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Raisons de famille

978-2-37271-019-0

Jacques Perret

Nouveau

25,00 €

Fiche technique

Pages328
Dimensions13,5 x 20,5 cm
Couverturesouple
Date de parutionseptembre 2015

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   Dans ce lâcher de souvenirs, Jacques Perret bat la campagne sans plus de méthode que pour ses Grands chevaux et dadas. Il paraît s'abandonner au caprice d'une mémoire qui va s'ébrouer dans l'espace et le temps au mépris de leur continuité raisonnable. Sans doute n'a-t-il pas prémédité ce genre d'itinéraire mais il ne rend pas les rênes autant qu'il en a l'air.
   Le récit commence au 1er août 1914 et l'auteur y reviendra maintes fois en tenue de galopin dans la maison de vacances où la famille a constitué son haut lieu sous l'autorité d'un tendre aïeul. Il se terminera au cimetière militaire où gît le grand frère, tué sur la Somme en 1916. Quoique intermittent c'est le personnage le plus important : une vie brève et bienfaisante, une belle mort et désastreuse. Entre-temps, et quel que soit le sujet évoqué, le septuagénaire et l'enfant se passeront et repasseront la parole pour illustrer maintes scènes et figures dans l'histoire d'une parentèle vivante ou défunte, voire légendaire.
   On ne saurait exiger, bien sûr, d'un tel récit la gaieté de bout en bout : mais les lecteurs de Jacques Perret le reconnaîtront au moins ici et là dans l'exercice de ses divertissements favoris, petits jeux de parenthèses, facéties de plume, bravades, malices, fougues et jubilations. En fin de compte il nous laisse un témoignage de gentillesse et de gratitude pour son milieu natal : une bourgeoisie fidèle à ses défauts, invétérée dans ses vertus, et se croyant, avec ça, libérale. Ce n'est donc, avouons-le, pas le moment de la renier. Ainsi bardé de raisons de famille, l'auteur consolide à plaisir sa réputation de gentilhomme d’Ancien Régime et voltigeur sentimental.

   Jacques Perret (1901-1992), aventurier, journaliste, écrivain, chroniqueur, est connu pour l’immense succès du Caporal épinglé qui raconte sa captivité et ses tentatives d’évasion (porté au cinéma par Jean Renoir), et pour Bande à part (prix Interallié) où il relate ses souvenirs de résistant. Si la mer inspire plusieurs de ses romans ou récits (Le Vent dans les voiles, Rôle de plaisance, Mutinerie à bord), il est également l’auteur de plus d’une trentaine de nouvelles et de pièces de théâtre.

Du même auteur

Les sept péchés capitaux
La République et ses Peaux-Rouges : chroniques d'Aspects de la France, t.1, 1948-1952
Du tac au tac : chroniques d'Aspects de la France, t.2, 1953-1959

Dans la presse

L'Homme Nouveau, n°1605, 2 janvier 2016

   Ce n'est jamais sans conséquence que l'on plonge dans un ouvrage de Jacques Perret. D'emblée, le style de l'auteur capte l'attention et séduit, malgré des variations qui peuvent étonner aujourd'hui, mais qui n'en constituent pas moins le charme et le génie de l'auteur. Le style Perret lui-même révèle une autre France, une autre civilisation, agnostique du progrès, enracinée dans la tradition et qui conjugue avec talent la succession des joies et des malheurs. Raisons de famille, publié une première fois en 1976, est un livre de souvenirs et non un roman, mais il surprendra tout autant. Il raconte la vie de la famille Perret, son avant-guerre heureuse et l'arrivée de la Première Guerre mondiale qui voit le départ au front du père et la mobilisation du frère de l'auteur qui mourra au champ d'honneur en 1916. Tout s'entremêle finement dans cette narration qui n'est anarchique qu'en apparence, comme la vie elle-même : la cueillette des prunes ou les courses à vélo, les leçons de piano évitées comme le dialogue manqué entre le père et le fils, sans oublier la tragédie d'une mort qui frappe la famille. Celle-ci marquera profondément le futur écrivain, âgé alors de 12 ans, et semble avoir joué sur sa propre destinée.
Benoit Maubrun

L'Action Française 2000, n° 2922 - Du 17 décembre 2015 au 6 janvier 2016

   En 1916, Louis Perret meurt pour la France, un parmi un million cinq cent mille. Une France qui comptait bon nombre de terrasses, et où descendre un canon ne signifiait pas lutter contre l'hydre maléfique qui empêche le bobo  multiculturel de planifier sa prochaine petite orgie (vous aurez reconnu dans l'hydre la religion, dont la catholique; ceux qui ont dit l'État islamique ne gagnent qu'un demi-point). En 2016 nous (re)lirons Raisons de famille, où Jacques Perret raconte son grand frère Louis (et sa mère, Thérèse), puise dans ses souvenirs, et les sème en nos mémoires, comme on lâchait les grains, à pleine poignées et le geste large, à la fortune de Dieu et au gré des sillons. Ils y germent. Une France oubliée, combattue et niée s'enracine et pousse de timides tiges : repas de famille, discussions sans fin, religion évidente, patrie, passion de la politique, sottises enfantines, Perret verse tout, semeur sûr.
   Il en sort un champ complet à la gloire de l'amour familial, où le vieil homme ressuscite avec sa famille toute une société qui jugeait bon d'aimer son pays et de mourir pour lui, et qui n'était pas une nation de farouches héros mais d'ouvriers et de bourgeois, attachés à vivre confortablement, mais bien conscients que cela nécessitait quelques efforts plus vertueux que d'allumer une bougie place de la République en se proclamant Bataclan. Le livre est comme une malle dégorgeant de fleurs séchées, de cahiers d'écoliers, de photos surprenantes, où, entre deux vues du pont du Gard, l'oncle missionnaire a laissé un dessin représentant un costume de sorcier. C'était donc ça, la France. La vieille dame paraît bien plus aimable que la militante écervelée et dévergondée qui "témoigne" dans les journaux, petite fille indigne, qui se rassure en s'oubliant. Perret nous permet de nous replonger en nous-mêmes : généreuse invitation. P.M.

