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Le passé ne meurt pas

978-2-37271-044-2

Jean de Viguerie

Nouveau

19,00 €

Fiche technique

Pages172
Dimensions13,5 x 20,5 cm
Couverturesouple
Date de parutionavril 2016

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   Jean de Viguerie nous a fait aimer l'Histoire par la force d'évocation de ses biographies, il nous a fait comprendre les idées des Lumières par l'intelligence de ses essais.
   Mais derrière l'historien réputé, il y a l'homme, sa part intime. Et c'est cette vie qu'il dévoile ici pour la première fois. De sa prime enfance à Rome, éduqué par une préceptrice, de ses années d'apprentissage à Saint-Théodard, puis en classe de philosophie avec Louis Jugnet, on devine une éducation propice à l'éveil d'une pensée originale.
   Sur le ton du récit, une vie à contre-courant défile sous nos yeux. Né d'une famille royaliste, il devient professeur dans une université qui, quelques mois avant 1968, tourne déjà à gauche. Catholique, il doit affronter une école publique le plus souvent hostile.
   Le récit est émaillé de rencontres, comme celle de son maître à la Sorbonne Roland Mousnier, ses confrères René Pillorget et Xavier Martin, le moine Dom Gérard du Barroux. Les événements familiaux apparaissent avec un charme singulier, à l'aune de la vie contemporaine, et l'historien le sait.
   À deux reprises, le chercheur croise la grande Histoire : au moment de la guerre d'Algérie, et lors de mai 1968, qu'il vit de l'intérieur.
   La vie d'un écrivain est aussi, comme pour les acteurs, la rencontre avec un public ; et Jean de Viguerie raconte avec truculence les aléas du conférencier face à ses auditeurs.
   L’auteur se fait le témoin toujours sensible de son passé intime, à l'inverse des mémorialistes boursouflés. Cet ouvrage est le fil rouge de son œuvre : le retour de l'historien sur lui-même, à travers l'évocation d'une vie familière bien que révolue. Ces souvenirs sont passés « dans le domaine de tout ce qui ne disparaîtra jamais et que nous retrouverons au dernier jour ».

Jean de Viguerie est professeur émérite des universités. Il est l’auteur de nombreux ouvrages portant sur les XVIIe et XVIIIe siècles, ainsi que sur la période révolutionnaire. Dernier livre paru chez Via Romana : Histoire du citoyen (2014).

Dans la presse

Famille Chrétienne, n°1999, 7 au 13 mai 2016

   Jean de Viguerie, historien des Deux patries et biographe de Louis XVI, jette un coup d’œil sur son passé. Savoureux et instructif.
   À ses proches qui lui demandaient quand il écrirait ses mémoires, Jean de Viguerie a longtemps répondu, avec un sourire, qu’il n’avait pas besoin de le faire puisqu’il n’avait rien à cacher… Aurait-il cédé à son entourage ?
   Pas tout à fait, puisque, précise-t-il dans son avant-propos, il n’a pas écrit ses mémoires – récit continu –, mais un recueil de souvenirs épars. Ces souvenirs, on en avait eu un avant-goût dans Itinéraire d’un historien (éditions DMM), où pour la première fois l’auteur livrait des anecdotes personnelles. C’était caustique, plein d’ironie et d’humour, et cela nous donnait envie d’en savoir plus. Nous voilà servis. Jean de Viguerie n’est pas seulement un historien. C’est un écrivain et un conteur. Dans un style classique, simple et direct, il évoque son enfance à Rome, sa jeunesse à Toulouse, son service en Algérie, sa carrière universitaire, ses livres les plus marquants…
   Ce faisant il fait revivre un monde révolu. Les souvenirs de sa scolarité paraîtront exotiques à beaucoup. Il évoque ses cours de grec, « cette langue si fluide, si coulante et qui permet d’exprimer toutes les subtilités », ou bien ce professeur de français qui «bannit les phrases tarabiscotées, le pathos, le sentiment, le vocabulaire prétentieux». À l’époque les punitions sont sévères, certaines pratiques paraîtraient insupportables aujourd’hui… Et pourtant le professeur de maths, devant sa « nullité », lui demande de dessiner, pendant les cours, des portraits de Descartes et Pascal, afin d’illustrer la classe de mathématiques. «A-t-on jamais vu ici un tel exemple de libéralité professorale ?», se demande l’auteur.
   L’historien revient sur Mai 68, durant lequel il est assistant de Roland Mousnier, seul professeur de la Sorbonne à avoir maintenu son cours. Avec quelques confrères, il monte la garde, parlementant avec les insurgés quand ceux-ci jettent des livres par la fenêtre… Un poste idéal pour observer le moteur de la révolution soixante-huitarde, avec ses « comités », ses «collectifs», ses «AG»… C’est l’une des pépites de ce livre qui se lit comme un roman.
Charles-Henri d'Andigné

