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Le Grand Mourzouk

978-2-37271-003-9

Ghislain de Diesbach

Nouveau

10,00 €

Fiche technique

Pages228
Dimensions10 x 16 cm
Couverturesouple
Date de parutionavril 2015

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   Avec des illustrations de Philippe Jullian.

   Officier de spahis né d’un légionnaire et d’une femme touareg, le Grand Mourzouk conquiert la France pour y faire régner le contrepied de tout ce que le XVIIIe siècle a engendré en France…
   Mais que peut un pays libéré de ses « illusions démocratiques » ?

   Historien renommé, biographe et essayiste, Grand Prix de la biographie de l’Académie française pour son Proust, Ghislain de Diesbach est aussi l’auteur de récits et nouvelles comme Iphigénie en Thuringe. Il a publié Le nouveau savoir-vivre chez Perrin en 2014.

Du même auteur :

Petit dictionnaire des idées mal reçues 

Une éducation manquée : souvenirs 1931-1948
 Gare Saint-Charles : souvenirs 1949-1956

Un début à Paris : souvenirs 1957-1966
 Le goût d'autrui
Iphigénie en Thuringe 

Dans la presse

Service Littéraire, n°91, janvier 2016

   La réédition d'un livre qui est à la fois un bonheur d'esprit et de trouvailles.

   En 1969, lors de la première publication du "Grand Mourzouk" chez Julliard, Hubert Juin écrivait de son auteur : "Ghislain de Diesbach est venu à la littérature par cette excellente méthode qu'est la fantaisie." Je ne rappelle cette lointaine publication que pour bien marquer à quel point Diesbach fut un écrivain prémonitoire en décrivant une prise de pouvoir en France par un officier de Spahi, né d'un légionnaire et d'une femme touareg, bien avant donc la conquête arabe que nous dépeint Houellebecq dans "Soumission". Ce petit livre, qu'on peut offrir aux enfants des bobos pour Noël, est un bonheur d'esprit, de trouvailles et de drôleries. Proclamé Régent, le Grand Mourzouk rétablit une aristocratie au mérite, réduit le déficit de la SNCF en supprimant les trains, met au pas la gent étudiante. Passionné de théâtre comme l'était Richelieu, le Régent prend une mesure importante, qui consiste à obliger tous les auteurs à "supprimer le troisième acte de toutes les pièces. Cette mesure, véritablement géniale, a donné au théâtre un nouvel intérêt. (. . .) Les pièces ainsi raccourcies ne se trainent plus interminablement comme jadis." Le Grand Mourzouk était certes volage mais en cela "il recueillait un héritage ancien de traditions, de goût, d'élégance et d'esprit. De coucher avec tant de femmes du monde achevait de faire de lui un aristocrate français et peu à peu il acquit à leur contact les sentiments que tout Français bien né aurait dû avoir."  Sans doute victime à son tour de l'ère du temps féministe, il décide que maintenant "tous les hommes ignorants sont dans l'armée et les femmes dans la politique. C'est leur domaine exclusif." Le gouvernement prend par ailleurs une mesure qui ne peut que plaire aux Français et qui consiste à supprimer les impôts : "C'est fort simple : plus vous gagnez de l'argent, moins vous payez d'impôts. Ce système génial, appliqué par le Régent dès le premier mois de son règne a eu pour effet immédiat de rétablir la confiance et d'assainir la désastreuse situation économique qu'il avait héritée du précédent régime." On remarquera la richesse d'invention de l'auteur en matière de "noms de terre", comme disait Montherlant, qu'il attribue à l'aristocratie de la régence : il ne manque plus que le colonel de Guerrelasse qui enchantait dans mon enfance je ne sais plus quelle série radiophonique. Alors que Friedrich von S. est l'hôte à la campagne du marquis de Ferney-Brancard, une désastreuse nouvelle leur parvient, illustrant les dangers auxquels les plus paisibles des Etats restent exposés : le Grand Mourzouk vient d'être assassiné par un petit groupe de conspirateurs. La révolte gronde mais l'ordre est très vite rétabli et le pouvoir est remis aux mains d'un nouveau régent, Mustapha Baloukli, le chef de la brigade nubienne d'infanterie décorative. Une des conséquences de ce coup d'Etat est que ce régent décide de supprimer la noblesse alors existante pour la réorganiser à la mode de son pays : "Mais précise le Grand Maître des cérémonies, j'ai le plaisir de vous annoncer que j'ai pu, dès cet après-midi, obtenir qu'il vous nomme pacha à trois queues, ce qui est une distinction hautement honorifique." Le marquis de Ferney-Brancard, devenu Ferney-Brancard Pacha, prend la chose avec grande philosophie et dit à son hôte d'Outre-Rhin : "Voyez-vous, mon cher ami, le principal dans l'existence, c'est d'avoir un titre." Philippe de Saint Robert

