Si tu veux la paix, prépare la guerre Agrandir l'image

Si tu veux la paix, prépare la guerre

978-2-37271-107-4

François-Régis Legrier

Nouveau

19,00 €

Fiche technique

Pages220
Dimensions13,5 x 20,5 cm
Couverturesouple
Date de parutionmai 2018

En savoir plus

Si tu veux la paix, prépare la guerre : essai sur la guerre juste
Avec une préface de Bernard Seillier

   Par delà les traités d’histoire militaire et de stratégie, voici l’étude des principes qui doivent guider toute action politique au sujet de la guerre «afin de l’éviter quand il le faut ou de la mener à bien quand c’est nécessaire». Son fil directeur reprend l’antique devise de l’actuelle école de guerre française : si vis pacem, para bellum.
   Pour l’avoir oublié par négligence ou idéologie, notre pays a plusieurs fois payé très cher son amnésie, et cet essai tout à la fois érudit et accessible à tous procède d’une double réflexion d’officier «homme de guerre» et de chrétien «homme de foi» habité par le souci du bien commun de la patrie. Oui, il existe une approche toute inspirée de sagesse évangélique pour concevoir et faire la guerre, et c’est toute l’actualité de la doctrine de la guerre «juste» que fait redécouvrir F.-R. Legrier à travers une extraordinaire fresque politique et militaire embrassant l’histoire de notre humanité occidentale.

   François-Régis Legrier est un jeune colonel de l'armée française et commande actuellement un régiment dans le Sud de la France. Breveté de l'École de guerre et titulaire d’un M2 «Religion, culture et politique» à l’École pratique des hautes études, il a notamment été l'élève du professeur de stratégie Hervé Coutau-Bégarie, et s’intéresse depuis toujours à l’histoire et aux disciplines de l’âme et de l’esprit pour mieux appréhender les conflits de notre monde.

Dans la presse

Le Monde Diplomatique, août 2018

Qu’est-ce qu’une guerre juste ?

   Interventions militaires, violation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes : les infractions récurrentes au droit international s’appuient souvent sur la notion de guerre juste et invoquent la légitimité d’une action militaire, par opposition à sa légalité. Un exemple parmi bien d’autres : les bombardements effectués par les États-Unis, le Royaume-Uni et la France en Syrie le 14 avril 2018, qui violaient l’interdiction du recours à la force définie par la Charte des Nations unies.

   Adversaire de toute forme d’impérialisme, le politiste Bruno Guigue fournit un contrepoint aux analyses dominantes de la guerre dans ce pays (1). Il cite M. Ammar Bagdache, secrétaire général du Parti communiste syrien : « En Syrie, à la différence de l’Irak et de la Libye, il y a toujours eu une forte alliance nationale. (…) La Syrie n’aurait pas pu résister en comptant seulement sur l’armée. Elle a pu résister parce qu’elle a su compter sur une base populaire. » Rappel d’un passé récent, l’ouvrage fourmille d’informations singulières sur la notion de droit des peuples, le terrorisme, les chrétiens d’Orient, Israël, les États-Unis, la gauche européenne légitimant l’extension de la sphère d’influence de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN)...

   Ancien correspondant de l’hebdomadaire allemand Die Zeit, Michael Lüders souligne le rôle de l’Occident dans les violences qui ensanglantent le Proche-Orient. Le titre annonce la couleur : « Ceux qui récoltent la tempête » (2). L’avertissement qui ouvre l’ouvrage en confirme la philosophie : « Méfiez-vous de ceux qui se gargarisent avec les “valeurs” au lieu de désigner les intérêts. » Lüders rappelle que le premier coup d’État fomenté à l’étranger par la Central Intelligence Agency (CIA) eut lieu en Syrie, en 1949, comme l’a confirmé en 2016 M. Robert F. Kennedy junior, neveu du président John F. Kennedy (3). Lüders insiste sur les responsabilités américaines dans la crise actuelle : « Pendant que les seuls États-Unis livraient chaque année pour 1 milliard d’armes sur le champ de bataille syrien, les sanctions de Washington et de Bruxelles aggravaient les conditions de vie des Syriens, ce qui amplifiait le mouvement migratoire. Le revers de la médaille du soutien occidental aux terroristes islamistes est doublement durable : attentats terroristes et mouvement des migrants-réfugiés. » Un livre concis et précis.

   Anti-impérialiste et chrétien fervent, le colonel François-Régis Legrier accepte pour sa part l’idée de guerre juste telle que l’ont pensée saint Augustin ou Thomas d’Aquin et appuie son propos sur Vladimir Soloviev, Albert Camus et Henri Hude (4). Son ouvrage a le mérite de récuser les « illégitimes théories du “droit d’ingérence” », les illusions de la « guerre contre le terrorisme » et l’« interventionnisme occidental sous influence américaine ». Il dénonce la guerre menée par la France et le Royaume-Uni sous la bannière de l’OTAN en Libye en 2011 et cherche une voie médiane entre pacifisme et bellicisme. En revanche, on peut s’inquiéter de certaines de ses propositions : fustigeant une « nouvelle religion, la République », il suggère de confier à l’armée le maintien de l’ordre intérieur (comme ce fut le cas pour la révolte de Spartacus en 73 avant notre ère ou le conflit nord-irlandais des années 1970). Il préconise aussi un retour à la « guerre limitée » : « Au-delà du politique, nos démocraties, et spécialement la France, doivent, sur le plan des valeurs, renoncer à l’hubris », écrit-il justement. Mais c’est pour mieux critiquer « la démesure et la négation de l’ordre divin qui caractérisent nos sociétés ». Dans son poème La Rose et le Réséda (1943), Louis Aragon proposait jadis une vision plus large de la défense de la patrie : « Celui qui croyait au cielCelui qui n’y croyait pasTous deux adoraient la bellePrisonnière des soldats ».