Valeurs Actuelles, 26 mai 2016

   Il y a des autoroutes longilignes, qui vous conduisent droit et vite vers  un objectif bien précis. Il y a des itinéraires plus rares et plus escarpés qui vous mènent à un panorama à couper le souffle, à quelque splendeur architecturale qui vous rapproche du divin. Et puis il y a les chemins de traverse, que l'on arpente sans objectif, seulement parce que le hasard les a mis devant vos pas: ils ne parcourent pas forcément des paysages sublimes, ils ne conduisent pas à quelques buts prestigieux, mais on a plaisir à s'y promener, parce qu'ils dégagent ces senteurs savoureuses des sentiers de campagne, parce que leurs tours et détours intriguent, parce qu'on y découvre maintes menues merveilles qui, pour peu qu'on ait l'âme bucolique, vous touchent et peuvent même vous conduire à une inattendue contemplation.
   Si un livre est un chemin que l'auteur vous invite à parcourir en sa société, le petit livre de souvenirs que l'historien Jean de Viguerie vient de publier, sous le titre Le passé ne meurt pas, appartient assurément à cette dernière catégorie. La forme en est modeste et paisible; le ton sans fanfaronnade, précis et posé, même lorsqu'il s'agit d'événements douloureux, et toujours discrètement irrigué d'un humour d'autant plus savoureux qu'il ne se pousse pas du col.
   Modeste, la matière les tout autant. Le spécialiste de l'éducation sous l'Ancien Régime, le biographe de Louis XVI et de Madame Elisabeth, l'auteur en "bouquins" d'Histoire et Dictionnaire du temps des lumières ne retrace pas son itinéraire intellectuel; il a été un passeur de l'histoire, pas l'un de ses acteurs: les souvenirs qu'il livre ici ne laissent que très rarement entrer le vent de la grande histoire (guerre d'Algérie, mai 68). S'il fait revivre les maitres qui ont compté pour lui (Louis Jugnet, Roland Mousnier), on y croise surtout des aïeux disparus, des vieilles tantes inconnues, des figures aussi pittoresques qu'anonymes, et surtout l'odeur d'un vieux temps qui est celui de son enfance et de sa jeunesse mais qui paraît aujourd'hui, à ceux qui ne l'ont pas connu, aussi lointain que l'Ancien Régime, tans les façons d'être et de faire ont subi de bouleversements en l'espace de quelques générations.
   C'est donc avec une nostalgie amusée que l'on croise, au fil de ce délicieux petit livre, un curé de campagne pieux et distrait qui, heurtant une vache égarée tandis qu'il lisait son bréviaire, laisse échapper un "pardon Madame"; une arrière-grand-mère qui se fait conduire dans les paroisses éloignées, pour pouvoir communier malgré son abonnement à l'Action Française; des familles qui pratiquent "la politesse des cimetières" en allant saluer, après les tombes familiales, celles des familles amies; une grand-mère obsédée de "l'odieuse question bonne", cette difficulté croissantes à trouver des domestiques capables; des vieilles tantes célibataires qui, durant la guerre, ouvrent toute grande leur maison à la campagne à toutes sortes de réfugiés; une ancêtre jeune mariée qui, découvrant la bibliothèque d'un aïeul révolutionnaire emplie d'ouvrages des lumières, jette au feu tous ces livres impies à l'exception de l'encyclopédie de d'Alembert et Diderot, "jugeant sans doute qu'un dictionnaire c'est toujours utile".
   L'auteur brosse un portrait savoureux des auditoires de ses conférences, décrit presque avec sympathie l'occupation de la Sorbonne, qu'il vécut en ennemi de l'intérieur pour protéger un centre de recherche des velléités destructrices des Katangais, narre les aléas que valut à sa carrière universitaire la fidélité de son antigaullisme et son peu d'appétence pour les billevesées progressiste. Il eut aussi à entendre siffler les balles de son propre camp, coupable qu'il était d'avoir suggéré, dans son livre les Deux Patries, que la perversion révolutionnaire du patriotisme avez sans doute tué la France. On lui objectera avec sympathie, sans souci de le convaincre, qu'un pays où s'écrit un tel livre, ou il trouve un éditeur et sans doute un public, est un pays qui n'est pas tout à fait mort et qui n'aspire qu'à revivre.
Laurent Dandrieu

