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Un début à Paris : souvenirs 1957-1966

979-10-90029-48-4

Ghislain de Diesbach

Nouveau

Des horizons maritimes et provinciaux d’Une Éducation manquée et de la Gare Saint-Charles, Ghislain de Diesbach nous entraîne ici vers ceux de la vie parisienne. N’ayant ni le tempérament ni les ambitions d’un Rastignac, il n’est venu là que dans l’espoir de faire publier ses nouvelles et de laisser un livre à la postérité avant de retomber dans la grisaille provinciale...

Résumé

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25,00 €

Fiche technique

Pages290
Dimensions16 x 24 cm
Couverturesouple
Date de parutionjuin 2013

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   Des horizons maritimes et provinciaux d’Une Éducation manquée et de la Gare Saint-Charles, Ghislain de Diesbach nous entraîne ici vers ceux de la vie parisienne. N’ayant ni le tempérament ni les ambitions d’un Rastignac, il n’est venu là que dans l’espoir de faire publier ses nouvelles et de laisser un livre à la postérité avant de retomber dans la grisaille provinciale. Entré par hasard à l’Urbaine et la Seine, future U.A.P., il s’intéresse autant à son métier qu’à la vie mondaine et trouve alors des modèles à suivre, de René Guini, maître en assurance maritime à Robert Grouvel, historien passionné, sans oublier Philippe Jullian, son professeur en esthétisme et Jacques de Ricaumont, arbitre des mondanités, qui lui fait ouvrir bien des portes de la société parisienne. Ces multiples fréquentations nous valent des portraits de personnalités littéraires comme Jean-Louis Curtis, Jacques Brenner, Solange Fasquelle, Marcel Schneider, ou des scènes de la vie du bureau, souvent plus pittoresques, avec des « types » originaux, que les dîners en ville. Ainsi sous sa plume revit non seulement un Tout-Paris des années 60, mais aussi, par ses récits de voyage, une Vieille Europe où il va chaque été rechercher les traces d’une civilisation agonisante.

   Historien renommé, biographe et essayiste, Grand Prix de la biographie de l’Académie française pour son Proust en 1992, Ghislain de Diesbach est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages parmi lesquels un Petit dictionnaire des idées mal reçues, Le goût d’autrui, et ses deux premiers livres de souvenirs, Une éducation manquée (1931-1948) et Gare Saint-Charles (1949-1957).

Du même auteur également :

