La Superclasse mondiale contre les peuples Agrandir l'image

La Superclasse mondiale contre les peuples

978-2-37271-095-4

Michel Geoffroy

Nouveau

24,00 €

Fiche technique

Pages475
Dimensions13x5 x 20,5 cm
Couverturesouple
Date de parutionmars 2018

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   En Occident on ne vit plus en démocratie mais en post-démocratie : les gouvernements ne gouvernent plus mais obéissent aux marchés et aux banques, les puissances d’argent dirigent les médias et les peuples perdent leur souveraineté et leurs libertés.
   Pourquoi ? Parce que depuis la chute de l’URSS le pouvoir économique et financier s’affranchit du cadre national et veut gouverner à la place des États. Parce que la fin du communisme nous a libérés de la Guerre froide, et lui a succédé la prétention obstinée du messianisme anglo-saxon à imposer partout sa conception du monde, y compris par la force.
   Ce double mouvement s’incarne dans une nouvelle classe qui règne partout en Occident à la place des gouvernements : la super classe mondiale.
   Une classe dont l’épicentre se trouve aux États-Unis mais qui se ramifie dans tous les pays occidentaux et notamment en Europe. Une classe qui défend les intérêts des super riches et des grandes firmes mondialisées, sous couvert de son idéologie : le libéralisme libertaire et cosmopolite. Une classe qui veut aussi imposer son projet : la mise en place d’un utopique gouvernement mondial, c’est-à-dire la mise en servitude de toute l’humanité et la marchandisation du monde. Une classe qui manipule les autres pour parvenir à ses fins, sans s’exposer elle-même directement.
   Avec La Superclasse mondiale contre les peuples, Michel Geoffroy dresse un portrait détaillé, argumenté et sans concession de la superclasse mondiale autour de cinq questions : que recouvre l’expression superclasse mondiale ? Que veut-elle ? Comment agit-elle ? Va-t-elle échouer dans son projet de domination ? Quelle alternative lui opposer ?
   Un ouvrage de référence pour comprendre les enjeux de notre temps.

   Michel Geoffroy est énarque, essayiste, contributeur régulier à la Fondation Polémia ; il a publié en collaboration avec Jean-Yves Le Gallou différentes éditions du Dictionnaire de Novlangue, dont la dernière aux éditions Via Romana en 2015.

Du même auteur :

Dictionnaire de novlangue  

Dans la presse

L'ACTION FAMILIALE ET SCOLAIRE, numéro 264, août 2019

   Le mondialisme est un thème inspirateur ! On peut estimer en connaître suffisamment pour éviter d’affronter presque 500 nouvelles pages sur le sujet. Et pourtant, à côté de l’œuvre de Pierre Hillard, il y a plusieurs autres approches intéressantes. Michel Geffroy, énarque proche de la Fondation Polemia, reprend l’expression "superclasse mondiale", déjà utilisée par S. Huttington dans le début des années 2000.
  L’auteur explique ce qu’est et ce que veut la "superclasse" : l’asservissement des peuples, au moyen du pouvoir médiatique entre ses mains grâce à la puissance économique de ses membres, mais aussi du pouvoir, plus sournois, des ONG, réputées non gouvernementales, mais financées par les mêmes.
   Il rejoint les tenants de la thèse d’un complot dans la mesure où ce pouvoir est opaque ; pourtant les acteurs sont connus et sont peu nombreux, de l’ordre de 10 000 pour une population de 8 milliards aujourd’hui. Mais, au concept de "démocratie", gouvernement par le peuple électeur, a été substituée la pratique de la souveraineté du droit par des juges inamovibles. En Europe, la Cour Européenne des Droits de l’Homme a barre sur les législateurs, manipulant à leur gré des minorités créées au fur à mesure des besoins : féminisme, homosexualisme, immigrationnisme, transhumanisme... pour créer le chaos, précurseur du nouvel ordre maçonnique à venir (« ordo ab chao »).
   Les moyens d’action sont naturellement tous financiers, comme le soulignait déjà H. Coston dans Les financiers qui mènent le monde, en vue de la mise en place du nouvel ordre mondial. L’auteur reste optimiste, malgré le risque d’une conflagration mondiale : ce pouvoir, essentiellement anglo-saxon, pourrait voir se lever des pouvoirs antagonistes venus de pays hors de leur emprise, comme la Chine ou l’Inde. De même, ce qu’il est de bon ton de nommer "populisme" est un ferment de révolte qui pourrait échapper à ces apprentis sorciers.
  Le livre contient en annexes une bibliographie très importante, un index et une liste de quelques hommes d’influence en France dans laquelle J. Monnet (cher à P. de Villiers !) tient une place de choix. Nous recommandons la lecture de ce livre même s’il est copieux, car sur ces sujets, on n’en saura jamais assez tant que cette "clique" subsistera. Malheureusement, non seulement les Français continuent à absorber télés et journaux qu’elle subventionne, mais beaucoup d’élus sont plus sensibles à l’alimentaire qu’à défendre des convictions.