Aletheia, n°247, 5 juin 2016

   Jean de Viguerie livre ici des souvenirs de sa vie. Depuis sa naissance à Rome, en 1935, jusqu'à l'accueil fait à ses livres, en passant par l'évocation colorée, et souvent drôle, de sa famille, de ses études, de sa carrière universitaire, de son 2e métier de conférencier.
   Le ton est celui du récit, agréable à lire. Jean de Viguerie prévient dès son avant-propos : "Je n'écrivais pas mes mémoires. Au récit continu j'ai préféré une suite d'épisodes" (p. 10).
   L'évocation de certaines figures familiales relève, selon les cas, de l'anecdote ou de devoir de piété, mais comme l'auteur est historien il sait noter le détail qui rend ses pages intéressantes pour tous (par ex., p. 31, le "nouveau santon" qui fait son apparition dans les crèches de France à la Noël 1942). Quand il évoque les épisodes historiques dont il a été le témoin direct - la guerre d'Algérie en 1961-1962 et l'occupation de la Sorbonne en mai 1968 -, il livre un témoignage précieux.
   On lira d'autres évocations intéressantes : la "résistance" au catéchisme officiel à Angers, les confirmations "sauvages" - il n'emploie pas ce qualificatif - de Mgr Lefebvre, les conférences chez les Dominicaines enseignantes de Fanjeaux, public qui n'était pas "accommodant" et exigeant, mais attentif.
Yves Chiron

LA NEF, n°283, juillet - août 2016

   "Le vieux professeur que je suis devenu ressemble beaucoup au jeune homme que j’étais alors. Nous avons l’un et l’autre la même foi, les mêmes convictions, les mêmes jugements." Cette confidence, que certainement peu d’hommes pourraient faire, se trouve dans un petit livre qui vient de paraître sous le titre, Le Passé ne meurt pas.
   Connaissant son auteur, le professeur Jean de Viguerie, elle n’étonnera pas tout en soulignant la profonde cohérence qui l’unit à lui-même à travers le temps. Jean de Viguerie écrit à ce sujet: «Si j’en suis d’abord surpris, ensuite à la réflexion je n’en suis pas étonné. Mes parents et mes maîtres m’avaient beaucoup donné et surtout fait comprendre la valeur de ce qu’ils m’avaient transmis. J’avais donc gardé ce que j’avais reçu et je le garde encore aujourd’hui.»
   Plus qu’un livre de souvenirs, Le Passé ne meurt pas apparaît donc pour ce qu’il est en profondeur : un acte de piété et c’est dans le jardin de cette piété, avec ses différentes variétés de plantes et de fleurs que l’auteur nous offre de pénétrer à sa suite. La piété ? Avouons qu’elle constitue aujourd’hui l’une des vertus naturelles les plus bafouées. On ne la traîne pas seulement dans la boue ; on la salit. On ne la juge pas seulement comme dépassée ou inadaptée ; on la condamne tous les jours. Et, même si le mot n’est plus jamais prononcé – y compris dans l’Église –, sa mort semble enivrer ceux qui nous entourent.
   Aussi, qu’il retrace son propre parcours, qu’il raconte sa famille, les tantes de son épouse, qu’il évoque ses maîtres (Jugnet, Mousnier, par exemple) ou qu’il narre les moments où il a croisé la grande Histoire, Jean de Viguerie pose constamment un acte de résistance à l’instar de sa grand-mère, opposante à la République.
   Mais, plus profondément, c’est à la modernité qu’il refuse de se rendre. Aujourd’hui encore et maintenant! Un refus né de cette piété en acte et qui se trouve renforcé par les habitus de l’historien toujours en exercice, jusque dans ce retour sur sa propre existence.
Philippe Maxence