Le grand Mourzouk 
Iphigénie en Thuringe 

Dans la presse

Lecture et tradition, NS, n° 27-28, juillet août 2013

   Suite des souvenirs commencés avec Une éducation manquée, puis Gare Saint-Charles : le jeune homme de province arrive à Paris dans l’espoir de faire éditer ses nouvelles et fait son apprentissage d’inspecteur d’assurances à la compagnie « l’Urbaine et la Seine » pour gagner son pain. Les soirées sont occupées par les dîners mondains, une invitation en entraînant une autre, il suffit de se lancer ! Ghislain de Diesbach eut du succès, il l’explique ainsi : « …je devais m’apercevoir que bon sens et bonne éducation étaient devenus des qualités si rares qu’elles suffisaient à vous donner une réputation d’originalité, voire d’excentricité » (page 15).
Grâce à Philippe Jullian, « son professeur d’esthétisme » et avec l’aide de Jacques de Ricaumont, le jeune homme va fréquenter le tout Paris… notamment le milieu des lettres puisqu’il finira par trouver un éditeur. Il n’oublie pas non plus ses collègues de bureau dont certains « types » se révèlent tout à fait originaux !
Le volume fourmille de portraits pittoresques et d’anecdotes des plus charmantes, ce qui n’a pas lieu de nous étonner, connaissant le don et le talent de conteur de l’auteur que l’on retrouve ici dans une verve toujours renouvelée au fil des pages, soit qu’il nous promène dans Paris, soit qu’il nous emmène en vacance à travers l’Europe. On peut dire qu’on ne s’ennuie pas… je ne raconterai pas l’histoire de Caroline de D. au soir de ses noces, ce serait déflorer le sujet !
Les portraits ne manquent pas de sel, choisissons au hasard : le portrait de Jean Follain. « Jean Follain, poète et gastronome, était une des plus bizarres figures de ces dîners, qu’il ne manquait jamais, puisqu’il s’en croyait le principal ornement. Grand et gros homme assez malpropre, il avait un visage à faire peur aux petits enfants et des manières onctueuses ; en fait, il ressemblait à un fort des Halles ou à un ancien septembriseur qui se serait taillé un habit dans la robe d’un évêque égorgé de ses mains. En effet il était toujours empaqueté dans un affreux complet, presque violet, avec une cravate assez ample pour prendre, suivant les circonstances, des allures de lavallière ou de pallium. » (page 147)
Les voyages à travers l’Europe ne sont pas moins intéressants voire émouvants : ayant eu l’occasion de fréquenter des Hongrois réfugiés à Paris après 1956, Ghislain de Diesbach eut envie d’aller visiter leur pays, alors derrière le rideau de fer, ce qu’il fit pendant ses vacances et raconte dans son livre dans un chapitre intitulée « Courageuse Hongrie ».
Durant l’été 1964 il partit avec un ami courir l’aventure à travers l’Allemagne, la Tchécoslovaquie et l’Autriche… Le clou du voyage fut le pèlerinage à Frohsdorf (la résidence du comte de Chambord en exil). Les voyageurs, d’abord déçus en constatant qu’on ne visitait pas ce qui était devenu « la propriété du ministère autrichien des Postes et Télégraphes ». Mais il y avait un couvent en face où ils eurent la curiosité et l’audace de sonner ! Là ils furent accueillis avec grande amabilité par des religieuses : ce couvent de Sancta Cristina avait été fondé par le comte et la comtesse de Chambord pour l’éducation des enfants de la petite colonie française venue s’établir autour d’eux… Cela changea tout ; ils purent visiter le château, constater son aspect désolé, puis ils eurent la joie de s’entretenir avec une vieille demoiselle dont le père avait servi Monseigneur… Mlle Fels qui, à quatre-vingt-dix-neuf ans, ne vivait plus que de ses souvenirs, évoqua devant eux dans un long monologue les figures évanouies de la famille royale tant regrettée…
Retour au réel, le livre se termine sur le déménagement de l’auteur qui va quitter le Marais pour s’installer rue du Cherche-Midi… Le fait serait sans importance et ne mériterait pas d’être signalé s’il n’était révélateur de changements considérables dans la société depuis les années soixante : tout Parisien comprendra en lisant les commentaires de Ghislain de Diesbach sur sa nouvelle habitation : « Certes, l’immeuble était assez pouilleux et il aurait pu servir à des cinéastes pour filmer des scènes se passant dans le vieux Naples, mais au fond de la cour, une fontaine surmontée d’un Neptune avec son trident suffit à me faire passer sur le délabrement. L’immeuble, une ancienne caserne de gendarmerie sous le Premier Empire, était assez sordidement habité, mais l’appartement avait été arrangé avec goût par un décorateur » (page 279).
Rue du Cherche-Midi, à la jonction du VIe et du VIIe arrondissement, les appartements se négocient aujourd’hui autour de 20 000 euros le mètre carré !
Il est vrai que depuis 1966 l’eau a coulé sous le pont Mirabeau, le mur de Berlin est tombé, le rideau de fer a cédé et 1968 est arrivé avec son cortège de bienfaits !
Juliette Colange

La Nef, n° 251, septembre 2013

   En relisant récemment la biographie de l’abbé Mugnier par Ghislain de Diesbach, je pensais que, décidément, nous étions devant un écrivain capable de nous enjouer par le talent de sa plume et par les fulgurances de son esprit. Là où un autre aurait seulement dépeint son sujet, Ghislain de Diesbach le faisait revivre, nous invitant à table avec lui pour goûter ses mots d’esprit ou nous pencher sur son épaule pour suivre la calligraphie de ses pensées confessées à ce monument qu’est son Journal.
Encore sous le charme, j’ai donc eu envie de lire le dernier tome paru de ses Souvenirs. Après la Gare Saint-Charles, il nous entraîne dans le Paris de la fin des années cinquante, qui se révèle très vite le port d’attache de l’écrivain qui sillonne l’Europe et nous la donne à voir.
Comme nombre de ses prédécesseurs, il est monté à Paris pour y publier des nouvelles et on le fait patienter en lui demandant un roman. Comme il faut bien vivre, il travaille au sein d’une compagnie d’assurances dont l’intitulé de l’époque a décidément plus de charme que ses initiales d’aujourd’hui. Cet emploi, où il dit se morfondre, « apprenant un métier pour lequel je ne me sentais pas de goût véritable », très vite ne constitua pas l’essentiel de son existence. Pour s’occuper, il faisait ses classes en mondanité, sous la férule de Jacques de Ricaumont et de Philippe Jullian, passant de salons en dîners en ville, nouant des amitiés et observant les mœurs de ceux qui constituent un monde dans le monde.
On se tromperait cependant en imaginant que notre mémorialiste dresse ici, avec l’art consommé du portrait qui le caractérise, uniquement celui des personnalités littéraires ou du monde des salons. À sa manière, ce nouveau livre de souvenirs est aussi un hymne aux sans-grade et aux inconnus du grand public. Un petit monde balzacien s’y révèle et ce n’est pas le moindre des charmes de cet ouvrage que de donner au lecteur ce parfum du XIXe siècle qui subsistait jusque dans les années cinquante du siècle suivant. C’est la qualité du grand art que de savoir lier dans un même mouvement des univers si différents. On en trouve ici un exemple des plus éloquents.
Philippe Maxence

