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Pour l'amour de l'Église : entretiens avec Robert Landers

978-2-37271-128-9

Mgr Bernard Fellay

Nouveau

19,00 €

Fiche technique

Pages152
Dimensions13,5 x 20,5 cm
Couverturesouple
Date de parutionmai 2019

En savoir plus

   En des pages d’une grande charité missionnaire, Mgr Bernard Fellay, ancien supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, évoque son engagement pour le sacerdoce, pour la foi, pour l’Église.
   Ce témoignage d’une vie consacrée à la mission et à la recherche de la vérité est aussi le portrait d’un homme au parcours peu ordinaire.
   Ouvert à toutes questions, même celles qui fâchent, l’évêque aborde avec profondeur les sujets les plus complexes, qu’il s’agisse de l’histoire de la Fraternité Saint-Pie X, du mode de vie du prêtre dans la société contemporaine et des urgences pour l’Église aujourd’hui.
   Un livre événement qui pose à sa façon la question de la place essentielle de la Fraternité Saint-Pie X au cœur de l’Église.

   Né à Sierre, en Suisse, en avril 1958, Mgr Bernard Fellay est un prélat catholique qui a exercé de 1994 à 2018 la charge de supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. Il a travaillé activement à la réconciliation entre FSSPX et papauté, et remplit aujourd’hui la fonction de conseiller général de la FSSPX auprès du nouveau supérieur général, l’abbé Davide Pagliarani.
   Disciple du cardinal Journet, Robert Landers vit en Suisse et s’intéresse à l’histoire et à l’évolution de l’Église catholique. Il est engagé dans le dialogue pour l’unité de l’Église. 

Dans la presse

Nouvelles de chrétienté, n° 177, mai-juin 2019

Un évêque parle

   L’ancien Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, Mgr Bernard Fellay, s'entretient avec Robert Landers dans un ouvrage qui vient de paraître aux éditions Via Romana, intitulé Pour l’amour de l’Eglise.
   Ce seul titre situe l’ouvrage dans la ligne du sermon de Mgr Marcel Lefebvre pour ses 50 ans de sacerdoce, le 23septembre 1979, à Paris : « Pour la gloire de la Très Sainte Trinité, pour l’amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour la dévotion à la Très Sainte Vierge Marie, pour l’amour de l’Eglise, pour I'amour du pape, pour I'amour des évêques, des prêtres, de tous les fidèles, pour le salut du monde, pour le salut des âmes, gardez ce testament de Notre-Seigneur Jésus-Christ ! Gardez le Sacrifice de Notre-Seigneur Jésus-Christ I Gardez la messe de toujours ! Et vous verrez la civilisation chrétienne refleurir. »
   De fait, à travers toutes les réponses de Mgr Fellay, on retrouve l’amour de l’Église qui animait le Fondateur de la Fraternité Saint-Pie X. Ainsi à la page 80 :
   Certains peuvent avoir l’impression qu’il est plus important de convertir les gens au « traditionalisme » de la Fraternité qu’à Jésus-Christ. Qu’en pensez-vous, que répondez-vous à cette objection?
   Mgr Fellay : « Cette opposition entre Jésus-Christ et le « traditionalisme » est factice. Si une personne se convertit à Jésus, elle ne peut refuser la tradition, le dépôt de la foi et les enseignements de la Révélation. Dans la Fraternité, nous sommes précisément attachés à la tradition, parce que nous travaillons pour Notre Seigneur et l’extension de son règne. »
De même à la page 147 : « Désormais, nous devons faire resplendir autour de nous la lumière de la Tradition, en profitant de tous les contacts intéressants que nous pouvons avoir. Je suis persuadé que nous avons quelque chose à apporter à l’ensemble de l’Église : nous devons aider les évêques, les prêtres et les fidèles à se réapproprier ces trésors de la Tradition qui ont été mis de côté. Tout ce qui est catholique est nôtre… »
Profession de foi catholique qui est également celle du nouveau Supérieur général, l’abbé Davide Pagliarani, dans l’entretien qu’il accordait à Nouvelles de Chrétienté (n°173, sept.-oct. 2018), tout de suite après son élection : « La Fraternité a entre les mains un trésor (…). La Tradition est un trésor (…). Notre vœu le plus cher est que l’Église officielle ne la considère plus comme un fardeau ou un ensemble de vieilleries dépassées, mais bien comme l’unique voie possible pour se régénérer elle-même. »