JdS

Ripostelaique.com, 15 avril 2018

   Souvent, dans des discussions avec des amis, qui ne sont pas forcément convaincus par nos analyses, nous nous heurtons à la question récurrente : « Mais pourquoi nos dirigeants mèneraient-ils une politique hostile à la France ? Pourquoi feraient-ils entrer des millions d’Africains si notre pays n’en avait pas besoin ? Pourquoi détruiraient-ils un pays à qui ils doivent leurs mandats ? ».

   Il n’est pas toujours simple de leur expliquer, de manière convaincante, ce que sont les oligarchies, voire ce que certains appellent « la super-classe mondiale ».

   C’est ce défi qu’a décidé de relever l’énarque Michel Geoffroy, dans cet ouvrage préfacé par un autre énarque, Jean-Yves Le Gallou. Comme quoi ils ne sont pas tous mauvais…

   L’auteur a le mérite de chercher à vulgariser le concept, et à le rendre accessible à un maximum de Français.

   Il parle d’une classe dont l’épicentre est aux Etats-Unis, avec des ramifications dans tous les pays occidentaux, et notamment en Europe. S’abritant derrière une idéologie libérale-libertaire, elle défend avant tout les intérêts des super-riches et des grandes firmes mondialisées. Elle a un projet qu’elle entend imposer par tous les moyens à l’humanité : la mise en place d’un gouvernement mondial, pour marchandiser l’ensemble des activités humaines. Pour cela, elle doit briser les Etats-nations, et éradiquer l’identité des peuples.

   Pour éclairer encore mieux les choses, Michel Geoffroy pose des questions auxquelles il répond avec une grande clarté.

   Que recouvre l’expression de super-classe mondiale ? Que veut-elle ? Comment agit-elle ? Va-t-elle échouer dans son projet de domination ? Quelle alternative lui opposer ?

   Ses dernières lignes sont sans ambiguïté : l’avenir de l’Europe doit appartenir aux Européens, comme l’avenir de la Chine doit appartenir aux Chinois, l’avenir de l’Inde doit appartenir aux Indiens, l’avenir de l’Amérique doit appartenir aux Américains, du Nord comme du Sud, et l’avenir de l’Afrique aux Africains

   Il termine son ouvrage par une série de portraits de quelques spécimens de cette super-classe, qui avance masquée, pour mieux imposer son projet de domination du monde.

   On y retrouve donc, après un long portrait de Jean Monnet, quelques pages sur :

   Maurice Levy, né au Maroc, longtemps président de Publicis, dont la principale actionnaire est Elisabeth Badinter. Membre du Siècle, et du groupe Bilderberg, il a reçu un bonus de 16 millions d’euros, en 2012 de la part d’une entreprise dont il a quitté la présidence en 2017.