Service littéraire, n° 67, novembre 2013

   Paris, à nous deux ! Les débuts mondains et professionnels de Ghislain de Diesbach dans la capitale.
Après Une Éducation manquée et Gare Saint-Charles, les deux premiers volumes de ses souvenirs, Ghislain de Diesbach nous livre ses débuts professionnels et mondains dans la capitale (1957-1966), quand il mène la vie d’un jeune provincial, famélique au départ, puis de mieux en mieux inséré et dans son entreprise, une société d’assurances demeurée quasi balzacienne, et dans le Paris artistique et littéraire d’alors, où, rapidement, il connaît « tout le monde », de Philippe Jullian, « génie du bizarre », à Jacques de Ricaumont, des ladies Trefusis & Mitford à Louise de Vilmorin et Marie-Laure de Noailles (« une ogresse attirée par l’odeur de chair fraîche »), de Jean-Louis Curtis à Jacques Brenner. Menant une vie trépidante (« la course au clocher »), Diesbach déjeune à tour de bras, sort tous les soirs et, le dimanche, pour se reposer, organise des thés tant le dévore une soif de rencontres et de conversations, qu’il nous rapporte aujourd’hui, souvent de manière hilarante et avec un sens aigu de la formule, si possible assassine. Au fil des pages, on suit sans s’ennuyer un seul instant ce jeune homme furieusement démodé, « irréductible à tout », dans ses pérégrinations chez des hobereaux plus ou moins authentiques, des marquises pur sucre et leurs pique-assiettes, des écrivains et des toqués, mesquins ou magnifiques… Toute une faune revit avec ses spécimens tantôt saugrenus, tantôt émouvants comme le prototype du dîneur en ville, Gabriel-Louis Pringué, témoin des derniers feux de l’Europe des rois. De ses voyages en Suisse, en Belgique, où il rencontre un immense auteur, Alexis Curvers, auteur du chef-d’œuvre méconnu qu’est Tempo di Roma, de ses expéditions en Autriche voire en Russie, Diesbach rapporte des croquis d’une étonnante justesse, souvent féroces, toujours révélateurs. Ainsi, sur Londres : « Londres me rendait, sinon mon innocence, au moins mon statut de gentleman. Il me semblait retourner à une civilisation supérieure, à un paradis perdu. » Ces souvenirs d’une époque révolue se lisent avec un mélange d’envie et de jubilation, d’ébahissement et de mélancolie. Un bémol, si j’osais… Le portrait, par trop sévère, de François Sentein, auteur de passionnantes Minutes – les mémoires d’un irrégulier, comme le cher Ghislain de Diesbach.
Christopher Gérard

Le Spectacle du monde, n° 605, novembre 2013

   Après Une Éducation manquée (2005) et Gare Saint-Charles (2009), où il évoquait ses jeunes années havraises et mancelles, puis marseillaises et nîmoises, Ghislain de Diesbach nous relate, dans ce troisième volume de ses souvenirs, comment, monté à Paris comme stagiaire à la compagnie d’assurances l’Urbaine et la Seine – la future UAP – dans l’unique espoir de faire éditer ses nouvelles, il y resta, entamant alors une triple existence d’assureur, d’homme du monde et d’écrivain historien. Comme chez tout bon mémorialiste, il est ici moins question de lui que des autres et, à travers eux, d’une époque restituée dans sa réalité vivante. Une époque pas si lointaine, et pourtant ! Une époque où subsistait – plus pour longtemps – une société parisienne, littéraire et artistique pas encore totalement soumise à la loi de l’argent, peuplée de figures originales, extravagantes, aux vies parfois improbables. Comptant aussi quantité de femmes remarquables qui feraient rougir les péronnelles formatées du néoféminisme d’aujourd’hui.
Aux portraits de personnalités des lettres et des arts, l’auteur mêle ceux, tout aussi savoureux, de certains de ses collaborateurs de bureau. « C’est que pour moi les uns et les autres avaient la même importance », tient-il à souligner. Et de fait, là aussi, que de personnages singuliers, difficilement imaginables, de nos jours, au sein d’une compagnie d’assurances. Il y a beaucoup d’autres choses dans ce recueil, notamment des récits pittoresques d’escapades en Angleterre, en Suisse – patrie des Diesbach –, en Allemagne, en Autriche – dont un pèlerinage à Frohsdorf, le « sanctuaire de la Légitimité » en Hongrie et même en URSS.
Que l’on ne s’y trompe pas : sous une apparence de légèreté, le mémorialiste rejoint l’historien et le sociologue, le magistral biographe de Proust et de l’abbé Mugnier n’est jamais loin. Ce sont les ultimes feux d’un monde encore relié au XIXe siècle, que d’une plume acérée, toujours juste, Ghislain de Diesbach sauve ainsi de l’oubli.
Christian Brosio