Les relations avec Rome

   Sur la question des relations avec Rome, l’ouvrage expose une situation qui dure depuis de nombreuses années. Il ne faut pas attendre de révélations inédites, car l’entretien a été réalisé deux ans avant le Chapitre général de juillet 2018 qui a élu le nouveau Supérieur général. Entre temps, le 26 juin 2017, Mgr Fellay avait reçu du cardinal Gerhard Ludwig Müller, alors préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, une lettre qui énonçait –avec l’approbation du pape François– les conditions nécessaires à une déclaration doctrinale préalable indispensable à toute reconnaissance canonique de la Fraternité.
   Ces conditions étaient au nombre de trois : 1) « adhésion à la nouvelle formule de la professio fidei datant de 1988 » ; 2) « acceptation des enseignements du concile Vatican II et ceux de la période post-conciliaire, en accordant aux dites affirmations doctrinales le degré d’adhésion qui leur est dû » ; 3) reconnaissance de « non seulement la validité, mais aussi la légitimité du Rite de la Sainte Messe et des Sacrements, selon les livres liturgiques promulgués après le concile Vatican II ».
   Le 30 juin, Mgr Fellay transmettait cette lettre à tous les prêtres de la Fraternité, avec le commentaire suivant : « On se retrouve dans une situation semblable à celle de 2012. » Et il rappelait sa déclaration à l’issue de la réunion des supérieurs majeurs de la Fraternité à Anzère (Suisse), le 28 juin 2016 : « La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X ne recherche pas avant tout une reconnaissance canonique à laquelle elle a droit parce qu’elle est catholique. La solution n’est pas simplement juridique. Elle relève d’une position doctrinale qu’il est impératif de manifester. (…) La Divine Providence n’abandonne pas son Église dont le chef est le pape, vicaire de Jésus-Christ. C’est pourquoi un signe incontestable de cette restauration sera dans la volonté signifiée du souverain pontife de donner les moyens de rétablir l’ordre du sacerdoce, de la foi et de la Tradition, – signe qui sera, de surcroît, le garant de la nécessaire unité de la famille de la Tradition. »
   Depuis le Chapitre général de l’été 2018, les relations avec les autorités romaines sont entre les mains du nouveau Supérieur général, comme l’a voulu le Fondateur de la Fraternité Saint-Pie X. Mgr Fellay les a entièrement confiées à l’abbé Pagliarani. Et, comme il le dit à la fin de son livre, dans un chapitre très justement intitulé « L’avenir est à Dieu », il n’y a pas « d’échéances » ou d’agenda pour cette question cruciale.

Les bonnes feuilles du livre

   La qualité de l’entretien conduit par Robert Landers, et l’élévation intellectuelle et spirituelle des réponses de Mgr Fellay sont remarquables. Elles permettent au lecteur d’avoir un exposé clair et pédagogique des positions de la Tradition. On est agréablement surpris de voir les questions évoluer au cours de cet entretien. Au début, elles sont l’écho des objections et des critiques fréquemment adressées à la Fraternité Saint-Pie X (le risque d’un schisme, le danger d’un repli sur soi…), puis, au fur et à mesure, elles manifestent un réel souci de comprendre ce qu’est l’union à Dieu, la sainteté, le rôle de la Sainte Vierge dans cette époque troublée…
   La capacité d’écoute du journaliste et la clarté d’exposition de son interlocuteur font que l’ouvrage s’adresse aux prêtres et fidèles attachés à la Tradition qui y verront une synthèse précise, mais aussi à toutes les âmes de bonne volonté qui voudront savoir ce qu’est vraiment la Tradition, sur le fond. On pourra en avoir un aperçu grâce aux bonnes feuilles que nous reproduisons ici, avec l’aimable autorisation de l’éditeur.

