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Proust digest

979-10-90029-55-2

Pierre-Antoine Cousteau

Nouveau

Frère du commandant Jacques-Yves Cousteau, Pierre-Antoine Cousteau (1906-1958) est un journaliste et écrivain dont Jean Galtier-Boissière dit qu’il fut le plus brillant de sa génération. Sa découverte de Marcel Proust grâce à Lucien Rebatet est un choc « existentiel » et c’est avec passion qu’il collecte les pépites de À la recherche du temps perdu, qui constituent un fabuleux

Résumé

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10,00 €

Fiche technique

Pages122
Dimensions10 x 16 cm
Couverturesouple
Date de parutionseptembre 2013

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    Frère du commandant Jacques-Yves Cousteau, Pierre-Antoine Cousteau (1906-1958) est un journaliste et écrivain dont Jean Galtier-Boissière dit qu’il fut le plus brillant de sa génération.
   Sa découverte de Marcel Proust grâce à Lucien Rebatet est un choc « existentiel » et c’est avec passion qu’il collecte les pépites de À la recherche du temps perdu, qui constituent un fabuleux recueil d’aphorismes classés par thèmes.
   Le voici donc, édité pour la première fois à l’occasion du centième anniversaire de la parution du chef d’œuvre de Proust dont il constitue une introduction idéale et un admirable florilège.

Sommaire

Préface de Lucien Rebatet ; L’amour (le 2e sexe ; le 3e sexe ; le désir ; la fatalité ; les tourments ; malentendus ; la jalousie ; le mariage ; la fin de l’amour) ; L’homme tel qu’il est (seul ; complexe ; insatisfait ; impénétrable ; dupe ; habité par ce qui fut ; routinier ; sociable ; menteur ; rêvant ; crédule ; lâche ; vaniteux ; égoïste ; sensible ; bête ; féroce ; inconséquent ; limité) ; Les hommes en tas (les grands ; les règles du jeu ; médiocrité ; simplicité ; relativité ; les bourgeois ; les nations ; la politique ; les partis ; les petits ; les médecins ; les militaires ; les juges ; les juifs ; les curés ; la police) ; Le bien et le mal (les fondements de l’éthique ; vices ; sanctions ; bonheurs ; douleurs ; le bien par le mal) ; Hors du commun (la primauté de l’esprit ; la politesse ; la sagesse ; la raison ; l’intelligence ; l’esthétique ; les belles-lettres ; la musique ; l’histoire) ; Il faut en finir (la vieillesse ; la mort des autres ; notre mort ; rien au delà) ; postface.

Du même auteur :

Hugothérapie 
Intra muros 

 

Dans la presse

 

Bulletin célinien, n° 357, novembre 2013

Proust et les maudits
   On connaît les appréciations littéraires pour le moins ambivalentes de Céline envers Proust. Avant-guerre, il n’a que sarcasmes pour celui qu’il nomme « Prout-Prout » et son style « talmudique ». Durant l’Occupation, il se révèle irrité, voire envieux, du regain d’intérêt que l’auteur de la Recherche suscite auprès des critiques littéraires, dont Ramon Fernandez, militant doriotiste, qui lui consacre tout un essai critique. Non attentiste, Céline va jusqu’à s’exclamer que, s’il vivait encore, Proust se fût certainement réjoui de la chute de Stalingrad (!). Dans ses dernières années, Céline revient à un jugement plus serein et n’hésite pas à saluer « son génie littéraire ». À Jean Guenot, il dira que « Proust est un grand écrivain, le dernier, le grand écrivain de notre génération ». Ce qui ne l’empêchera pas de faire observer à d’autres la lourdeur de son architecture romanesque et de son style. À l’égard de Proust, Pierre-Antoine Cousteau a, au départ, le même type de préventions. En prison, Lucien Rebatet le convainc de partir à la découverte de La Recherche. Le 1er juin 1949, Pac confie à sa femme qu’il a commencé sa lecture avec un solide préjugé défavorable : « Les quinze premières pages m’ont fait l’effet d’une insupportable mystification, d’une sorte de provocation et je ne serais pas allé au-delà si j’avais eu autre chose à lire. Et puis peu à peu, l’accoutumance se faisant à cette cadence exceptionnelle, j’ai dû me confesser qu’il y avait là une réussite littéraire peu banale, digne en tout cas de n’être pas traitée par le seul mépris. » La semaine suivante, le voilà pris au piège : « J’ai lu d’une seule haleine le deuxième tome de Du côté de chez Swann dans un véritable envoûtement. » Peu de temps après, il entreprend de puiser des aphorismes dans la Recherche afin de composer une sorte d’anthologie proustienne. Ce sera son Proust digest que préfacera Rebatet. Mieux : celui-ci le proposera aux éditions Gallimard à sa sortie de prison – un an avant celle de Cousteau. Si Paulhan est enthousiaste, l’avis défavorable de Camus sera déterminant. Soixante ans plus tard, en 2012, le refus sera réitéré. En cette année du centenaire de la parution du premier volume de La Recherche, c’est une valeureuse petite maison qui prend l’initiative de publier ce Proust digest. Lequel attendait son éditeur depuis plus d’un demi-siècle. Ce qui fait aussi le prix de cette plaquette, c’est naturellement la préface de Rebatet. Il évoque avec une salubre lucidité leur réputation à Cousteau et à lui-même, marquée par leur attitude respective au procès de Je suis partout (1946) : « Voilà quinze ans que nos noms sont constamment associés par nos ennemis. (…) Nos noms, toujours joints, servent surtout à opposer en antithèses nos personnages, lui le beau, moi l’affreux, lui l’impavide, moi le foireux, lui l’élégant, moi le crasseux. » Autre différence : pour l’auteur des Deux étendards, la ferveur proustienne était déjà ancienne : « À dix-neuf ans, ébloui, fanatique, j’avais englouti Swann. Les Jeunes Filles, Guermantes, Sodome et ç’avait été sans doute le plus grand événement littéraire de ma jeunesse. » Pour Cousteau, ce sera l’événement littéraire de l’âge mûr. Au point qu’il dira ne pas regretter les années perdues en prison : « J’y ai appris à aimer Proust. Ça vaut beaucoup de sacrifices ».
Marc Laudelout

Le Point, n° 2150, 28 novembre 2013

   C’est entre « un réfectoire matinal où deux cents forçats, dont la moitié récidivistes, musette au cul, sabots aux pieds, avalent le jus » et la cellule 57 du quartier de la mort de la prison de Fresnes (où il est condamné pour « ultra-collaboration »), que Pierre-Antoine Cousteau, le frère du commandant au (premier) bonnet rouge, se mit à « proustifier ». Lucien Rebatet, son compagnon de bagne, l’avait, quasiment de force, converti au monstre. Dans une préface délicieuse, il raconte comment. Ensuite, il y a l’essence de ce « Proust digest », un recueil de maximes prodigieuses « qui n’aurait à craindre même de La Rochefoucauld », et que Cousteau, devenu prosélyte, exhuma du monument proustien. Entre ses bordereaux de cantine, les additions de confitures et les salaires des détenus « à deux dixièmes », Cousteau a repris, plume à la main, les 15 volumes de l’œuvre, et en a classé les pépites par thèmes (l’amour, l’homme, les hommes, le bien, le mal…). Proust est si bon qu’il doit se lire avec des haltes volontaires, pour ne pas fatiguer l’enchantement, comme l’amour quand on le fait bien. Ce livre est celui de ces haltes solaires, il est minuscule et il est immense.
Marine de Tilly