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Le goût des myrtilles

979-10-90029-39-2

Père Jean-François Thomas

Nouveau

13,00 €

Fiche technique

Pages462
Dimensions10 x 16 cm
Couverturesouple
Date de parutionjuillet 2018

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   Ce récit inspiré par l’expérience de Jean-François Thomas auprès des enfants des rues philippins met d’abord l’accent sur l’héroïsme au quotidien d’un jeune ado, Darwin, qui vécut en chair et en esprit l’épreuve de la Croix, au pied du tabernacle, jusqu’à sa mort. L’autre thème abordé est celui de nos sociétés et de l’Église, prisonnières de l’Humain !
   À partir des complexités du monde philippin, c’est à une réflexion sur la corruption, l’athéisme, le carriérisme ecclésiastique, le déclin du courage et les ravages du modernisme que nous invite l’auteur blessé jusqu’à l’âme par l’éclipse du sacré, le règne de Mammon et surtout la guerre planétaire déclarée à Jésus-Christ, à la famille traditionnelle autant qu’à l’esprit d’enfance et de sainteté.
   Il faudra bien qu’à l’issue du châtiment qui s’annonce contre l’apostasie moderne jaillisse du fond des consciences ce réveil de la grâce capable de redonner joie et maintien à l’humanité moderne.

   Jean-François Thomas, né en 1957, prêtre jésuite, est le fils spirituel du cardinal Henri de Lubac. Professeur de philosophie, il fut pendant quinze ans missionnaire à Manille où il se consacra à la sauvegarde des enfants des rues.

Du même auteur :

Comme un lys au milieu des épines
Les mangeurs de cendres
Les larmes de la forêt
Chemin de croix

Dans la presse

Présent, samedi 22 Septembre 2018, n° 9202

   Un modèle laissé en héritage Entretien avec le père Thomas

   Nos lecteurs connaissent bien le père Thomas, jésuite, écrivain, accueilli à diverses reprises dans nos colonnes (11 mars 2017, 4 novembre 2017). Un roman de lui vient de paraître, Le Goût des myrtilles, au sujet duquel nous l’interrogeons aujourd’hui.

— Le point de départ de votre livre se situe dans les Philippines, pays que vous connaissez bien, je crois. Dans quelles circonstances y avez-vous vécu ?
— Les Philippines sont un archipel assez méconnu des Français comparé à l’Indonésie, car le tourisme n’y est point développé comme dans d’autres parties d’Asie du Sud-Est. J’y fus envoyé en 1995 pour mon Troisième An (fin de la formation jésuite) et j’y restai jusqu’en 2011. Tout en enseignant à l’université jésuite de Manille (l’Ateneo de Manila), j’y fondai une association d’aide aux enfants défavorisés, enfants des rues, des bidonvilles et chiffonniers, Un Pont pour les Enfants, ceci après quelques tâtonnements et de façon très providentielle. Mon cœur y est resté définitivement.

— Vous avez des pages très dures, frisant la polémique, sur les dérives de notre temps : obsession de la fête, obligation pour tous de se couler dans le même moule, maladie du « bougisme »… Peut-on vous taxer de pessimisme ?
— Contempler le monde de façon réaliste, sans illusion mais sans désespérance en ce qui concerne le terme de l’aventure humaine, n’est point pessimisme. D’ailleurs les catégories « optimisme » et « pessimisme » n’ont pas beaucoup de sens. Le médecin est-il pessimiste lorsqu’il pose un diagnostic ? Il met simplement le doigt sur le mal et essaie ensuite de trouver les remèdes. Léon Bloy écrivait dans Le Mendiant ingrat : « Il n’est rien au monde que je vomisse autant que le pessimisme, qui représente à la fois, pour l’horreur de ma pensée, toutes les impuissances imaginables. (…) Je n’estime que le courage sans mesure et je n’accepterai jamais d’être vaincu, – moi ! » Ceux qui s’affichent comme optimistes ne sont souvent que des lâches qui aplanissent le terrain devant la cavalcade des nouveaux démons et qui déposent les armes avant d’avoir combattu. Le soldat résiste et se bat pour de justes batailles. J’aimerais, à ma petite mesure, participer à ces combats pérennes.