La place de la messe traditionnelle et de la Fraternité Saint-Pie X dans l’Église (p.10)

   « La Fraternité se trouve au cœur de l’Église. Pourquoi ? Parce que la messe est le cœur de l’Église. Elle est le sacrifice du Calvaire réactualisé selon un mode non sanglant, comme dit le concile de Trente. La messe est le sacrifice rédempteur qui fait vivre l’Église. Sans la messe, comme disait Padre Pio, l’Église ne peut survivre. S’il n’y a plus la messe, le cœur de l’Église s’arrête. Dans la Fraternité Saint-Pie X, nous cherchons à vivre au plus près de cet acte d’amour essentiel que seul le prêtre peut accomplir. Monseigneur Lefebvre aimait utiliser le mot transcendantal pour évoquer le lien entre la messe et le prêtre. Il convient de bien le comprendre. Une relation transcendantale est une relation entre deux êtres, qui est absolument nécessaire à leur existence. Il ne peut pas y avoir de messe sans prêtre, tandis qu’un prêtre sans messe ne réalise plus l’acte essentiel de son sacerdoce. Le prêtre est par définition un médiateur. Or, la célébration du saint sacrifice de la messe est l’acte le plus fructueux de cette médiation, à la fois pour l’Église, le monde, et le prêtre lui-même. Ce que je dis là résume notre position au cœur de l’Église. Mais je ne veux pas dire pour autant que nous sommes les seuls à vivre de cette réalité. »

L’« état de nécessité » dans l’Église actuelle : une « famine spirituelle » (p.13)

   « Vraiment, la Fraternité n’est pas liée à une école spirituelle particulière?
   « Non… Nous puisons dans toutes les écoles de spiritualité. Nous nous mettons à l’école des ordres contemplatifs pour apprendre à prier, des bénédictins pour acquérir un vrai esprit liturgique, des ordres prêcheurs ou missionnaires pour développer notre zèle apostolique… Nous prenons tout, en évitant les particularismes. Chez nous, chacun peut se sentir à l’aise. Nous avons toutes les facettes de la spiritualité catholique. »
   « Un peu à la manière de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, qui disait : « Dans le cœur de l’Église, ma mère, je serai l’amour » ? Au fond elle se sentait une âme de missionnaire, une âme de contemplative, une âme de prêtre…
   « Oui ! Les circonstances historiques et la détresse spirituelle des fidèles nous ont imposé cette spiritualité pour ainsi dire universelle. Nous avons pris en charge un apostolat que nous n’avons pas inventé. Après le concile, alors que nombre de catholiques se sentaient délaissés et n’arrivaient plus à s’y retrouver, beaucoup sont venus vers nous, en disant : « Donnez-nous à manger » ! C’est cette famine spirituelle que nous appelons « l’état de nécessité ». Nous cherchons à donner aux âmes la nourriture dont elles ont besoin pour aller au Ciel. »

La vertu est un sommet, elle équilibre l’apostolat (pp.53-54)

   « Comment un prêtre peut-il être un homme de doctrine et en même temps avoir « un cœur de chair » ?
C’est tout à fait compatible. Le prêtre a besoin d’ac¬quérir une science non seulement spéculative, mais aussi pratique, qui regarde l’agir de l’homme et l’application des principes à la singularité des situations. Souvent, les prêtres rigides ne prêtent pas assez attention aux circonstances. En outre, les prêtres font parfois preuve de raideur, parce qu’ils ont peur et cherchent une fausse sécurité. Un prêtre serein qui s’appuie sur le bon Dieu n’a pas de raison d’avoir peur. Il n’est donc pas rigide. Seule la vertu permet d’éviter la rigidité et son contraire, le laxisme. Le chemin de la vertu est un juste milieu, un sommet entre deux abîmes. Il n’est pas évident à trouver. Chacun doit demander à Dieu sa lumière pour voir clair, mais aussi prendre le temps de réfléchir. Comment agir dans tel cas ? Faut-il être plus clément ? Dans quelle mesure convient-il de tempérer la justice par la miséricorde ? Ici, nous sommes dans l’ordre de l’agir et des applications pratiques. Tout ceci ne s’apprend pas seulement dans les livres…
   « Refusez-vous par principe toute adaptation pédagogique, pratique ou même de langage qui permette de toucher les cœurs dans le monde tel qu’il est ? On a pu entendre que dans la Fraternité, il ne fallait pas changer quoi que ce soit, parce que sinon tout allait s’écrouler…
   « Il y a un équilibre à trouver. Je crois que des adaptations sont possibles. Il est évident qu’il ne faut pas parler de la même manière aux petits enfants qui se préparent à leur première communion et aux adultes. La même vérité peut être transmise avec des mots et des exemples différents. Il faut bien distinguer le fond et la forme du discours. La vérité ne doit jamais être déformée, cachée ou tronquée. Elle doit être transmise intégralement. Cependant, la forme du discours n’est pas immuable. Le bon pédagogue est celui qui sait trouver les mots justes et appropriés à son auditoire, tout en restant parfaitement fidèle à la vérité qu’il veut transmettre. »

