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Fils de collabos, neveu de résistant

978-2-37271-139-5

Jean-Pierre Cousteau

Nouveau

19,00 €

Fiche technique

Pages196 + cahier photos de 10 p.
Dimensions13,5 x 20,5 cm
Couverturesouple
Date de parutionaoût 2019

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Préface de Nicolas d'Estienne d'Orves.

« Chaque fois que tu le penses possible, fais ce que les autres ne font pas. »
Commandant Jacques-Yves Cousteau, de l’Académie française

   « Mon père est mort en décembre 1958 à 52 ans, alors que j’en avais 20, étais en seconde année de médecine et préparais le concours de l’externat. J’ai pleuré un bon coup comme six ans auparavant pour la disparition de ma mère, mais inconscient de la perte qui allait me frapper. Je pensais écrire le mot "fin" au bas de ma petite histoire de "Fils de" tant il semblait évident que mon existence n’offrirait plus rien que… de commun ! »
   Cardiologue et professeur né à Paris à la veille du second conflit mondial, Jean-Pierre Cousteau confie ici ses souvenirs et réflexions de gentilhomme. Plongée dès l’enfance au cœur des tribulations de la guerre et de l’Épuration, sa vie reflète les ombres et les lumières d’une époque oubliée où « les Français ne s’aimaient pas ». Fils de Pierre-Antoine Cousteau, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Je suis partout, condamné à la Libération pour intelligence avec l’ennemi, neveu chéri du commandant Jacques-Yves Cousteau, résistant de la première heure dont il fut le médecin et confident jusqu’à sa mort, Jean-Pierre Cousteau a le caractère d’un battant et le verbe incisif. Sans doute parce qu’il vécut la longue séparation du père, la pension anglaise et ses châtiments, Juilly et ses « humanités » forcées, la mort d’une mère alors qu’à peine adolescent, puis plus heureusement la passion médicale et l’affection et la protection de l’oncle providentiel. Par delà une étonnante carrière médicale achevée dans les coulisses de Roland-Garros, Jean-Pierre Cousteau témoigne ici des riches amitiés littéraires de son père autant que de l’odyssée des profondeurs de son oncle à bord de la Calypso au fil des océans lointains.

Du même auteur :

Pierre-Antoine, l'autre Cousteau  

Dans la Presse

Nous sommes Partout, 28 septembre 2019

   Jean-Pierre Cousteau vient de publier aux éditions Via Romana une autobiographie passionnante Fils de collabos, neveu de résistant … C’est rare. Ennuyeux est généralement l’adjectif qui sied à ce genre d’exercice. Pierre-Antoine Cousteau, ce père collabo, dernier rédacteur en chef de Je suis Partout, condamné à mort en 1946, libéré en 1953, est mort en décembre 1958 à 52 ans. Jean-Pierre est alors étudiant en Publié le 28 septembre 2019 — dans Arts & Lettres & Chansons Jean-Pierre Cousteau, une biographie à cœur ouvert troisième année de médecine. Sa mère « Paprika » décédée prématurément, il se retrouve seul à nouveau avec sa sœur Françoise dont le commandant Jacques-Yves Cousteau, frère de PAC, s’occupera sans faille ; avec une rudesse qui lui était propre mais avec un amour sincère, providentiel. Jean-Pierre Cousteau, nous livre ses souvenirs avec un art consommé de l’autodérision et un grand « sense of humour ».
  
PAC est entré dans ma vie par un hasard de lecture, celle de l’ouvrage de son fils Jean-Pierre : « Pierre-Antoine Cousteau, l’autre Cousteau ».
  