Gabriel Galice

Président de l’Institut international de recherches pour la paix (Gipri), Genève. Auteur, avec Christophe Miqueu, de Penser la République, la guerre et la paix, sur les traces de Jean-Jacques Rousseau, Slatkine, Genève, 2012.

(1Bruno Guigue, Chroniques de l’impérialisme, Éditions Delga, Paris, 2017, 280 pages, 20 euros.

(2Michael Lüders, Die den Sturm ernten. Wie der Westen Syrien ins Chaos stürzte, C. H. Beck, Munich, 2017, 176 pages, 14,95 euros.

(3Robert F. Kennedy junior, « Why the Arabs don’t want us in Syria », 23 février 2016, www.politico.eu

(4François-Régis Legrier, Si tu veux la paix, prépare la guerre. Essai sur la guerre juste, Via Romana, Versailles, 2018, 220 pages, 19 euros.

Le Figaro Histoire, numéro 42, février-mars 2019

   Peut-on encore recourir au concept de « guerre juste », hérité du christianisme ? C’est à cette question que s’est attaqué l’auteur en officier et en chrétien. Un peu trop vite après la chute du bloc soviétique, on a rêvé à la fin des conflits. Mais la réalité a rapidement repris ses droits. S’appuyant sur Soloviev, Albert Camus ou le philosophe Henri Hude, l’auteur dénonce une conception biaisée des conflits et met en garde contre l’influence américaine, le « droit d’ingérence » ou de mirage de la guerre contre le terrorisme. Il préconise donc le recours aux conditions de la guerre juste pour sortir d’une situation conceptuellement minée, qui place le soldat dans des conditions tragiques.

Philippe Maxence

L’incorrect, numéro 19, avril 2019

A déguster bien grillé

   Les militaires écrivent rarement et passent souvent inaperçus. Fort heureusement cette affirmation supporte quelques exceptions. Un article récent publié dans la Revue Défense Nationale qui a valu à son auteur les foudres de Florence Parly nous a ainsi permis d’apprécier pleinement l’essai du colonel François-Régis Legrier sur la guerre juste paru l’an dernier. Un essai que l’on peut considérer comme fournissant à l’article censuré ses bases théoriques, d’où son intérêt.
   Ce livre est tout d’abord un effet de philosophie politique. Partant du postulat que « préparer la guerre est la fonction première du politique », et combinant la réflexion de l’officier et du chrétien, il a pour ambition de « faire redécouvrir les principes qui doivent guider l’action politique au sujet de la guerre dans un but très simple : l’éviter quand il le faut et la faire quand cela est nécessaire. »
   Considérant en effet qu’ « il est possible, en s’inspirant des principes chrétiens, de faire une sage politique capable de prévenir la guerre et, le cas échéant, de la conduire de la meilleure façon », le colonel Legrier y développe une théorie de la guerre juste tout à fait intéressante s’appuyant notamment sur la scolastique traditionnelle et sur la pensée de Vladimir Soloviev.
   Mais c’est aussi une réflexion sur les opérations en cours au Levant. L’auteur y est sévère à l’égard de la politique étrangère américaine des 40 dernières années : « Les dirigeants qui déplaisent sont éliminés comme de vulgaires voyous et cette politique, loin d’instaurer la paix, ne crée que chaos et violence. Ainsi, consciemment ou non, les États-Unis, loin de lutter contre le terrorisme islamique, ne font au contraire que l’attiser ».
   Analysant ensuite l’outil de défense française, le colonel Legrier considère, comme beaucoup de ses pairs, que « la taille de l’armée française n’est pas à la hauteur d’une puissance qui a un siège permanent aux Nations-Unies. » Plus précisément, « la France a certes une épée performante pour des opérations ponctuelles, mais cette épée est-elle capable de servir dans un conflit long et intense ? Il est permis d’en douter », conclut-t-il.
   Pour Legrier, à notre époque, le « rôle social de l’officier » (Lyautey) est plus nécessaire que jamais. C’est pour lui « un homme que son engagement place au cœur de la cité et toute tentative pour le ramener à une expertise technique est une grave erreur ». Faisant le constat que la classe politique ignore généralement tout de l’outil militaire, il préconise enfin que ceux qui se destinent à de hautes fonctions soient tenus à une certaine forme de service militaire, ce qui permettra d’aboutir à une communauté de vue sur l’essentiel dans un schéma idéal ou le décideur politique garderait la main sur la conduite de la guerre mais laisserait aux militaires la conduite des opérations.
   On ne peut que recommander chaudement la lecture de ce petit texte roboratif, nourri d’humanisme chrétien et de philosophie classique, riche de ses multiples facettes. Une belle surprise dans le vide intellectuel de notre époque. La phrase de conclusion est à méditer : « la vraie paix ne saurait se réduire aux occupations productives, elle est d’abord et avant tout la recherche inlassable du bien, du beau et du vrai. »
Serge Gadal