Le bonheur consiste dans l’union à Dieu (p.68)

   « Au fond, quelle est votre définition du bonheur ?
   « Le vrai bonheur, je dirais, c’est posséder Dieu, être uni à lui, avoir l’âme en paix. Dès ici-bas, nous pouvons jouir de ce bonheur qui dépasse toute intelligence. L’âme en état de grâce le goûte déjà. Les tribulations, les difficultés et les peines qui sont le lot de la vie sur terre n’empêchent pas ce bonheur, car elles n’entravent pas l’union à Dieu. La clef du bonheur est là. Si quelqu’un vit vraiment avec Dieu, il trouve le bonheur. »

Le chemin de la sainteté ordinaire (p.73)

   « Que diriez-vous à ceux qui se sentent incapables, ou qui considèrent la sainteté comme une chose qui n’est pas faite pour eux ou qui leur est impossible ?
   « Ces personnes se trompent. Elles n’ont pas une idée juste de ce qu’est la sainteté. Je regrette d’ailleurs que certains livres d’hagiographie donnent trop d’importance aux miracles et aux choses extraordinaires, car de la sorte ils suggèrent que l’essentiel de la sainteté réside là. Mais non ! Le miracle ne fait pas le saint. Certes, la vertu héroïque est nécessaire pour qu’un saint soit canonisé. Cependant, le chemin de la sainteté ordinaire à laquelle tous les hommes sont appelés est plus simple : c’est l’état de grâce. Pour aller au Ciel, pour être un saint, il faut mourir en état de grâce. Il faut posséder la « grâce sanctifiante », la grâce qui fait les saints. Ce trésor est une participation réelle à la nature divine, comme dit si bien l’Épitre de saint Pierre – divinae consortes naturae – ou l’offertoire de la messe – ejus divinitatis esse consortes. C’est extraordinaire ! Nous marchons sur le chemin de la sainteté si, vivant avec Dieu et possédant sa grâce, nous mettons notre existence en harmonie avec elle. Pour le dire plus simplement, la sainteté consiste dans la charité. Cette vertu surnaturelle infusée par Dieu transforme toutes nos actions. Si nous faisons quelque chose pour l’amour de Dieu, au nom de cet amour, notre acte dépasse par son amplitude tous les événements humains. N’est-ce pas magnifique ? »

Le règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ (p.127)

   « Le mot « laïcité » a évolué et illustre maintenant cette rupture entre le temporel et le spirituel. À l’origine, la laïcité est ce qui relève de la charge des laïques.
   « Cette évolution est tragique, car la société humaine se transforme peu à peu en enfer ! Que faire pour revenir à l’ordre voulu par Dieu ? Il faut rappeler, à temps et à contretemps, la parole de saint Michel « qui est comme Dieu ? » et se tourner vers Notre Seigneur. Le monde parle sans cesse des droits de l’homme, mais il oublie ses devoirs. Pourtant, qui dit droits dit aussi devoirs. Parmi eux, se trouvent l’obéissance à la loi naturelle, la soumission à la loi de Dieu, l’adoration de Dieu. Cela vaut pour le chrétien, mais aussi pour tout homme qui est créature de Dieu, et donc soumis aux lois de Dieu. Nous devrions nous interroger sur la place que Dieu occupe dans la société et dans nos vies. Pour qui nous prenons-nous, lorsque nous lui arrachons son sceptre ? Nous sommes membres de l’Église, mais aussi membres d’une société, membres d’un pays. Nous ne pouvons pas vivre d’une certaine façon dans l’Église et d’une autre manière dans la société. Un tel dédoublement fera de nous des schizophrènes. Notre vie personnelle et sociale a besoin d’uni¬té. C’est pourquoi l’homme doit bâtir la société autour de Notre-Seigneur. Lui seul du reste apporte la vraie liberté et une juste compréhension de ce que sont les droits de l’homme. La société chrétienne n’est pas une théocratie. Elle est simplement une société qui vit selon les principes enseignés par l’Écriture et la Tradition.»