   Patrick Drahi, franco-israélien né au Maroc,  patron de presse, qui sera favorisé, lors de l’achat de SFR, par un certain ministre de l’Economie nommé Emmanuel Macron, qui désavouera les choix opérés par Arnaud Montebourg. On retrouvera un proche de Drahi dans l’équipe de Macron, en la personne de Bernard Mourad, et l’homme d’affaires sera, selon l’expression du Figaro, un « discret » mécène de la campagne « En Marche ».

   Henri de Castries, président d’Axa, énarque de la même promotion que Hollande, fut le bras droit de François Fillon, lors de la dernière présidentielle. Membre du Siècle, président de l’Institut Montaigne, où il succéda à Claude Bébéar, il est très actif au sein de la French American Fondation, qui lui remettra, en 2006, sa plus haute distinction.

   Et on finit par Attali, né à Alger, que les lecteurs de Riposte Laïque connaissent fort bien.

   Un livre à acheter et à lire, pour mieux comprendre dans quel monde on évolue, et bien l’expliquer à un maximum des nôtres.

Pierre Cassen

Présent, n°9212, 6 octobre 2018

Analyse des visées mondialistes

   Michel Geoffroy, énarque, essayiste (auteur avec Jean-Yves Le Gallou d’un remarqué Dictionnaire de novlangue, Via Romana, 2015), contributeur régulier à la Fondation Polémia, nous donne avec La Super-Classe mondiale contre les peuples une analyse particulièrement fouillée et novatrice sur les détenteurs réels

des pouvoirs de décision.

Entretien avec Michel Geoffroy

— Comment définir la « super-classe mondiale » ?
— La super-classe mondiale (SCM) correspond, au plan métapolitique, à l’usurpation, en Occident, de la souveraineté politique par le pouvoir économique et financier mondialisé et dérégulé, usurpation qui s’est produite dans la seconde moitié du XXe siècle. La SCM incarne aussi « la révolte des élites » qu’avait prophétisée l’Américain Christopher Lasch il y a 20 ans. Des élites révoltées parce qu’elles n’ont plus peur du peuple. D’autant qu’elles peuvent désormais le remplacer par l’immigration, les délocalisations et, demain, par l’intelligence artificielle.

Comme le pouvoir économique et financier s’est libéré de la tutelle des Etats, du fait de la mise en œuvre des politiques néo-libérales de dérégulation. Et parce que les grandes entreprises mondialisées sont désormais plus riches et plus puissantes que bien des Etats. Cette oligarchie transnationale pense donc pouvoir désormais révolutionner la société et le monde à son gré. Comme le déclarait cyniquement le milliardaire Warren Buffet au New York Times en 2006, « il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui est en train de la gagner » !

— Quelles sont les circonstances qui ont permis son apparition, son développement et sa volonté d’hégémonie ?
— La SCM résulte de la conjonction de deux événements majeurs, qui se sont produits au XXe siècle : la fin du communisme et l’avènement de la surpuissance américaine. La disparition du communisme, qui prétendait réaliser une alternative au capitalisme par la révolution évidemment bénéfique en elle-même, a cependant provoqué le grand soulagement des puissances d’argent et ouvert la voie à la constitution d’une oligarchie transnationale qui se croit élue pour changer la société conformément à ses intérêts et pour imposer sa « gouvernance » au monde. La disparition du « challenger » soviétique a en outre donné le sentiment aux Etats-Unis qu’ils pouvaient désormais façonner le monde à leur gré grâce à leur surpuissance désormais sans rival. La thématique occidentale du Nouvel Ordre Mondial, qui n’est jamais qu’un « remake » de celle du Nouveau Monde, entend tirer les conséquences de cette prétention. Or l’épicentre de la SCM se situe justement dans les pays anglo-saxons, où se trouvent les plus grandes institutions financières, les plus importantes firmes mondiales et la plus grosse industrie des médias et du divertissement. C’est pourquoi la SCM incarne l’oligarchie économique, financière, médiatique et culturelle qui croit pouvoir dominer et exploiter le monde à sa guise en s’appuyant sur la surpuissance américaine.