Lecture et Tradition

   Nous félicitons les Editions Via Romana de redonner au public l'œuvre de ce grand écrivain. "Raisons de famille est le deuxième des cinq tomes de souvenirs de Jacques Perret mais le premier si l'on considère la période rapportée."

Valeurs actuelles, 26 novembre 2015

Aux origines de Perret
Grandiose
   Les souvenirs d'enfance de Perret (1901-1992) viennent aujourd'hui à la lumière. Ils permettent de comprendre à quoi "le caporal épinglé" a été fidèle toute sa vie durant.
   C'est le serpent charmeur qui danse au son de la flûte, hypnotisant le chroniqueur. Il s'en détourne parfois, s'en éloigne de digression en digression, comme à son habitude; il y revient toujours comme à une obsession : 1er août 1914. Le cœur d'un bel été à fruits dont les guêpes et les enfants se gavent, et, parmi eux, le petit Jacques. Le cœur d'un bel été français soudain troublé et enivré par le tocsin et les tambours de la mobilisation générale qui emportera tout : les hommes, le bonheur des mères et, pour finir, la civilisation. Mieux qu'un livre d'histoire où les chiffres sont froids, Perret donne une forme à la grande saignée, et parfois même un corps pourrissant dans une tombe de fortune labourée par les obus. Avec pudeur et sans pathos, il renverse d'une pichenette tous les pions que sa plume fait revivre en 1913, à commencer par son frère, et qui disparaîtront qui à Verdun, qui sur la Marne, qui dans la Somme.
Un bel hommage à la France d'avant, qui croyait à l'honneur, à la poésie et à la Vierge Marie.
   Second tome des souvenirs que Jacques Perret a consignés au soir de sa vie, Raisons de famille (1976) est le premier dans l'ordre chronologique. L'auteur y déploie ses talents de chroniqueur et de portraitiste hors pair avec son style reconnaissable entre mille, tout en élégance et virtuosité, son humour pince-sans-rire et cette étonnante complicité qu'il réussit à établir avec son lecteur, sans familiarité excessive cependant. C'est avant tout la France de 1914 que nous décrit Perret à travers sa famille, une France encore plongée dans le XIXe siècle. On y tire l'eau à la pompe communale, on donne des confitures aux Petites Sœurs des pauvres, on reprise ses chaussettes, les brocs dans les chambres gèlent les nuits d'hiver et on rentre de la gare dans un fiacre à galerie suivi par un "coureur de malle". Les fonctionnaires du service de la voie publique de l'hôtel de ville de Paris s'adonnent à la poésie, ainsi que le préfet de la Seine lui-même, et, le soir, on lit le Magasin pittoresque à la lueur des dernières lampes à huile.
   Cette France n'a qu'un souci, hormis ceux du quotidien et de la nécessaire intendance : l'honneur. On y veille comme sur sa santé. Les faillites ne sont pas encore le moyen de se refaire une situation financière et la parole donnée a une valeur sacrée. Pour le reste, les familles éduquent leurs enfants, honorent leur parentèle, prient la Vierge Marie et aiment leur pays, toutes choses qui feront bientôt sourire les ironiques. C'est que ces Français qui nous paraissent si loin vivent encore sur un modèle ancestral que la nouvelle condition humaine issue des Lumières n'a pas encore réussi à entamer. Cela ne saurait tarder.
   En attendant, c'est de tout cela que Perret est l'héritier, « un héritier, comblé par l'héritage, fier du patrimoine à préserver, de Ia tradition ancestrale à transmettre » (Pol Vandromme). Il prend tout, l'histoire de sa famille et celle de la France, qu'il confond dans la même geste. La revue Livr’Arbitres, qui lui consacre son dernier numéro, rappelle sa réaction lorsqu'on prétendit lui retirer sa médaille militaire pour "offense au chef de l'État" : « Impossible, c'est Gaston de Foix qui me I'a donnée, ça lui ferait de Ia peine. » Le passé est toujours présent chez Perret, lui qui sait « qu'il n'y aurait pas de vivants s'il n'y avait pas de morts » et qui n'oublie jamais de les remercier en défendant ce qu'ils nous ont légué. La fidélité à cet héritage explique toute sa vie, de la guerre du Rif à ces fameuses offenses de 1962, en passant par le maquis de l'Ain et même les désirs de flibuste. À l'époque des libérations devenues folles et du self-made-man à l'américaine, une telle fidélité au passé ne peut que servir de boussole aux âmes à l'agonie qui se débattent dans le monde de la table rase.
Olivier Maulin