Prenez et lisez

   Au terme de ces 150 pages qui se lisent d’un trait, on regrette que souvent on parle de la Tradition, et que trop rarement on lui laisse le temps de parler elle-même, en profondeur, au-delà des dialectiques entretenues par des journalistes d’une culture sommaire. Il faut savoir gré à Robert Landers et à Via Romana d’avoir donné ce temps à Mgr Fellay.
   Celui qui découvrira la Tradition à la lecture de cet ouvrage se sentira poussé à aller plus loin, à vouloir en savoir plus. Celui qui est attaché à la Tradition éprouvera une légitime fierté d’être au service de cette cause depuis 10, 20, 30 ou 40ans… ce qui ne sera pas sans lui donner un sens plus aigu des devoirs que ce service exige.

Le Forum catholique, 2 juin 2019

   Ce livre d'entretiens avec Mgr Fellay, assez court (150 pages), permet à l'ancien supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X d'aborder un bon nombre de sujets au rythme des chapitres portant chacun sur un thème différent, comme la transmission de la Foi, le sacerdoce, Notre-Dame, le mariage, la vie chrétienne, etc...On ne saurait que trop recommander la lecture de cet ouvrage. Monseigneur Fellay, fort de son expérience de supérieur général et aussi d'évêque, prodigue à tous ses conseils et donne des éclaircissements pour savoir comment mener aujourd'hui une vie vraiment chrétienne dans la fidélité à la doctrine de l'Église.

   On apprécie également les profondes pensées spirituelles de cet évêque et sa foi indéracinable dans l'Eglise de Notre Seigneur Jésus-Christ. Ces 150 pages sont extrêmement denses et il serait trop long de rapporter ici la pensée de Monseigneur sur tous les sujets abordés. On peut dire qu’autant pour les prêtres que pour les familles, aussi bien qu'à titre particulier, ce livre sera un outil précieux pour la vie intérieure et l'apostolat.

   Un autre aspect intéressant est l’avis de Monseigneur sur la situation de l'Eglise et du monde. On y retrouve le discernement dont il avait fait preuve lors de son supériorat. Notamment sa modération à propos des autres Instituts traditionnels. On peut y lire par exemple : « Pour moi, tout ce qui est fait dans l'Eglise avec humilité en faveur de sa Tradition travaille dans le bon sens. »
Ainsi, il n'hésite pas à rappeler les aspects positifs des pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI... certaines encycliques comme Veritatis Splendor ou encore le Magistère concernant la famille et la morale. Au sujet du Concile Vatican II, il considère que certains textes pourraient être acceptés après de « sérieux éclaircissements ».

   Néanmoins il rappelle à plusieurs reprises l'importance de la doctrine de la Foi, inséparable de la Charité. De même que l'apostolat ne peut en aucun cas se résumer à la miséricorde et à la pastorale en mettant en deuxième plan la Vérité et le rappel de la gravité du péché.
   Il y a d'ailleurs dans ses propos de longs et beaux développements sur le sens de la Croix et l'indispensable renoncement sans lequel il n'y a pas de vie chrétienne véritable. L’œcuménisme post-conciliaire est toujours vu comme gravement fautif et la séparation de l'Église et de l'État reste une fausseté aux conséquences désastreuses. Monseigneur Fellay ne fait pas l'impasse non plus sur la défense vigoureuse du mariage et condamne avec force les récents attentats contre son indissolubilité.
   Bien sûr, on y trouvera aussi plusieurs passages sur la Fraternité Saint-Pie X en tant que telle qui intéresseront les lecteurs qui la connaissent moins bien... On y apprend que même après 1988, les contacts n’ont jamais cessé et qu’ils continuent aujourd’hui, tant sur le plan doctrinal que canonique, et que si les progrès sont lents, ils sont bien réels .
   Nous sommes passés volontairement sur les passages plus personnels, comme la dévotion de Monseigneur Fellay à la Sainte Vierge Marie, la fidélité au chapelet, les saints pour lesquels il a une dévotion particulière…

   Il semble optimiste pour l’avenir, tout en rappelant sans cesse le côté humain de l’Église, qui ne doit pas cacher sa Sainteté et prévient ses ouailles pour ce qui suit : « Il nous faudra un grand coeur ». Le recroquevillement inhérent à la situation qui dure et perdure depuis plus de 40 ans devra se transformer en rayonnement de la Tradition liturgique et doctrinale.