LA NOUVELLE REVUE D'HISTOIRE, n°85, juillet-août 2016

   "Pii et Scientes" ("pieux et savants"). Ainsi Jean de Viguerie qualifie ses professeurs du collège Saint-Théodard de Montauban, dont il fut l'élève de la classe de cinquième à celle de Première. Pieux et savants "comme il était demandé dans l'ancienne France aux membres des instituts enseignants [...]" "Et pauvres", de surcroît. Encore offertes en exemple au lendemain de la Seconde Guerre mondiale - y compris dans la plupart des établissements laïcs, où l'objet de la piété était, il est vrai, différent -, ces qualités et vertus appartenaient à un monde, une civilisation qui devaient être emportés, à partir des années 1960, par le tsunami de la société de consommation. Elles qualifient tout entier Jean de Viguerie. L'historien, bien sûr, professeur honoraire des universités, spécialiste de l'histoire religieuse aux XVIIe et XVIIIe siècles, de l'histoire de l'enseignement sous l'Ancien Régime, auteur, par ailleurs, d'un magistral ouvrage Histoire et dictionnaire du temps des Lumières (1995), de Louis XVI, le roi bienfaisant (2003), d'une émouvante biographie de Madame Élisabeth (2010), ainsi que de deux essais essentiels, décapants et novateurs, Les Deux Patries (1998 et 2003) et Histoire du citoyen (2014), qui prolonge le précédent. Mais aussi l'homme, qui publie aujourd'hui un délicieux petit volume de souvenirs intitulé Le Passé ne meurt pas.
   Il ne s'agit pas de mémoires proprement dits, d'une narration continue, ni de l'histoire de son itinéraire intellectuel. mais d' "une suite d'épisodes" racontant "des choses et des gens", restituant, à la manière d'un peintre de genre, "un peu de l'atmosphère, de l'ambiance", de "temps disparus". Épisodes d'une vie tout à la fois rangée et originale, droite et anticonformiste, dont l'engagement à contre-courant ne fut pas sans conséquence sur sa carrière universitaire. Une vie de fidélité aux siens, aux aïeux (racines languedociennes, vendéennes, ramifications baltes et du côté de son épouse, irlandaises), à la foi et à la tradition catholiques, à la légitimité, aux maîtres, aux amis (notamment ses confrères René et Suzanne Pillorget, ou l'historien du droit Xavier Martin...). La sobriété du ton, teinté d'une pointe d'humour, est à l'unisson du propos. Plutôt que de se mettre en avant, l'auteur n'est le plus souvent, ici, qu'un faire-valoir qui, jamais, ne s'appesantit sur son propre cas. C'est que l'historien n'est jamais loin du chroniqueur.
   Cet ouvrage est d'abord celui d'un héritier, qui reconnaît sa dette envers ses maîtres: ceux de Saint-Théodard ("Je leur dois infiniment. Je leur dois le goût et le respect de la vérité"); le philosophe thomiste Louis Jugnet, son professeur au lycée de Toulouse, dont il n'a jamais oublié la mise en garde préalable: "Si quelqu'un vous dit que l'oncle Alfred n'existe pas, ne le croyez pas", et dont l'enseignement chrétien ne lui fut jamais contesté par les inspecteurs généraux; Roland Mousnier , "le meilleur spécialiste des institutions d'Ancien Régime", dont il fut l'assistant de recherche.
Jean de Viguerie nous fait humer l'air d'une France, celle de son enfance et de sa jeunesse, de la fin des années 1930 aux années 1950. La France avant qu'elle ne soit écrasée, comme ses voisins, par le rouleau compresseur de l'hyper-modernité. Une France charnelle, verticale et communautaire. Il est de mode, depuis quelques années, d'incriminer Mai-68. Jean de Viguerie, qui vécut de près ces journées (le séminaire de Mousnier étant le seul cours maintenu au sein de la Sorbonne occupée) rappelle que Mai-68 ("un montage", "une plaisanterie", dit-il) ne fut qu'une conséquence et non une cause. Très divers et traversé de contradictions, le mouvement fut, pour l'essentiel, le fruit de l'hédonisme marchand porté par la génération à l'origine des "Trente Glorieuses".
   A la fin des Deux Patries, où il oppose la patrie traditionnelle ("la terre des pères") à la patrie idéologique (les droits de l'homme), Jean de Viguerie notait: "Dans les années 1960 […], le courant a été coupé. Le savoir essentiel, le savoir indispensable à la vie n'a plus été transmis. De cet accident gravissime, le corps social n'est pas près de se remettre […] La patrie se trouve de ce fait exposée au péril de mort. Car toute patrie est fragile. Seules les méditations des sages peuvent l'aider à survivre". Il est assurément, de ceux-là.
Christian Biosio