Nouvel Ouest, n°224, février 2016

   En 1969, lors de la première publication du Grand Mourzouk chez Julliard, Hubert Juin écrivait de son auteur: "Ghislain de Diesbach est venu à la littérature par cette excellente méthode qu'est la fantaisie." Je ne rappelle cette lointaine publication que pour bien marquer à quel point Diesbach fut un écrivain prémonitoire en décrivant une prise de pouvoir en France par un officier de Spahi, né d'un légionnaire et d'une femme touareg, bien avant donc la conquête arabe (modérée) que nous dépeint Houellebecq dans Soumission.
   Ce petit livre, qu'on peut offrir aux enfants des bobos, est un bonheur d'esprit, de trouvailles et de drôleries. Proclamé Régent, le Grand Mourzouk rétablit une aristocratie au mérite, réduit le déficit de la SNCF en supprimant les trains, met au pas la gent étudiante: "Ces gredins ont été condamnés par le gouvernement à vingt ans d'agitation sociale et ils sont obligés depuis lors de se promener toute la journée dans le Ve arrondissement, quelque temps qu'il fasse, en portant leurs pancartes d'autrefois et en poussant les mêmes cris."
   Le marquis de Ferney-Brancard reçoit un lointain cousin d'Outre-Rhin, Friedrich von S., qui vient de la Kakanie et qui cherche à visiter des musées qui n'existent plus. On lui explique: "Tous ces tableaux entre les mains de l'Etat, c'était comme des orphelins livrés à l'assistance publique. On prenait soin de leur corps mais on avait tué leur âme. On les entretenait, on veillait à leur vernis, mais les regards indifférents des foules qu'un vain snobisme conduisait près d'eux les ternissaient et même, à mon avis, les dévaluaient. J'avais pris la Joconde en horreur parce qu'elle attirait justement les regards du vulgaire. (...) Le portait de Mme Récamier? Il a été donné, par faveur spéciale, à l'archevêché de Paris, soucieux de rendre un culte officiel à la seule femme de France dont on est à peu près certain qu'elle soit encore vierge."
   Passionné de théâtre comme l'était Richelieu, le Régent prend une mesure importante, qui consiste à obliger tous les auteurs à en "supprimer le troisième acte de toutes les pièces. Cette mesure, véritablement géniale, a donné au théâtre un nouvel intérêt. {...} Les pièces ainsi raccourcies ne se traînent plus interminablement comme jadis." Le Grand Mourzouk était certes volage, mais en cela "il recueillait un héritage ancien de traditions, de goût, d'élégance et d'esprit. De coucher avec tant de femmes du monde achevait de faire de lui un aristocrate français et peu à peu il acquit à leur contact les sentiments que tout Français bien né aurait dû avoir". Sans doute victime à son tour de l'ère du temps féministe, il décide que maintenant "tous les hommes importants sont dans l'armée et les femmes dans la politique. C'est leur domaine exclusif".
   Le gouvernement prend par ailleurs une mesure qui ne peut que plaire aux Français et qui consiste à supprimer les impôts: "C'est fort simple: plus vous gagnez de l'argent, moins vous payez d'impôts. Ce système génial, appliqué par le Régent dès le premier mois de son règne a eu pour effet immédiat de rétablir la confiance et d'assainir la désastreuse situation économique qu'il avait héritée du précédent régime".
   On remarquera la richesse d'invention de l'auteur en matière de "noms de terre", comme disait Montherlant, qu'il attribue à l'aristocratie de la régence: il ne manque plus que le colonel de Guerrelasse qui enchantait dans mon enfance je ne sais plus quelle série radiophonique.µ
   Alors que Friedrich von S. est l'hôte à la campagne du marquis de Ferney-Brancard, une désastreuse nouvelle leur parvient, illustrant les dangers auxquels les plus paisibles des Etats restent exposés: le Grand Mourzouk vient d'être assassiné par un petit groupe de conspirateurs. La révolte gronde mais l'ordre est très vite rétabli et le pouvoir est remis aux mains d'un nouveau régent, Mustapha Baloukli, le chef de la brigade nubienne d'infanterie décorative. Une des conséquences de ce coup d'État est que ce régent décide de supprimer la noblesse alors existante pour la réorganiser à la mode de son pays: "Mais, précise le Grand Maître des cérémonies, j'ai le plaisir de vous annoncer que j'ai pu, dès cet après-midi, obtenir qu'il vous nomme pacha à trois queues, ce qui est une distinction hautement honorifique. Quant à moi, je suis grand vizir".
   Le marquis de Ferney-Brancard, devenu Ferney-Brancard Pacha, prend la chose avec grande philosophie et dit à son hôte d'Outre-Rhin: "Voyez-vous, mon cher ami, le principal dans l'existence, c'est d'avoir un titre." Ainsi concluait d'ailleurs Hubert Juin: "Ghislain de Diesbach est un auteur qui connaît admirablement son monde." Ce merveilleux petit livre demeure enjolivé des illustrations que lui avait consacré le regretté Philippe Jullian.