   Mais plus qu’un livre sur la FSSPX, ces entretiens constituent un véritable « vademecum » du catholique qui veut rester fidèle dans le monde de 2019 et dans la crise actuelle de l’Église.

   Découvrez-y le regard surnaturel, les encouragements et la confiance d’un « amoureux de l’Eglise ».

"Justin Petipeu"

Le Forum catholique,  21 juin 2019

   Dans son livre d’entretiens, Pour l’amour de l’Eglise, Mgr Bernard Fellay aborde la délicate question du lien entre les fidèles et leurs prêtres. Il évoque la tentation qui peut être celle des fidèles de s’approprier tel ou tel prêtre. Et le risque pour un prêtre de succomber à cette tentation. Il y a là selon moi matière à réflexion pour les uns et les autres. Extrait.

   Que dire lorsque certaines personnes, pour diverses raisons, font de tel ou tel prêtre un gourou, ont une relation trop « intense » avec lui ? À l’inverse, n’y a-t-il pas des prêtres qui agissent avec leurs ouailles comme s’ils étaient Dieu pour elles ?

   Je crois avoir vu tous les cas de figure. Cette situation n’est pas liée à la Fraternité. Elle est due à la nature humaine. Quand il y a les hommes, il y a de l’hom­merie… Parfois, le prêtre est tenté de chercher un lien trop affectif avec ses ouailles. Dans ce cas, plutôt que de conduire les âmes à Dieu, il se recherche et c’est dangereux. Un jour, une infirmière me disait que dans ses visites à domicile, elle veillait strictement à ne pas sortir du champ de ses devoirs professionnels. Elle s’occupait des malades et les soignait, puis partait tout simplement. C’est exactement ce que doit faire le prêtre. Il doit éviter tout ce qui est consolation humaine. Il a pour rôle de donner la consolation du Seigneur aux âmes, non la sienne.

   (...) Le prêtre doit faire son devoir d’état, c’est-à-dire enseigner la vérité, faire du bien aux âmes, accompagner… Il revient au prêtre d’accomplir son devoir généreusement puis de s’effacer comme le docteur qui passe d’un malade à l’autre. Après avoir soigné un malade, il ne reste pas près de lui, sous prétexte que sa présence lui est agréable. Il va vers les autres malades. Jésus donne l’exemple. Il s’occupe de ses brebis qui lui offrent un accueil très sympathique, mais rapidement il ajoute : « J’ai d’autres brebis, je dois m’occuper d’elles ».

   Comment le prêtre peut-il vivre dans son apostolat cette amitié qui peut naître avec des personnes ? Est-ce quelque chose de délicat, c’est pourtant important pour son équilibre personnel ?

   C’est très important. Monseigneur Lefebvre a voulu la Fraternité comme une société de vie commune, pour que les prêtres trouvent soutien et réconfort auprès de leurs confrères, et non auprès d’âmes sœurs, ce qui est toujours extrêmement dangereux. Aujourd’hui, un prêtre qui est seul est souvent objectivement en danger, parce qu’il subit des pressions énormes de tous côtés. Certes, il ne faut pas déshumaniser et désincarner le prêtre. Chacun a besoin de soutien et de soulagement. En outre, comme le prêtre est en relation avec les autres dans son ministère, nécessairement des liens et des attaches se créent. Ces amitiés qui naissent sont légitimes, à condition qu’elles soient vécues dans la perspective du bon Dieu. Lorsqu’elles se situent à un niveau purement humain, il y a un danger pour le prêtre. Une constante vigilance est requise pour que ces attaches demeurent dans l’ordre voulu par Dieu.

XA

Présent, 29 juin 2019

   Mgr Bernard Fellay est resté durant 24 ans à la tête de la Fraternité Saint-Pie X. Il demeure, depuis l’élection du nouveau supérieur général – l’abbé David Pagliarani – l’année dernière, conseiller général de la Fraternité. Entré tout jeune au séminaire d’Ecône, il est l’un des évêques sacrés en 1988 par Mgr Lefebvre. Sa parole paraît donc autorisée pour faire le point sur les positions de la Fraternité – point nécessaire, car les interprétations les plus variées sont parfois données, ou bien la position d’un membre de la Fraternité montée en épingle alors qu’elle ne reflète pas celle de la communauté.