Renaissance Catholique, n°142, Mai / Juillet 2016

   La passionnante autobiographie d'un de nos plus grands historiens, écrite d'une plume élégante et précise maniant à merveille un humour incisif mais bienveillant.
   Le témoignage attachant d'un homme d'étude et de fidélités à la fois nationale et religieuse. Jean de Viguerie, né à Rome en 1935, rappelle aux souvenirs des plus anciens et révèle aux jeunes lecteurs incrédules les rites et les pratiques d'un monde aujourd'hui quasiment disparu. Celui d'une aristocratie provinciale demeurée très "vieille France", enracinée dans ses fidélités, et d'une Université dans laquelle l'exigence intellectuelle n'était pas un vain mot. Ainsi la thèse de doctorat ès Lettres que soutint notre auteur pendant cinq heures, le 15 décembre 1973, sur l'Histoire des doctrinaires ou Pères de la Doctrine chrétienne - une des trois congrégations enseignantes de la France d'Ancien régime - avait nécessité dix années de travail au rythme de trois heures par jour et la quasi-totalité de ses vacances.
   Jean de Viguerie, qui sait que la génération spontanée n'existe pas, rend hommage à ses maitres : Louis Jugnet et Roland Mousnier. Mais au-delà de l'intellectuel, c'est aussi l'époux, le père de famille et le militant que nous découvrons.
Jean-Pierre Maugendre