— En quoi – si c’est le cas – diffère-t-elle des classiques groupes de pression (ou lobbies) décrits par les manuels de sociologie politique ?
— La SCM ne se résume pas aux traditionnels groupes de pression, car elle constitue un système spécifique, au sens cybernétique du terme. Elle fonctionne par la mise en synergie de quatre cercles de pouvoir : le cercle de la richesse financière et économique transnationale, le cercle des médias et de la culture, le cercle des organisations non gouvernementales et de la société civile, enfin le cercle des élites publiques. Le cercle de la richesse financière et économique transnationale est celui où la puissance est la plus concentrée et la plus opaque : il dirige, influence et achète ou finance tous les autres cercles. Le premier cercle ne comprend que quelques milliers d’individus, mais les autres cercles sont plus nombreux, en particulier parce qu’ils regroupent des idiots utiles. La SCM repose pour cette raison sur un pouvoir impersonnel, désincarné et collégial donc insaisissable, en totale opposition à la tradition de l’incarnation du pouvoir en Europe. Enfin, à la différence des traditionnels groupes de pression, la SCM incarne un projet mondialiste, la mise en place d’une « gouvernance mondiale », qui dépasse la seule défense des intérêts catégoriels, même si les oligarques cherchent aussi à s’enrichir toujours plus.

— Cette « super-classe » se rattache-t-elle, même implicitement, à une idéologie ? Dans l’affirmative, quelles en sont les racines du point de vue des idées politiques ?
— L’idéologie de la SCM est le libéralisme libertaire et cosmopolite, un cocktail idéologique résultant de la fusion du vieux cosmopolitisme, du néo-libéralisme incarné dans « le consensus de Washington » et de la révolution des mœurs : car la révolution des mœurs a servi à déconstruire, au nom de la mythologie de la libération individuelle, tout ce qui s’opposait encore au pouvoir de l’argent-roi et à la marchandisation du monde et finalement de l’homme lui-même, comme on le voit très bien par exemple avec la PMA. Mais, plus profondément encore, la SCM renouvelle la vieille eschatologie de la fin des temps. Une hérésie consistant à croire que l’homme pourrait « forcer la main de Dieu », sans attendre la venue ou le retour du Messie, pour bâtir un nouveau paradis terrestre sur la ruine du monde ancien (« le monde d’avant » comme dit Macron). Qui prétend aussi que le meilleur moyen de parvenir à la paix perpétuelle consisterait à supprimer les frontières, les nations, les identités et les Etats, comme le soutenait déjà Diogène le Cynique. Cette utopie s’est incarnée à la fin du XXe siècle dans la révolution du néo-capitalisme mondialisé qui a le messianisme, l’unilatéralisme et le puritanisme américains pour épicentre. Car les oligarques anglo-saxons se croient toujours élus de Dieu pour faire le Bien de l’humanité malgré elle. « Je ne suis qu’un banquier qui fait le travail de Dieu », n’hésitait pas à déclarer Lloyd Blankfein, le PDG de Goldman Sachs. Une prétention non seulement risible, mais surtout dangereuse.