   La forme de l’entretien, de lecture agréable et facile, permet d’évoquer de nombreux sujets. Au fil des pages, on trouve ainsi un bref historique de la Fraternité, avec l’évocation du caractère de son fondateur. Mgr Fellay donne une belle définition de la liturgie, qui justifie l’attachement de sa communauté au rite traditionnel : « L’Eglise s’édifie sur la foi et les sacrements de la foi, tandis que la liturgie est l’indispensable vêtement de ces derniers. » Il met en valeur – ce que ne conteste aucune communauté traditionnelle – le rôle décisif de la résistance de la Fraternité aux oukases interdisant le rite tridentin. Elle a notamment permis l’émergence d’autres communautés (même à son corps défendant) et la « résurrection » du rite dit « de saint Pie V », surtout grâce au motu proprio de Benoît XVI, à qui l’ancien supérieur général de la Fraternité exprime sa reconnaissance.

   L’analyse reste fine : Mgr Fellay reconnaît « le danger d’aller trop loin et d’émettre des critiques infondées ou exagérées, voire de faire des demandes inconsidérées » ; ces nuances donnent d’autant plus de force à son propos. « Nous avons toujours refusé de couper les liens avec Rome », insiste-t-il, réaffirmant le rejet de tout sédévacantisme. Mais il reconnaît qu’Assise a été un élément déclenchant dans la décision de Mgr Lefebvre de sacrer des évêques sans l’aval de Rome, Rome qui souhaitait « la solution biologique », c’est-à-dire la mort de Mgr Lefebvre, pour régler le « problème » de la Fraternité…

   Loin des caricatures que l’on peut trouver sur les positions de sa communauté, Mgr Fellay explique ce qu’est le véritable œcuménisme, insiste sur la nécessité de la charité : « La grâce est offerte à tout homme. Une personne qui a une conscience bien formée et la suit peut être sauvée, sans connaître la vraie religion. » Il précise, avec l’humour qui colore parfois ces entretiens, que l’on peut être un bon catholique sans faire partie de la Fraternité !

Fatima et la Russie

   On trouve de belles phrases sur le rôle de l’évêque, l’importance de l’éducation et de la culture générale et littéraire, la vénération pour la Vierge, « notre boussole », le « jeu » entre Dieu et l’homme, et le rôle de coopération qui nous est offert de la part de notre Créateur, ainsi que le rapport entre la Loi et l’Amour. Robert Landers, le journaliste qui pose les questions que l’on attend, pense aussi à des sujets moins convenus : que pense Mgr Fellay, par exemple, des rapports avec les orthodoxes, de la rencontre historique entre le pape François et le patriarche Kiril qui a eu lieu en 2016, de la croissance des communautés orthodoxes en Russie ?

   L’évêque y voit un lien avec les paroles de la Vierge à Fatima. « Un Etat qui favorise la religion fait toujours œuvre salutaire. L’exemple de la Russie le montre », précise-t-il. « Ce qui se passe en Russie est pour moi comme une première réponse du Ciel, une réponse inachevée, qui n’a pas encore trouvé son aboutissement. »

Les discussions avec Rome

   Bien évidemment, le sujet des discussions avec Rome est abordé. Mgr Fellay rappelle les demandes de la Fraternité : que certains textes « ambigus » du concile Vatican II soient redéfinis.
   N’est-ce pas ce que demandait Benoît XVI, pense le lecteur ? Mgr Fellay répond à cela que si l’accord ne s’est pas concrétisé du temps du pape émérite, c’est sans doute à cause d’une partie de son entourage, qui y était, quant à elle, farouchement opposée.
   Qu’en est-il des relations avec le pape François ? Celui-ci, selon Mgr Fellay, « accorde assez peu d’importance à la doctrine. Ce qui l’intéresse avant tout, ce sont les hommes ». Ce qui peut donner des résultats surprenants. Mais on trouve ailleurs cette proposition : « Il est raisonnable de penser que, durant une période assez longue, nous resterons une communauté à part, avec ici et là des actes de collaboration ponctuelle. »

   Nous avons là un ouvrage qui, sous sa présentation assez ramassée – 152 pages – et sa forme facilement abordable, répond à toutes les questions que l’on peut se poser sur la Fraternité Saint-Pie X. Sa lecture sera donc profitable à ses membres comme à ses détracteurs s’ils sont de bonne foi. Ce sont des éléments incontestables qu’apporte celui qui fut son supérieur durant près d’un quart de siècle. 