La rencontre fut fulgurante de par la vivacité de sa plume, de ses analyses, sa perspicacité et une lucidité toute contemporaine notamment dans ses écrits d’après-guerre. Nous ne reviendrons pas sur la période Je Suis Partout où PAC succédant à Robert Brasillach fit le choix, avec son comparse Lucien Rebatet, de la collaboration totale. Ce nihilisme absolu l’a conduit à fuir en 1944 en Suisse, en Autriche dans des conditions narrées dans Les Lois de l’Hospitalité, un ouvrage au style romanesque qui à mon sens est l’un des plus aboutis de l’auteur.
   PAC ira jusqu’au bout. Jusqu’à donner sa parole d’honneur à un officier américain de ne pas s’enfuir. Son frère, Jacques-Yves, gagne l’Autriche se démène pour lui trouver des faux papiers afin que lui, son épouse Fernande, « Paprika », et les enfants gagnent l’Espagne de Franco.
   Refus de PAC. Il a donné sa parole à un homme qui n’en a guère et dont la troupe conquérante n’hésitera pas à le renvoyer en France.
   « La fidélité à sa parole, le panache, c’est superbe sur le papier, dans les chansons de geste. La loi du clan, c’est la règle du jeu sur un terrain de rugby, mais ça peut pourrir une vie, des vies. Quant à moi, sans son refus de se réfugier en Espagne, je n’aurais pas écrit ces lignes car mon enfance, ma vie, celle de ma mère, de ma sœur eussent été normales. Sans Doriot, il n’eût été qu’un parmi les 100 000 de l’épuration ». (page 19).
   La rencontre avec Jean-Pierre Cousteau a été tout aussi fulgurante. Car cet homme que nous avons eu longuement le plaisir d’interviewer est d’une humanité rayonnante à la mesure du pessimisme de son père. Ne sont-ils pas d’ailleurs les deux côtés d’une même médaille ?
   Sans famille, Jean-Pierre Cousteau et sa sœur vont vivre dans le sud de la France, chez le résistant Jacques-Yves Cousteau qui s’est vu attribuer l’ancienne Villa Reine, qui fut la résidence de l’Amiral Darlan assassiné en 1942. Deux années sans école et de liberté … Arrive 1946. Il est impossible pour l’épouse de PAC de scolariser des enfants de « collabos » en France … Jean-Pierre et sa sœur iront donc étudier en Angleterre où vit leur grand-père.
   1950. Retour en France à 11 ans après cinq années anglo-irlandaises. Direction la pension et une fois par mois, le jeudi, Clairvaux pour rendre visite à PAC. « Je n’ai jamais autant vu mon père. Derrière un double grillage séparé par un corridor dans lequel le maton de service tue le temps en faisant les cent pas. Vingt minutes le matin, vingt minutes l’après-midi – et le droit, plutôt la grâce, car mon père est un prisonnier modèle et a obtenu son deuxième galon, une fois par an, de nous embrasser ; nous nous rejoignons, l’espace d’un baiser, en no man’s land, dans le corridor du maton ». (P.40). PAC est libéré en 1953. Jean-Pierre, un an plus tard, sort de pension pour entrer à Janson où un certain Régis Debray fait aussi ses études. Nous n’en dirons pas plus, à vous de lire !
   A 15 ans, le fils se retrouve avec sa sœur à vivre avec un père. « J’avais 15 ans, je croyais comprendre mais ne comprenais pas. Nous n’avions pas de souvenirs communs, nous n’étions cependant pas deux étrangers. » (P.66). Pour autant comment comprendre l’engagement nihiliste de PAC ? « Une famille éclatée, des vies anéanties »
   A sa sortie de prison, PAC et ses enfants vivent dans un appartement qui ne lui a pas été confisqué lorsqu’il fut condamné pour indignité nationale car il appartenait à son père.
   Le 48 devient une annexe de Clairvaux où se retrouvent les anciens bagnards et autres connaissances mal pensantes. Jean-Pierre Cousteau narre dans des pages passionnantes ainsi ses rencontres avec des personnages comme Jacques-Benoist Méchin, Lucien Rebatet, Jacques Perret, Bernard de Fallois, Louis Malle, Henry Coston, Maurice Bardèche …
   Le 17 décembre 1958, PAC décède à 52 ans d’un cancer du côlon … « J’étais en troisième année de médecine et venais de passer le concours de l’externat. J’ai pleuré un bon coup, pas vraiment conscient de la perte qui me frappait. Pas seulement moi. La vraie perte, ce sont ces articles, ces livres qui ne seront jamais écrits. » (P.101).
   Suivent de très belles pages sur sa carrière de cardiologue, de médecin fédéral national dans le milieu du tennis et sur ses relations avec ses patients : « Aucun métier, aucun, ne peut offrir de joie supérieure à celle de l’enfant qui guérit ou de peine supérieure à celle de l’enfant qui meurt ». (P.119).
   Les relations avec Jacques-Yves Cousteau, les séjours sur la Calypso sont aussi narrés et l’on ressent l’attachement viscéral de l’auteur à la notion de famille. Logique. Lui qui en a tant été privé. « Ma vie sera donc réglée, je ne ferai jamais de politique, je ne risquerai pas ma peau pour des idées, et si je fondais une famille, je serai présent, je ne l’abandonnerai pas, je ne vivrai pas en fuite, en conflit permanent avec les bien-pensants, je n’irai pas en prison. Et si par malheur, je devais m’y trouver, ma parole d’honneur de ne pas m’évader n’aurait aucune – aucune – valeur. » (P.105.)
   L’ouvrage s’achève – idée très intéressante – par la publication de lettres dans lesquelles PAC parle de ses enfants.
   La lettre d’un père à son fils pour le mettre sur le chemin de la fortune, paru dans Rivarol le 17 novembre 1955 est un régal. « Tu perds un temps précieux à traduire Platon et Cicéron, tes notes de sciences sont déplorablement excédentaires et je constate avec des sueurs froides que tu rédiges des compositions françaises avec une alarmante élégance. En somme, tu es en train de devenir tout doucement un intellectuel, c’est à dire un individu pratiquement inutilisable, voué à des besognes marginales et à des gains dérisoires ». (P. 189).
   PAC avait bien cerné les choses. Son fils après une carrière remarquable est devenu l’intellectuel qu’il redoutait, l’intellectuel qu’il a toujours été. Et pire ! Il y a dans la plume du fils de l’encre du père. Mauvais sang ne saurait mentir.

Clotaire de La Rue