La vraie pensée d'Augustin Cochin Agrandir l'image

La vraie pensée d'Augustin Cochin

978-2-37271-113-5

Yves Morel

Nouveau

24,00 €

Fiche technique

Pages342
Dimensions13,5 x 20,5 cm
Couverturesouple
Date de parutionfévrier 2019

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Préface de Jean Tulard, de l'Institut.

   Longtemps ignoré, Augustin Cochin (1876-1916) fut redécouvert à la fin des années 1970 par François Furet, qui montra l’intérêt de son analyse des sociétés de pensée, pour la pleine compréhension de la Révolution française. Cochin expliquait la Révolution par les lois de fonctionnement des sociétés et des groupes. Il proposait ainsi une interprétation sociologique de la Révolution, et, au-delà, de la démocratie contemporaine.
   Cochin est désormais intégré au club des grands historiens de la Révolution, et même des philosophes et des sociologues de la démocratie. Mais cette intégration ressemble à une récupération. Elle est le fait d’une Université républicaine acquise à une conception consensuelle de la Révolution et de la démocratie libérale, expurgée des interprétations idéologiques caractéristiques des temps où l’une et l’autre étaient l’objet de débats passionnés. Avec son analyse distancée du fonctionnement des sociétés de pensée, Cochin favorise la promotion d’une vision dépolitisée de la Révolution et de la République, l’une et l’autre étant ainsi à l’abri de la critique partisane.
   La présentation qui est ainsi faite de son œuvre fait oublier qu’il fut avant tout et surtout un contempteur de la Révolution, inspiré par une conception thomiste de l’homme et de la société, et que s’il reconnut l’intérêt heuristique de la sociologie durkheimienne, il en récusa constamment le substrat exclusivement rationaliste et athée. Cochin n’a pas seulement rénové l’étude de la Révolution, il a rénové d’abord l’historiographie contre-révolutionnaire elle-même, en lui donnant un argumentaire moderne, compréhensible pour nos contemporains.

Diplômé de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), docteur ès-lettres, titulaire d’un DEA de Sciences de l’Éducation, Yves Morel a longtemps été fonctionnaire de l’Éducation nationale.

Du même auteur

La fatale perversion du système scolaire français 
Histoire du parti radical 

Dans la presse

La Nef, n°314, mai 2019

   Héroïque combattant de la Grande Guerre plusieurs fois blessé et tombé, au mois de juillet 1916, en première ligne, Augustin Cochin, qui appartenait à une illustre famille bourgeoise touchant à la noblesse, fut aussi un esprit aigu et, dans son domaine, un novateur. Frais émoulu de l’École des chartes, il allait bientôt se consacrer, sujet tout neuf, à l’étude scientifique des groupes de pression intellectuels, contemporains du stade prérévolutionnaire en route vers l’accomplissement jacobin. Non point une histoire générale de la Révolution française, mais un concours distinctif à cette histoire, en d’autres termes, l’analyse pionnière d’un de ses facteurs, philosophisme et sociétés de pensée confondus, telle sera l’œuvre principale de Cochin, nourrie de longues tournées d’archives au service d’un patient labeur étendu sur plus d’une décennie. Pourtant, lorsque la mort le saisit, à peine âgé de quarante ans, presque rien encore n’en avait paru. Les publications posthumes, heureusement, vinrent assez vite et, entre 1921 et 1925, sortirent chez Plon trois ou quatre volumes pleins d’intérêt (salués, dans un sérieux article de la Revue des Deux Mondes, par Georges Goyau; attaqués, en revanche, avec quelque véhémence par Albert Mathiez) qui, sans nul doute, en 1928, dans son propre livre de début, poussèrent le jeune Pierre Gaxotte à citer d’une manière déférente leur auteur.
   Malgré cela, devait arriver le moment, corrélé à la seconde moitié du XXe siècle, où la Révolution donnant l’impression de remuer un passé caduc, Augustin Cochin semblait promis à l’oubli. Mauvaise fortune que François Furet lui épargna. Déclaré précurseur de la sociologie historique, notre chartiste hors norme opérerait un retour spectaculaire. Au prix, toutefois, d’une équivoque et d’une altération à des fins consensuelles ancrées dans l’allégeance aux « valeurs de la République », bref, d’un escamotage de ses duretés contre le démocratisme et des motifs profonds de ses recherches? Yves Morel a mené, là-dessus, une enquête trop insistante peut-être, ou trop partisane, mais, convenons-en, documentée et fouillée à satiété…
Michel Toda