— Dispose-t-elle d’une stratégie cohérente ?
— Oui. La SCM fait avancer son projet et son agenda selon une dialectique du chaos et du contrôle. Elle sème le chaos partout comme moyen de détruire la résistance psychologique et l’homogénéité des peuples : c’est principalement le rôle dévolu au chaos migratoire en Europe. Mais aussi au chaos économique, conséquence de la dérégulation systématique, qui place les populations en insécurité économique et sociale croissantes. Ou au chaos moral et « sociétal » qui sert à déstructurer les personnalités. Enfin, la SCM ne répugne pas à la guerre comme moyen chaotique par excellence. Mais le chaos sert ensuite de prétexte à l’instauration du contrôle : l’oligarchie substitue en effet à la souveraineté nationale le contrôle de la population, qui correspond à l’instauration de la post-démocratie en Occident. La post-démocratie illustre le caractère totalitaire du gouvernement mondial que la SCM voudrait instaurer à son profit : un système où les peuples se voient retirer le pouvoir de changer de poli- tique, où les juges supplantent les législateurs et dont l’Union européenne constitue le laboratoire.

— Une riposte à cette mainmise sur la société est- elle envisageable avec quelque chance de succès ?
— Oui, parce que la parenthèse historique qui s’est ouverte avec la fin du communisme est en passe de se refermer : le monde devient de plus en plus multipolaire, ce qui signifie que la prétention de la SCM à gouverner le monde au travers de la surpuissance américaine se heurte de plus en plus à l’émergence d’autres civilisations, d’autres puissances. Partout, y compris en Europe, les peuples se réveillent, veulent préserver leur identité et leur culture et rejettent un monde « macdonaldisé » ou soumis à Goldman Sachs. En d’autres termes, le monde est en train d’échapper aux mondialistes. Même si elle se prend pour Dieu, la SCM n’est ni omnisciente ni omnipotente. La SCM n’a finalement réussi qu’une chose : mettre les Européens en servitude. A nous de nous libérer de son emprise !

Propos recueillis par Philippe Vilgier

Monde & Vie, 27 décembre 2018, n°964

De quoi les gilets jaunes sont-ils le nom ?

Michel Geoffroy s’est intéressé à la nouvelle superclasse mondiale où les élites font la Révolution contre les peuples. Les Gilets Jaunes rendent visible ce nouveau rapport de force. Il ne pouvait pas ne pas se passionner pour les Gilets Jaunes. 

Le mouvement des gilets jaunes semble être un mouvement durable
   Il y a à cela plusieurs raisons. D’abord nous sommes en présence d’une révolte largement enracinée dans la population dite de souche et qui ne se réduit pas aux seuls manifestants officiellement décomptés. Les sondages le montrent, qui frisent toujours les 65 % d’opinions favorables, plus que tous les mouvements sociaux jusqu’ici.
   Il faut dire que les revendications exprimées ne sont pas seulement sociales. On y trouve pêle-mêle, outre le pouvoir d’achat, une critique de la pression fiscale très élevée, une mise en cause du fameux pacte de Marrakech, la faiblesse de la représentation populaire, l’impression de ne pas être représenté et la mise en cause du président lui-même.
   Ensuite les GJ mettent le doigt sur la question politique elle-même : ce sont aujourd’hui des minorités qui gouvernent et les majorités, jusque-là devaient demeurer silencieuses. Et quand le président prétend, pour calmer la contestation populaire qu’il va organiser un débat national avec les élus locaux et les syndicats, il montre seulement qu’il ne comprend pas ce qu’incarne ce mouvement : les GJ contestent radicalement les formes actuelles de la représentation politique. Ils se déclarent sous ou mal représentés et le président fait état justement de sa volonté de ne discuter qu’avec ces représentants-là… Cela ne résoudra rien !