Anne Le Pape

Site internet de Notre Dame de Chrétienté, septembre 2019

   Quel livre passionnant donné par Monseigneur Fellay, ancien Supérieur de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X ! J’encourage nos amis de Notre-Dame de Chrétienté à lire cet ouvrage qui m’a beaucoup fait penser à la ‘Lettre aux catholiques perplexes’ de Monseigneur Lefebvre écrite en 1985 (éditions Albin Michel). Cette ‘Lettre’ voulait en son temps par son langage simple, accessible à tous, faire comprendre les positions d’un évêque qui demandait simplement à transmettre ce qui lui avait été transmis. Dans un contexte différent - 34 années après - mais avec la même volonté d’être compris de tous, Monseigneur Fellay nous explique l’histoire de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, de sa création à aujourd’hui, sans rien cacher des combats difficiles, en expliquant le sens des choix posés.

   L’entretien avec Robert Landers sans langue de buis aborde les sujets principaux avec la volonté de prendre de la hauteur : la situation de l’Eglise, la vocation de la Fraternité Saint Pie X, les sacres de 1988, la levée des sanctions, les relations avec Rome, la formation des prêtres, la vie spirituelle, l’évangélisation etc.

   Un extrait traitant du thème de notre pèlerinage 2019 (La Paix du Christ par le règne du Christ) nous replongera dans nos méditations de Pentecôte : « Toute société, comme toute créature, doit être soumise à dieu et à sa loi. Qu’il s’agisse de la famille, de la société civile, de l’Etat, toute société dépend de son Créateur. En outre, comme Notre Seigneur s’est incarné, il est par sa nature humaine le roi des nations. Toute société lui est soumise. Cela vaut aussi pour la société temporelle. Dès lors, quand nous parlons de l’autonomie du temporel, nous devons faire attention. L’expression est quelque peu ambiguë. Sans aucun doute, il y a une distinction à faire entre l’Eglise et l’Etat qui sont deux sociétés parfaites. L’encyclique Quas Primas de Pie XI le montre bien. Cependant, aujourd’hui, le temporel et le spirituel ne sont plus seulement distingués, mais séparés. Influencés par le libéralisme, beaucoup pensent que la société temporelle est indépendante de l’Eglise. C’est une grave erreur dont vous voyons les conséquences aujourd’hui. Cette « autonomie du temporel » comprise comme une véritable indépendance par rapport au pouvoir spirituel entrave l’action de l’Eglise. Elle l’empêche d’intervenir pour promouvoir la paix des nations, soulager les pauvres, défendre les vies humaines abandonnées à l’arbitraire des lois iniques. Bien des évêques et des cardinaux en sont conscients. Ce principe de séparation les empêche de s’impliquer efficacement dans la vie sociale et politique. Notre Seigneur est le roi du ciel et de la terre. L’Ecriture le dit. Les saints le proclament par leurs écrits et leurs œuvres. C’est pourquoi je crois qu’il faut revenir à la distinction traditionnelle entre temporel et spirituel, en donnant une interprétation juste du fameux ‘rendez à Dieu ce qui est à Dieu, rendez à César ce qui est à César’ ».

   Nous remercions Monseigneur Fellay d’avoir écrit que « tous ceux qui œuvrent dans l’Eglise avec humilité en faveur de sa Tradition travaillent dans le bon sens », nous faisons nôtres ces propos.

   Lisant ce livre cet été, je pensais à Jean Guitton, célèbre philosophe et ami de Paul VI, qui rapportait ses relations avec Monseigneur Lefebvre dans un entretien publié en août 1988. Il précisait qu’en dépit des divergences, sur son lit de mort (il avait près de quatre-vingt-dix ans), il souhaitait avoir un prêtre comme Monseigneur Lefebvre auprès de lui.

   Les catholiques ont besoin d’évêques courageux pour nous aider à « fortifier notre foi » (Rm 4-20) ; le livre de foi, de conviction et d’amour pour l’Eglise de Monseigneur Fellay nous aidera et nous soutiendra dans cet effort.

Jean de Tauriers