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Derniers mots

978-2-37271-109-8

François Foucart

Nouveau

19,00 €

Fiche technique

Pages190
Dimensions13,5 x 20,5 cm
Couverturesouple
Date de parutionSeptembre 2018

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Les condamnés face à la guillotine et au peloton

Avec une préface de Michel De Jaeghere.

   La mort ordinaire est, certes, imprévisible mais celui qui va partir est souvent affaibli, malade, inconscient. Pour les exécutions capitales devant les douze canons de fusil ou le couperet de la guillotine, le condamné face à une mort violente, souvent jeune, en bonne santé et en possession de tous ses moyens, voit venir ses dernières minutes. Le drame est à son comble. Face au ciel, il jette alors souvent un dernier cri ou bien, peu de temps avant, c’était un poème, une lettre, un testament. Criminels exécutés ou bien soldats ou militants tombés pour un idéal, il n’est pas question de les comparer mais d’observer qu’alors le sang est le même, parce qu’il lave de tout: le criminel reçoit son châtiment mais aussi sa rédemption, le héros sa couronne.
   Il s’agit donc de dresser une sorte de catalogue des derniers mots, souvent surprenants pour les guillotinés, inattendus, souvent magnifiques pour tous ceux qui sont montés au ciel pour la Patrie, pour un idéal. C’est le livre d’or de tous ceux, coupables ou victimes, frappés par la justice ou bien la haine et l’injustice, de la Révolution française à Jean Bastien-Thiry. Un ouvrage dur peut-être, mais insolite et émouvant.

   François Foucart, juriste et psychologue de formation, ancien Spahi, est un familier des situations difficiles. Ancien chroniqueur judiciaire de France-Inter et de diverses publications, il a été visiteur de prisons, visiteur en psychiatrie dans un hôpital, gérant de tutelles, président d’associations humanitaires. Auteur de huit ouvrages, notamment d’histoire criminelle (et historien des familles d’exécuteurs), conférencier, son dernier ouvrage est intitulé Mes cours d’assises.
   Il est chevalier de la Légion d’honneur et chevalier de l’ordre national du Mérite.

Du même auteur :

Mes cours d'assises 

Dans la presse

Présent, mercredi 17 octobre 2018, n°9219

   Le titre du livre de François Foucart, Derniers Mots, peut prêter à confusion : non, il ne s’agit pas de ses derniers mots à lui, mais bien de ceux de condamnés à mort de toutes sortes, politiques ou « droit commun ».

— Vous avez été chroniqueur judiciaire durant de longues années. Portez-vous l’idée de ce livre depuis longtemps ?
— Oui, j’ai longtemps mûri ce livre, pour deux raisons. D’abord, chroniqueur judiciaire pendant vingt-cinq ans, j’ai pu assister à quantité de procès d’assises à l’époque où existait la peine de mort. J’ai vu le « prononcé » de cinq condamnations à mort, la première étant celle de Christian Ranucci à Aix-en-Provence (exécuté en juillet 1976), la dernière celle de Philippe Maurice à Paris (gracié). Quand la peine de mort était demandée, le retour à l’audience de la Cour était angoissant et, contrairement à ce que l’on a dit, quand l’accusé sauvait sa tête et était, de fait, condamné à la réclusion à perpétuité, il retrouvait le sourire. La perpétuité (qui ne l’est jamais) peut se vivre et vaut mieux que le couperet. Ensuite, il y a le fait que j’ai été visiteur des prisons, et que j’ai croisé à la Santé le « bourreau » (le titre exact est « exécuteur en chef des arrêts criminels »). Il s’agissait de M. André Obrecht que j’ai pu, difficilement, approcher, et qui n’était pas antipathique. Enfin, j’ai toujours été fasciné par l’image de la guillotine façon « Casque d’or », avec les pavés mouillés au petit matin, les fiacres, les becs de gaz, et cet instrument terrifiant datant de Robespierre !

