicitudini du 22 novembre 1903 de saint Pie X sur la musique d'église.

   Demeurent pour nous de manière capitale les derniers chapitres qui ont trait à la période contemporaine anté - et postconciliaire, l'histoire du Mouvement liturgique qui s'est développé de 1910/18 à 1960 après une période de marasme, celle du triomphe du positivisme, de la séparation de l'Église et de I Etat et de la crise moderniste. Par certains aspects, il visait à une restauration de la chrétienté, par d'autres il recherchait une espèce d'inculturation , dans le monde moderne, ces deux faces se rencontrant parfois chez let mêmes hommes. L'abbé Barthe évoque le missel de Dom Gaspar Lefebvre, les Chantiers du Cardinal Verdier, les réformes de Pie XII, la dernière édition typique du missel tridentin et, du côté de l'art pictural, les Ateliers d'Art sacré de Maurice Denis et Georges Desvallières, tandis qu'Henri Charlier au Mesnil-Saint-Loup poursuit son œuvre de peintre et de sculpteur. De ce dernier, Paul Claudel disait "Henri Charlier est un grand tailleur d'images, un de ces artistes suivant le cœur de Dieu dont il est parlé dans les Livres sapientiaux." Plusieurs pages développent les principales réalisations de l'architecture.
   C'est encore Claudel qui proteste contre la "messe à l'envers", c'est-à-dire célébrée face au peuple. Il est aussi question de la réforme de la Semaine sainte opérée par Pie XII "incontestablement la plus importante intervention liturgique de Rome depuis le concile de Trente".

   Le dernier chapitre de ce précieux ouvrage est intitulé "Summorum Pontificum ". Il traite, après les indults, de la messe imposée en 1969, reléguant la messe dite de saint Pie V dans la plus grande obscurité. Mgr Lefebvre et la Fraternité Saint-Pie-X et quelques autres fraternités ne l'entendirent pas de cette oreille. Nous pouvons aussi rappeler les interventions nombreuses du Dr Eric de Saventhem, président de la Fédération Internationale Una Voce, auprès du Cardinal Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI, pour rendre sa place à la messe de saint Pie V.
   Sans entrer ici dans plus de détails, écrit l'abbé Barthe, il faut rappeler que les deux figures majeures de cette tranche d'histoire liturgique de quatre décennies furent Marcel Lefebvre pour l'opposition frontale au nouveau missel, et Joseph Ratzinger pour l'opposition réformiste. À la différence de Mgr Lefebvre, qui critiquait le fond de la réforme, spécialement en ce qu'elle affaiblissait l'expression de la doctrine de la messe comme sacrifice obligatoire, le cardinal Ratzinger a surtout critiqué le mode violent de la transformation opérée. Il est vrai qu'il magnifiait par ailleurs le trésor que représentait le rite ancien.

   Dix ans se sont écoulés. On voit revenir petit à petit l'ancien rite. Timidement, mais sûrement. La justification juridique de la persistance de la liturgie ancienne a toujours été que la substitution de 1969 n'avait pas force impérative : "Une absolue interdiction de l'usage du missel mentionné ne peut être justifiée ni du point de vue théologique ni du point de vue juridique". Summorum Pontificum, de même, statuant que le rite ancien n'avait pas été supprimé, a interprété de manière rétroactive la constitution Missale romanum du 3 avril 1969 : Paul VI n'avait pas entendu abolir la liturgie ancienne. Comme si, à l'image du Concile Vatican II, l'autorité de promulgation du nouveau missel n'avait pas voulu " dogmatiser " en matière liturgique. Par l'ingénieuse qualification de "formes du même rite", Summorum Pontificum relativisait la force de Missale romanum.
   Cet ouvrage si charpenté, si riche d'enseignements, laisse entendre que l'histoire de Summorum Pontificum n'est pas terminée. Un autre ouvrage doit être en route… Mais dès maintenant nous pouvons nous réjouir de l'étonnante auto-survivance "sauvage" du missel tridentin qui a "fini par être consacrée par l'autorité romaine".

Jacques Dhaussy

La Nef, n°293, juin 2017