Vous décrivez une impasse. Mais ces mois de novembre et décembre 2018 représentent aussi une date…
   Pendant trente ans, les nouvelles élites ont déconstruit en toute impunité l’ordre social, en s’appuyant sur un effet de sidération dans les populations, effet peut-être lié à la disparition de la gauche, qui s’est trouvée elle aussi du côté de ces nouvelles élites. Aujourd’hui de nombreux Français ont compris qu’ils ne bénéficieraient pas de la « mondialisation heureuse ». Le fameux « ruissellement » de la richesse qui profiterait à toute la société fonctionne de moins en moins parce qu’à l’âge de la mondialisation économique et financière, la richesse ne s’investit plus nécessairement dans le pays d’origine. Par ailleurs le fordisme (qui estimait que les premiers clients de l’entreprise se trouvaient chez ses salariés) n’est plus nécessaire puisque les consommateurs chinois peuvent remplacer les Européens. Les salaires sont donc toujours plus bas, d’autant que les Français de souche sont souvent concurrencés par les migrants.
   Subissant tout cela, les gens n’ont plus envie de se laisser faire. C’est un mouvement qui touche l’Occident tout entier, sous différentes formes : en France le problème est plus identitaire. Au Brésil, la grande question est celle de l’insécurité. En France la révolte s’exprime d’abord sous son aspect social.

Les GJ comprennent-ils ce qu’ils vivent ?
   La révolte des élites a effectivement été cachée au début. Mais aujourd’hui elle est de plus en plus visible, par exemple dans le comportement des médias. Les GJ ont très bien compris que la classe médiatique n’était pas de leur côté mais qu’elle était au service du pouvoir. Comme ils ont compris que les syndicats et la plupart des politiques les abandonnaient
   Il y a aussi une prise de conscience de l’importance de l’action collective. Les gens qui s’invitent à des barbecues sur les ronds-points sont en train de retrouver non seulement une forme de sociabilité, mais vraiment le sens du commun et, oui, disons-le, la fraternité. L’atmosphère, à la fois grave et amicale – je ne parle pas des casseurs – manifeste une rupture avec l’individualisme pathologique du monde occidental. Les manifestants sont sortis de leur coquille individualiste comme de leur silence. Le temps des « majorités silencieuses » est terminé. La majorité apprend à se faire entendre. C’est le sens d’ailleurs du fameux gilet jaune : les invisibles sont devenus visibles, y compris les uns des autres. Ils ont d’ailleurs obtenu des résultats inattendus : un affaiblissement d’Emmanuel Macron, déjà ébranlé à cause de l’affaire Benalla mais qui est aujourd’hui durablement affaibli au plan national comme au plan international. Les GJ ont aussi obtenu ce que les partis politiques étaient incapables de leur fournir : même si elle est encore minime, une amélioration de leurs conditions de vie, à travers les promesses du président.

Mais vous reconnaissez aussi des points négatifs ?
   Malgré sa dynamique, le mouvement des GJ a présenté deux grandes faiblesses.
   D’abord, apparu spontanément, il n’a pas de ligne politique claire. Il ne peut donc opérer la séparation amis/ennemis constitutive de tout acte politique si l’on en croit Carl Schmitt. Du coup, il y a aussi un risque de récupération ou d’infiltration. L’ultragauche est à l’affût, les GJ reprennent souvent telle de leurs revendications (retour de l’impôt sur la fortune mobilière par exemple). Il faut cependant souligner que, par rapport au GJ, la France Insoumise se trouve dans une position très délicate prônant à la fois un soutien aux Français de souche qui constituent les gilets jaunes et puis, de façon opposée, sur le terrain, prenant systématiquement la défense des immigrés, régularisés ou non. Ce positionnement reste très instable.
   Deuxième faiblesse : un certain nombre des GJ sont tombés dans le piège que leur tendait le gouvernement : l’usage de la violence. Est-ce un péché de jeunesse ? Un signe de l’absence de maturité du mouvement ? je l’espère. En tout cas, ces débordements, amplement médiatisés, montrent bien que la mobilisation sur les réseaux sociaux est nécessaire mais non suffisante : elle ne remplace pas une organisation sur le terrain et un programme cohérent.