— On trouve aussi l’évocation de sujets encore plus importants, comme la menace de l’euthanasie des malades. Pensez-vous que nous y arrivons ?
— Nous n’y arrivons pas : nous y sommes, depuis d’ailleurs un certain temps. Cela n’est un mystère pour personne un peu familier du monde hospitalier, qui sait garder ses secrets. Bientôt ce sera officiel et légal. L’euthanasie est un cheval de bataille des loges et des lobbies depuis des décennies. Le travail d’approche est, comme toujours, lent et prudent, jamais à visage découvert. Il suffit de distiller l’idée, peu à peu répandue par les moyens d’information, que la majorité y est favorable et qu’il est plus compatissant de tuer que de faire vivre. Une méthode identique a été employée avec succès pour l’avortement. L’Eglise est d’ailleurs bien silencieuse, alors qu’elle est très bavarde sur d’autres sujets pourtant moins cruciaux et dévastateurs. Georges Bernanos, dans Un mauvais rêve, notait crûment que « Le monde se vide. Il se vide par en bas, comme les morts. »

— Vous avez aussi des pages très belles sur des sujets « positifs », comme l’adoption. Un thème important à vos yeux ?
— L’adoption est une générosité extraordinaire, un signe d’amour qui est renoncement, parfois extrêmement douloureux, à procréer de sa propre chair, un signe d’amour qui est l’accueil d’un autre type de fertilité. Il y a là quelque chose d’austère et d’ascétique, car les parents adoptifs se dépossèdent de tout en s’abandonnant et en faisant confiance. D’où souvent, et à tort, un sentiment de culpabilité lorsque les fruits de l’éducation donnée à l’enfant ne correspondent pas à ce qui pouvait être attendu. L’adoption pourrait sauver tant d’enfants abandonnés, sans parler des enfants qui sont tués dans le ventre de leurs mères car ces dernières ne voient aucune solution humaine à leur détresse. Rien ne facilite aujourd’hui l’adoption. Pourtant elle est don total et gratuit.

— La personnalité de Darwin, votre jeune héros, est incroyablement attachante. Le récit de sa mort (je ne révèle rien, on sait dès le début qu’il est condamné) est à la fois poignant et lumineux. Il reste très présent à l’esprit durant les jours qui en suivent la lecture. Ce qu’enseignent l’attitude et surtout le silence du jeune garçon, l’avez-vous ressenti près du « vrai » Darwin, dont vous évoquez en partie l’histoire ?
— Darwin était un enfant puis un adolescent hors du commun. Il est dommage que son exemple soit actuellement instrumentalisé. Il n’a pas besoin de se retrouver sur les autels, d’autant plus que bien des canonisations et des béatifications ne manquent pas de susciter quelques interrogations. Ce qui importe est le modèle qu’il laisse en héritage. La foi et la force qui l’habitaient le dépassaient. Personne ne peut se réclamer comme ayant été à l’origine de cette richesse intérieure. Il est tellement facile de récupérer à son profit, lorsque les personnes sont mortes, l’or du creuset de leur existence. Darwin fut constamment toute reconnaissance, action de grâces. Sa vie ne fut pas simplement une offrande à cause de sa maladie et de sa souffrance, car bien des malades, encore plus durement éprouvés que lui, sont incapables de se laisser transfigurer. Sa vie fut offrande car il accepta le sacrifice, ceci dans un complet renoncement.

— Vous donnez le portrait cruel d’un évêque, victime de toutes les modes – même celle de « l’art contemporain ». Ne craignez-vous pas les ennuis ?
— Des ennuis de la part de qui ? Ce sont des personnages de fiction, certes inspirés par la réalité. Dans ce roman, se trouve aussi d’ailleurs une figure d’évêque très saint. Ensuite, bien sûr, tel ou tel lecteur pourra, de façon distordue, se focaliser sur certains aspects un peu polémiques en n’y voyant que caricature grossière et en oubliant tout l’aspect humoristique de bien des situations décrites. Il est dommage de vivre à une époque où tout ce qui est dit et écrit doit être lisse et donc insipide. Mes inspirateurs, même si je demeure évidemment bien en deçà de leur talent, sont les écrivains de la lignée qui va de Charles Baudelaire à Philippe Muray. J’assume sans complexe. D’autres auteurs procèdent autrement, et avec art. Je ne les méprise point mais j’ai besoin d’un autre oxygène pour respirer en ce monde.

— Comment votre œuvre est-elle reçue par vos confrères ?
— Je ne crois pas qu’un auteur doive d’abord se soucier de la façon dont il est reçu dans sa propre famille, humaine ou spirituelle. Les désaccords ne sont pas néfastes, loin de là. Ils permettent de ne pas s’endormir, de vérifier sans cesse que la route empruntée n’est pas une impasse. Le silence indifférent ou hostile est plus douloureux. Il peut être également occasion de mûrir, de revoir sa copie, d’infléchir son style, mais, bien sûr, sans jamais se renier ou capituler.

Propos recueillis par Anne Le Pape
anne-le-pape@present.fr