Sedes Sapientiae, n°139, printemps 2017

   Jean de Viguerie, historien, est professeur émérite des universités. Il s'est fait connaître notamment par ses ouvrages sur l'éducation sous l'Ancien Régime, sur l'histoire religieuse, sur les Lumières et la période révolutionnaire. Signalons, par exemple, sa biographie de Louis XVI, le roi bienfaisant, dont le style alerte, sans sacrifier à la science de l'historien, fait suivre pas à pas le drame du monarque déchu. Rendre vie au passé : l'auteur définit peut-être sa vocation en intitulant son dernier livre, autobiographique, Le passé ne meurt pas, Il ne s'agit pas de mémoires, dit-il, mais plus modestement d'un "livre de souvenirs". Citons son avant-propos :
   Il y a le vieux passé, L'histoire peut l'atteindre. C'est son affaire. Il y a le jeune passé. Les survivants, les personnes d'âge en sont les dépositaires. Il se raconte volontiers, bien que pas toujours. II aime les enfants, II se manifeste aisément. Un coup discret à la porte. Il sort, volubile et tout habillé. Mais, quand ces témoins auront disparu, il ne parlera plus. […] Écrivons alors et publions. Si nous prenons cette peine, nous arracherons le passé à l'oubli (p. 9).
   S'astreignant à ne parler que des choses et des gens qu'il a vus personnellement, il restitue  "un peu de l'ambiance de ces temps révolus." Voilà l'intérêt du livre : transmettre une certaine expérience de ce "jeune passé", dont nous sommes les héritiers et que nous comprenons si peu, déformés que nous sommes par l'oubli, l'inculture et l'"historiquement correct".
   Parmi une foule de souvenirs, citons-en quelques-uns, qui puissent donner envie de lire l'ouvrage.
   Les premiers chapitres sont consacrés à Rome, où Jean de Viguerie est né, ainsi qu'aux souvenirs de son enfance dans la propriété familiale, Le Giponié. Les grands-parents royalistes y pratiquaient une hospitalité universelle, ouverte à tous : à la famille, au curé, au républicain espagnol, puis, durant la Seconde Guerre mondiale, à toutes sortes de réfugiés et de personnes déplacées.
   Jean de Viguerie raconte les années d'apprentissage à Saint-Théodard, et l'histoire originale du grand-père devenu moine après son veuvage. Il présente aussi Ia rencontre avec la famille de sa fiancée, surnommée Talou. À ces souvenirs personnels, le lecteur trouvera plus ou moins d'intérêt selon ses goûts. Une chose est sûre : on revit l'actualité du moment, par exemple la condamnation de l'action française et ses suites, à travers les réactions des membres de la famille, dans leur correspondance, que l'auteur a épluchée. Nous voyons l'époque à travers la subjectivité de gens qui en font partie : cela nous renseigne doublement sur elle.
   Une rencontre décisive pour Jean de Viguerie sera celle de Louis Jugnet. Au lycée des garçons de Toulouse, où Jean est pensionnaire, ce professeur enseigne la philosophie, et plus précisément l'amour de Ia vérité à la lumière de saint Thomas d'Aquin. En 1954, Jugnet commence à donner son fameux cours d' "Histoire des idées politiques" à l'Institut d'études politiques de Toulouse. Jean de Viguerie y assiste, avec de nombreux étudiants, captivés comme lui par ces leçons : "Le secret : une grande concision et des citations qui s'abattent comme des massues. [...] Il n'introduit pas, il aborde tout de suite le sujet. II y a foule, et nul qui ne l'écoute" (p. 48).
   Peut-être Jean de Viguerie a-t-il retenu quelque chose du génie stylistique de son maître. Voyons quelques exemples de sa manière d'écrire - non moins digne d'attention que les faits qu'il relate - aux chapitres 7 et 8. Comme le dit son éditeur, à deux reprises, Jean de Viguerie "croise la grande Histoire : au moment de la guerre d'Algérie, et lors de mai 1968, qu'il vit de l'intérieur" (quatrième de couverture).
   L'Algérie d'abord. Il y est mobilisé en 1961. À peine arrivé, c'est le putsch.