Les revendications des GJ peuvent-elles être satisfaites ?
   Par Emmanuel Macron certainement pas. Il a été placé à l’Élysée pour faire le contraire de ce que veulent les GJ. Il ne peut changer de logiciel sinon la Davocratie ne le soutiendra plus : soit il répond à leurs exigences et il déconstruit ce qu’il a fait, en aggravant en outre la crise des finances publiques. Soit il fait semblant de leur répondre et son mensonge apparaîtra à plus ou moins brève échéance. Il a d’ailleurs eu recours à la diabolisation des GJ, ce qui montre que sa conversion « sociale » n’est guère sincère. Certains ministres, comme Christophe Castaner ou Gérald Darmanin, sont allés dans ce sens, en évoquant par exemple la « peste brune », « l’ultra-droite »ou les « factieux »; mais cette tentative de diabolisation des GJ n’a pas eu de prise sur l’opinion, ce qui est aussi nouveau.
   Quant aux GJ eux-mêmes, comment voient-ils leur rôle ? Ils répètent : « On est là pour poser les problèmes pas pour les résoudre ». Et ce n’est pas faux. Cela signifie à mon sens que nous sommes au commencement d’un changement de système, au début d’une remise en cause de la politique libérale-libertaire, qui a cours depuis trente ans. C’est en tout cas un phénomène qui traduit un retournement de tendance politique durable.

La crise des GJ est multiforme : elle est à la fois une crise politique, une crise sociale et une crise identitaire. Qu’en est-il de la crise de la représentation politique ?
   Nous sommes dans une démocratie d’apparence, cela devient clair pour tout le monde. Quelques chiffres suffiront à poser le décor. Prenons l’exemple des élections de 2017 : seule une minorité de Français a voté, ce qui laisse supposer que l’offre politique ne convenait pas au plus grand nombre. Emmanuel Macron n’a donc été élu que par 43,6%(1) des électeurs inscrits et aux législatives de 2017, seuls 38,4% des Français ont voté. Ce que l’on persiste à appeler la « majorité » parlementaire est donc minoritaire dans l’opinion, avec la circonstance aggravante qu’une part importante des votants n’est pas représentée du fait du régime électoral reposant sur le scrutin majoritaire de circonscription : ainsi avec 1,59 million de voix au second tour des législatives de 2017, le FN n’a obtenu que 8 élus, quand la France Insoumise obtenait 17 élus avec 880 000 voix et le Parti Communiste 10 élus avec… 200 000 voix. On comprend, pour ce qui est de LREM qu’Emmanuel Macron ait pu dire qu’il avait pris le pouvoir « par effraction » ! Sa légitimité tient uniquement au formalisme de nos institutions, pas à une quelconque majorité populaire en sa faveur. En scandant « Macron Démission » les GJ viennent de démontrer ce malaise démocratique qui résulte du fait qu’en politique aujourd’hui l’offre ne répond plus à la demande.

Et la crise identitaire ? La France peut-elle se payer une telle immigration ?
   Emmanuel Macron avait laissé entendre que l’immigration figurerait dans le grand « débat national » qu’il a promis de lancer dans son allocution du 10 décembre. Mais finalement, rétropédalage, il semble qu’un débat sur le sujet soit exclu. Par ailleurs le Président a signé le pacte de Marrakech sur les migrations, même si un simple secrétaire d’État l’a fait à sa place. Si certains GJ ont manifesté contre la signature par la France de ce pacte, globalement l’immigration ne figurait pas nettement au cœur des revendications exprimées. D’ailleurs si cela avait été le cas il est fort probable que le mouvement aurait été encore plus diabolisé et réprimé.
   Mais la question identitaire reste sous-jacente à la crise des GJ, qui ont le sentiment d’être abandonnés par un Système qui leur préfère les immigrants. Elle finira donc par éclater, comme éclate en ce moment le scandale des GAFA et des grandes entreprises mondiales qui ne paient pas d’impôts en France.

ENTRETIEN avec l’abbé G. de Tanoüarn

1_En n’oubliant pas que 43% de ceux qui ont voté pour lui ont déclaré vouloir avant tout faire barrage à Marine Le Pen.