— Comment avez-vous sélectionné les personnages évoqués ? Avez-vous eu l’embarras du choix ?
— Sélection difficile, car il y a trop de cas, surtout pour les politiques, cas souvent magnifiques avec beaucoup de « derniers mots » sous forme de lettres avant le poteau. Plus facile pour les condamnés de droit commun (guillotins), souvent frustes et dont on ne retient que, parfois, quelques paroles extravagantes. Ainsi Landru refusant le fameux verre de rhum (forte dose, pour assommer) : « Non, merci, 1’alcool est mauvais pour la santé. » J’aurais pu évoquer aussi les cas, contemporains, de Buffet et Bontems, mais Buffet n’a rien dit et c’était un grand déséquilibré, alors que Bontems, après avoir écrit une lettre, a simplement dit : « Eh bien, allons-y ! » puis, le verre de rhum à la main, (et je le tiens de M. Obrecht) a constaté : « II est bon… », puis a fait tourner l’alcool dans le verre en disant : « C’est lequel, le bourreau ? » Il avait manifestement l’intention de lui lancer au visage le contenu du verre…

— Devant la mort, mettez-vous les condamnés politiques et les autres « dans la même charrette » ?
— Il y a, je crois, une même attitude. Les uns et les autres, criminels ou politiques, trouvent une vraie dignité par la violence et l’horreur de leur mort. Le sang versé vaut absolution pour les criminels, il est magnifié pour les politiques. Mais à tant faire que de supprimer la peine de mort, il fallait commencer par les politiques. Rien ne change plus vite qu’une accusation, l’accusé est un jour traître, six mois après il sera au pouvoir. Ben Bella capturé dans un avion et chef fellagha aurait pu être fusillé, deux ans après il était « interlocuteur valable » et, après tout, De Gaulle et Pétain ont bien l’un et l’autre, et malgré des fortunes diverses, été condamnés à mort. Et qui est vraiment criminel ? Les massacreurs d’Oradour-sur-Glane sûrement, mais pourquoi pas ceux, Français, des Lucs-sur-Boulogne (même nombre de victimes) ? Je respecte autant les résistants et militants communistes fusillés (à Chateaubriant comme au Mont-Valérien) que les 76 miliciens fusillés au Grand-Bornand l’été 1944 et qui n’étaient pas des traîtres, mais les victimes d’un climat de guerre civile. Pour l’Algérie également, comment justifier l’exécution de militaires français n’ayant pas failli à l’honneur alors que, dans le même temps, on libère des centaines de tueurs du FLN ? Les seuls purs sont ceux qui ont mis leur peau au bout de leur idée. Ce qui compte, c’est la sincérité, et se mettre au service d’une cause, fût-elle insolite, incorrecte, est valable, si elle n’est pas vénale, mais motivée par le désintéressement et la bonne foi. Ajoutons, bien entendu, que je ne mets pas « dans la même charrette » un tueur de la Gestapo comme Lafont et un officier français comme Degueldre.

— Quelle est votre position sur la peine de mort ?
— La peine de mort avec la guillotine n’était plus acceptable (même s’il y a pire : la chaise électrique) parce que cette boucherie est hideuse, et c’est ce qu’avait très bien plaidé Robert Badinter pour Patrick Henry. Une piqûre, par exemple, serait moins atroce. Mais, sur le principe, je pense qu’elle pourrait demeurer dans la loi (quitte à n’être pratiquement jamais appliquée) comme une menace, la clé de voûte du système criminel, car il y a des criminels peu récupérables et très dangereux. Enfin il y a, bien entendu, l’aspect religieux…

— Alors que vous écriviez ce livre, quel est le cas de condamné qui vous a le plus marqué ?
— Deux cent vingt-cinq ans après, je reste amoureux de Marie-Antoinette. Son assassinat est un crime impardonnable. Il en est d’autres et je n’ai pu évoquer, malheureusement – faute d’un coauteur défaillant – les victimes extraordinaires, exemplaires, des guerres de Vendée et de la chouannerie. II y a aussi Jacques Fesch. Et puis les poètes, André Chénier, Robert Brasillach…

Propos recueillis par Anne Le Pape
anne-le-pape@present.fr