   C'est un coup de force. Quatre généraux, Salan, Challe, Jouhaud et Zeller, ont pris le pouvoir à Alger. Ils auraient dû le prendre aussi À Paris, mais c'était impossible et tout à fait contraire à la mentalité française. Tout Français est citoyen; il ne touche pas à Ia République. Tous les militaires de métier sont légalistes et républicains. Les quatre du 22 avril sont des exceptions. Eux-mêmes s'étonnent de leur audace. Depuis le 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799), c'est-à-dire depuis cent soixante-deux ans, jamais un général français n'a pris les armes contre le pouvoir en place (pp. 95-96).
   On reconnaît le style de Viguerie, ou - comment résister au bon mot? - sa vigueur. Une suite de phrases courtes campe la situation. Il rapporte des faits objectifs. Leur juxtaposition en fait ressortir l'ironie ou le charme. Puis l'historien conclut. avec une rare profondeur de jugement.
   Car la concision, chez Viguerie, n'est pas schématisme. La synthèse intègre les nuances et la psychologie, par exemple lorsqu'il considère l'échec du putsch d'Alger :
   Dans son immense majorité, le contingent désapprouve cette guerre. Les généraux le savent-ils? On a trop tiré sur la corde. Il y a des appelés privilégiés comme moi, mais il faudrait penser à ces milliers de malheureux qui, depuis sept ans, traquent les fellagha et mènent une vie d'enfer. Les généraux insurgés y pensent-ils ? Assez de l'Algérie. Qu'on en finisse, et que ces généraux cessent de faire les bravaches, et rentrent dans le rang, Telle est l'opinion de presque tous mes camarades appelés, et c'est une des raisons de l'échec du putsch (p. 96).
   Le récit des événements de mai 68 vaut également le détour. Citons un échantillon. À peine est-il nommé enseignant à la Sorbonne, que celle-ci devient le théâtre de l'insurrection estudiantine. Les locaux sont occupés. Jean de Viguerie reste pour éviter les pillages et destructions de livres :
   Les occupants pour la plupart vivent sur place à nos frais. La Sorbonne, c'est-à-dire l'Etat, c'est-à-dire le contribuable, fournit gracieusement les locaux, l'électricité, le téléphone et l'imprimerie. Des dortoirs sont aménagés, une infirmerie installée, une cuisine logée d'abord dans l'Institut de paléographie médiévale [...]. On a même prévu des crèches et des garderies pour les enfants des insurgés. Un matin, je vois une file de bambins se tenant par la main, conduits par une dame très convenable et d'âge canonique. Le 16e a mobilisé. Une des tantes de Talou, tante Louise, mue à la fois par l'amour des enfants et par son zèle révolutionnaire, vient tous les jours, avec ses amies du meilleur monde, s'occuper de ces petits et leur raconter des histoires, pendant que leurs papas et leurs mamans font la révolution. Le téléphone fonctionne à plein. Les occupants tiennent le standard pendant près d'un mois. La note sera astronomique. On téléphone jusqu'en Chine (pp. 120-121).
   Autre exemple de Viguerie, tiré des nombreux souvenirs de mai 68 :
   Le jour, les "comités", les "collectifs" et les "commissions" travaillent sans relâche à construire le grand projet de l'université idéale, l'utopie universitaire où nul n'enseignera, où tous sauront tout. [...] La parole est libérée. Elle est donnée à qui la demande. De ma vie je n'ai jamais entendu parler autant. Ni écrire autant. Tous les murs sont tapissés de slogans et d'affiches-programmes interminables. On s'exprime à qui mieux mieux et, je dois le dire, en bon français. J'y repense souvent et me dis qu'aujourd'hui les étudiants seraient incapables de parler et d'écrire ainsi. Ceux de mai 68 ont obtenu l'utopie tant souhaitée. L'utopie a rendu les suivants stupides et analphabètes (pp. 121-122).
   Ainsi Le passé ne meurt pas est plus qu'un recueil d'anecdotes et d'informations savoureuses, de jugements pénétrants sur hier et aujourd'hui. Nous y voyons un exemple et une invitation. Un étudiant demanda un jour à un religieux, fondateur de communauté, comment résister à la culture de mort. Supposant acquise la pratique de Ia vie chrétienne, le Père lui conseilla de se former au maniement de trois armes : l'histoire - pour savoir d'où l'on vient - ; la philosophie - pour penser juste - ; le verbe - pour monnayer cela en bon français. Jean de Viguerie incarne cette triple discipline. Son dernier livre pourrait bien y donner goût.
Fr. Antoine-Marie DE ARAUJO