La Nouvelle Revue d'Histoire, n°84, mai-juin 2016

   Paru en 1969, parfois pris, bien que Diesbach s'en soit toujours défendu, pour un pamphlet antigaulliste, Le Grand Mourzouk, roman inclassable, cocasse et irrévérencieux, avait tout ce qu'il fallait pour déplaire aux gens sérieux, soit qu'ils n'aient rien compris aux propos de l'auteur, soit qu'au contraire, ils l'aient trop bien saisi… Le livre disparut des librairies, mais survécut dans le souvenir amusé de ses vrais lecteurs qui, parfois, preuve ultime de confiance, vous autorisaient à le lire dans leur salon, cela afin de ne pas le perdre de vue. Cette réédition longtemps espérée permettra à ceux qui n'avaient jamais eu ce texte entre les mains d'en saisir la portée, que le ton badin de l'histoire ne saurait altérer.
   Nous sommes au milieu des années 1970. La VIe république, instaurée au moment de la mort de De Gaulle, a été emportée par les cataclysmes sociaux qu'elle avait provoqués, engloutie sous les vagues d'une immigration musulmane incontrôlable. Alors que tout semblait perdu, la France sur le point de disparaître, a surgi l'homme providentiel, un sous-officier de la Légion d'origine maghrébine. Doté d'un physique avantageux, sensible aux charmes de la France d'autrefois, et à celui des jolies femmes de l'aristocratie, Mourzouk s'est emparé du pouvoir, autoproclamé Prince Régent et, gouvernant avec quelques idées simples, - certains diraient simplistes…- a restauré de manière drastique un ordre des choses librement inspiré d'un ancien régime fantasmé.
   C'est dans cette France rénovée où tout homme porte l'uniforme, où les classes sociales n'ont plus le droit de se mélanger, où l'on a, après la sanglante victoire de la plaine Saint-Denis, réexpédié les étrangers chez eux, supprimé les usines, les musées et les automobiles, que débarque, ahuri, le jeune Friedrich Von Schmerlau.
   La presse bien pensante, tous bords confondus, il y a quarante-cinq ans, cria au scandale. Mais l'on ne peut s'empêcher, hilare, de mesurer, sous le pastiche désabusé d'un romancier qui, décidément, ne respectait rien ni personne, la clairvoyance de l'ensemble, proche, mine de rien, du Camp des Saints. Aujourd'hui, nous sommes dans la France d'avant le grand Mourzouk, près d'imploser. Manque le Grand Mourzouk.
   Reste à savoir s'il faut le déplorer ou pas…
Anne Bernet